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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

Publié le par Isha
Publié dans : #Paroles
L'article sur le Lewis  dont on peut trouver des exemples d'utilisation opératives sur le site de la Grande Loge Unie d'Angleterre, notamment sur la page relative à la construction du Freemason's Hall de Londres, trouve ici sa conclusion. On y verra un développement portant sur la question qui clôturait la première partie, à savoir, la quête de l’éthique recouvre aussi la quête a minima du non appauvrissement du sens et si possible de l’enrichissement du sens.
L’étude symbolique de la Bible sur laquelle repose le rituel  apporte quelques éléments sur le rôle de la pierre de fondation et sur sa puissance.

«  Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon église et les portes de l’Hades ne tiendront pas contre elle. »[1] .

Dans la Bible de Chouraqui, ce verset est traduit de la manière suivante : v 17 « en marche, Simon fils de Jean,  …. » v18 « tu es Petros –Pierre – et sur cette pierre – Petra-, je bâtirai ma communauté. Et les portes du Shéol ne sont pas plus fortes qu’elle. »

Une petite explication terminologique s’impose : les termes employés sont soit celui de Shéol soit celui d’Hades et non celui, trop chrétien, d’enfer. L’enfer chrétien constitue le séjour des pêcheurs. « Shéol » désigne simplement le séjour des morts et ne sous-entend pas de distinction d’ordre moral.

Le shéol, tout comme l’Hades, est le pays des ténèbres, un lieu de silence, de non communication et surtout d’oubli [2].

Et ici, nous pouvons opérer un lien avec la pierre de fondation, celle qui nous autorise à lutter contre l’oubli, contre le schéol et dans une lecture plus avancée de ces versets, à s’interroger sur la signification profonde de ces mots [3], que ce soit dans leur acceptation et leur contexte chrétien et associés à une relecture du prologue de l’évangile de Jean[4] ou dans une lecture intégrant le rôle de psychopompe[5] de la mâchoire de la louve[6] .

Mais aller plus loin serait en suivant ce chemin ici trop long et nous mènerait sur de bouleversants chemins de traverse[7].

 

 

Quel que soit le degré de lecture, l’idée de lutte contre la fermeture des portes sur le monde de l’oubli est présente, une lutte contre l’oubli[8] .

La pierre d’angle serait-elle cette pierre qui prévient la constitution des lieux de solitude et d’oubli ? Serait-elle cette éthique, ce rapport à nous même et à l’autre qui nous permet de ne pas oublier ce qui fonde le principe d’humanité : la transmission en vue de l’éveil à la conscience des altérités.

Nous créons nos propres shéol par l’oubli de l’éthique et de sa transmission. Si nous oublions que nous avons été reçu FM pour transmettre, avant tout rituel, l’éthique, alors, chacun prend le risque d’être le maillon faible qui entraînera la rupture la chaîne maçonnique. C’est alors le concept d’humanité en chacun de nous qui risque d’être oublié.

Si la transmission d’éthique ne se fait plus et ne prime plus sur tout autre considération, alors l’humain se résume à l’EGO. Et la pierre trop lourde, mal choisie, tombe.

Si la transmission est rompue, sur le processus de transfert et de réception ne s’opère plus, en maçonnerie comme dans le monde profane, la mémoire s’efface et l’oubli s’installe. Si le lien, le point de contact du lewis se rompt, si la force de la recherche n’est plus transmise au maillon le plus faible de la chaîne, alors la chaîne peut céder, la lumière que l’on cherche à transmettre se perd.

Lorsque se perd en Franc-Maçonnerie même la transmission de l’éthique humaniste, alors chacun prend le risque, qu’il soit celui qui transmet ou celui reçoit cette Force, chacun prend le risque de créer en lui le lieu de l’oubli et de la non communication avec les vivants. Et ce risque existe aussi en loge, ce serait une erreur de croire qu’il est à réserver au monde profane.

N’oublions pas, puisque ce travail s’appuie sur des références bibliques, l’extrait du deuxième commandement «  et je sanctionne le tort des pères sur les fils …. »[9] .

Si ces mots sont souvent compris comme contenant une idée de vengeance impersonnelle, leur véritable compréhension les rattache à l’importance de la transmission de valeurs éthiques dans la construction de toute société : si la transmission est fautive, si les valeurs ne sont pas transmises, alors, et telle sera la faute des pères, la chaîne des perversions ne sera pas arrêtée et les fautes de ceux chargés de transmettre les lois qui permettent la survie de la société humaine, se traduiront dans le comportement des descendants, et même plusieurs générations après. C’est aux actes de ceux qui ont reçu leur enseignement que les enseignants sont jugés[10].

Séparer le Lewis de la pierre de fondation et lui enlever ainsi sa raison symbolique, c’est prendre le risque de la désobéissance aux lois qui mènent progressivement l’humain vers l’Etre[11] , alors les portes de l’oubli se referment sur nos âmes et celles de la barbarie peuvent s’ouvrir[12].

N’oublions pas que la louve, l’animal, dévore et rejette, si elle est l’initiatrice, elle est aussi un symbole de fécondité.

La transmission en maçonnerie constitue aussi le moyen d’amener chacun à définir, à placer sa pierre de fondation pour accéder à son être.

La pierre de fondation est celle que nous devons aller chercher au plus profond de nous-mêmes. Cette pierre cachée ainsi révélée pourra alors devenir la pierre de fondation, celle sur laquelle nous pourrons nous reposer pour avancer. Ce travail d’identification de nos composantes internes en nous amenant à prendre conscience de nos barbaries intérieures (de nos petites lâchetés quotidiennes) nous permet à tous de fonder le rôle social de la franc-maçonnerie et en conséquence l’opposition aux barbaries sociales. 

La pierre de fondation nous renvoie à la lutte contre la fermeture des portes d’un monde de l’oubli et des ténèbres formé par nos peurs, notre EGO. Le mode de questionnement propre à la F.M. qui consiste à rechercher une voie qui ne se résume pas aux alternatives sociales admises[13], nous oblige à rechercher les principes qui seront la pierre de fondation, à la tailler pour qu’elle puisse être utilisée à cette fin. Et cette pierre de fondation devient alors ce sur quoi nous pouvons nous appuyer pour s’opposer à l’établissement d’un monde de l’oubli du sacré, de l’oubli de l’humanisme, à la lutte contre toutes les formes de barbarie qu’il s’agisse de nos petites barbaries trop fréquentes ou des grandes formes de barbarie sociale et de la tolérance que nous sommes parfois capable de manifester à leur égard, tant qu’elle ne nous concernent pas directement.

Notre parole prend appui sur le souffle du silence pour construire le monde, mais cette parole se doit d’être épurée d’où l’importance d’un silence initiatique conçu non comme une absence, mais comme l’indication de la possibilité de la pleine conscience.

La pierre de fondation est donc ce qui empêche la création et le maintien des zones d’oubli, des ruptures dans le cycle de transmission du savoir vers la connaissance.

La pierre de fondation souligne l’importance de la lutte contre l’absence d’humanisme, la lutte contre le silence conçu comme mutisme et enfermement dans la solitude. 

Cette lutte contre l’oubli fonde le devoir fait au F.M. d’adopter une démarche positive de construction d’une société, d’un lien social. Du symbole à l’éthique, de l’éthique au lien social, tel est le chemin de la maçonnerie, sans oublier le passage par le bar et la salle humide.

Le franc maçon est donc celui qui par le travail d’identification de la pierre de fondation, par ses efforts pour la tailler, la soulever à l’aide des symboles qui lui sont fournis, engage une lutte sans fin contre l’enfermement (par l’acceptation de sa propre évolution, par le respect de la liberté de pensée[14]), l’obscurité (le nouvel initié est celui qui demande la lumière pour lui-même afin de la porter au dehors du temple), l’obscurantisme (les valeurs qu’il promet de défendre s’y opposant).

La détermination de la pierre d’angle, de la pierre de fondation par chacun, et la proposition faite au nouvel apprenti de prendre la place de la pierre de fondation du groupe renvoie chacun à la transmission des idées permettant le combat intérieur, et renvoie au combat contre les idéologies de mépris, (parfois elle-même tellement présente au sein de la F.M.), contre les idéologies dont le produit est de faire reculer le principe humain c’est-à-dire, de faire reculer la conscience que chacun porte de l’idée d’altérité, du soi comme un autre et de l’autre comme soi-même. Et cette altérité, si la pierre d’angle sur laquelle s’appuie la démarche n’est pas une manifestation première de l’EGO, emporte une nouvelle conception de la Vérité et le refus de l’illusion[15] . 

Ainsi, plus qu’un symbole attaché spécifiquement à un grade, le Lewis retrace, pour celui sait le lire, la totalité de la démarche maçonnique. Le symbole global dans lequel s’insère le lewis est en premier lieu l’image de celui qui aspire à sa propre maîtrise, travaille dans ce sens, quelque soit son grade mais avec ses lectures spécifiques, et qui cherche à s’insérer à son tour dans le processus et dans la chaîne maçonnique en vue de sa propre élévation.

Isha



[1] Mathieu 16-18

[2] Les morts ne communiquent ni entre eux ni avec ceux qui leur survivent.

[3] La pierre d’angle, l’ouverture des portes du schéol qui ne peuvent lutter contre elle. Ainsi, le lewis, renvoie à la cérémonie du troisième degré et constitue un symbole de résurrection christique car la pierre d’angle est ce qui permet aux âmes de ressortir du shéol, ce qui permet que les ténèbres et l’oubli ne se referment pas sur une âme et ne l’emprisonnent pas. Ainsi, le poids que le lewis soulève prend une autre signification : l’âme, le corps qui se relève du royaume des morts ….

[4] Il s’agit de s’interroger alors sur ce que la ténèbre ne peut retenir ; sur cette pierre d’angle, cette parole fondatrice qui fait s’ouvrir les portes du schéol.

[5] les symboles de la mâchoire de canidé et donc de la louve renvoie à l’image archétypale liée à l’alternance nuit - jour, mort et vie. Et surtout, la mâchoire donne au loup comme au chien le rôle d’un psychopompe, celui d’accompagner l’âme des morts dans l’autre monde.

Ce rôle est aussi tenu par l’archange Saint Michel. En Egypte ancienne, les Dieux en lien avec la mort, Anubis ou Seth, ont tous deux une tête de canidé.

[6] Le canidé est psychopompe. Le chien est un psychopompe reconnu par Lao Tseu. I il rappelle que le Chien est universellement connu pour son rôle de psychopompe, c'est à dire de guide dans la nuit de la mort. Guide qui écarte les esprits malfaisants jusqu'à l'arrivée au Pays des Immortels, c'est à dire au Ciel. C'est la raison pour laquelle, comme le précise Laozi (Lao Tseu) dans le Daodejing (Tao Te King chapitre V ) une effigie représentant un chien de paille était brûlée pendant les obsèques.

Le chien est donc autant le protecteur de l'Ame que le protecteur de la maison qu'il protège, l'un et l'autre contre les mauvais esprits et les mauvaises rencontres. (Gui ou Kouei). "Un coq dehors, un chien dedans, point de revenant" affirme la sagesse millénaire chinoise. Ainsi l'Immortel Wi monte au ciel sur le dos de son chien, nommé Dragon, et y demeure constituant la constellation du Chien.

Quel que soit le sens symbolique, c’est ce qui a accompagné l’homme tout au long de sa vie qui l’accompagne dans sa mort et l’aide à passer dans l’autre monde.

[7] Ce qui ne peux faire oublier que l’évolution, le mouvement sont. mort et renaissance permanente, que la destruction et la création entretiennent de rapports étroits et complexes.

La cérémonie d’initiation est avant tout une cérémonie de recréation du monde, ce qui nous conduit au logion 21 de l’Evangile de Philippe « ceux qui disent  que le seigneur est mort d’abord et qu’il est ressuscité ensuite se trompent, car il est d’abord  ressuscité, il est mort ensuite. Si quelqu’un n’est pas d’abord ressuscité, il ne peut que mourir. S’il est déjà  ressuscité, il est vivant, comme Dieu est vivant. ».

[8] Dans de nombreuses traditions, la tradition occidentale mais aussi la tradition moyen-orientale, c’est dans la pierre de fondation que l’on place des symboles de protection de la maison, symboles de dieux ou l’équivalent de la mézouzah.

[9] Traduction Chouraqui.

[10] Ce texte et sévère car l’on transmet toujours plus que ce que qu’on imagine. Et n’oublions pas que des devoirs sont imposés dans la suites des commandements (les 10 Paroles) aux enfants : cinquième commandement : lourd ton père, lourd ta mère.

[11] De l’idolâtrie, du narcissisme vers l’Etre

[12] Mais ne s’agit-il pas des mêmes portes. Car ne l’oublions pas les portes s’ouvrent dans les deux sens, l’entrée et la sortie.

[13] [(et le débat que l’on voit ressurgir même en loge sur la peine de mort en est l’illustration)]

[14] Le rejet de l’argument d’autorité.

[15] et donc un autre rapport à la Parole fondatrice des lois du groupe : conscience de son caractère artificiel qui permet de se mouvoir dans l’espace social que cette parole fonde.

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Publié le par Lurker
Publié dans : #Paroles
"Parler c'est créer. Le sorcier crée la chose qu'il nomme, et, un des moteurs de la .magie, c'est la parole...",
Edgar Morin


"Il n'y a que notre vie en ce monde !

Nous ne serons pas rappelés !"

le Coran, 6ème Sourate, celle appelée "Les Troupeaux":


Ma troisième citation est celle sur laquelle Je souhaiterais m'attarder le plus, elle provient d'un poème de Lewis Caroll intitulé "La Chasse au Snark":

 

"Il y avait un homme connu pour tout ce qu'

Il avait oublié an prenant le bateau:

Sa montre, ses bijoux, son parapluie, ses bagues,

Et les hardes acquises en vue du voyage

 

La perte de ses hardes importait peu, puisqu'

En arrivant à bord, il portait sept vestons

Et trois paires de chaussures; mais le pis est qu'

Il avait oublié totalement son nom."

 

Qui peut bien être cet homme et quel genre de voyage a-t-il entrepris ?

Est-il bien sûr que ce voyage soit le bon, celui pour lequel n'existe que sa vie ?

Pour quelle route un tel viatique est-il nécessaire qu'il faille oublier jusqu'à son nom pour la parcourir ?

Êtes-vous bien sûr de n'avoir rien oublié en route, de n'avoir pas voulu prétendre franchir des caps qui n'étaient que l'illusion de bornes sur la route.

Aimez vous les oranges pour leur aspect ou pour les vitamines invisibles qu'elles vous procurent ?

Vous qui en êtes à ramasser les pierres taillées sur le bord des chemins alors que vous pensez les tailler vous-même, vous devez connaître les réponses... vous devez aussi savoir que peu importe l'arrivée ou le départ.

Il y a une route... On la prend bien souvent sans savoir ce qu'il en coûte comme disait Gérard Manset, on se prend la tête entre les mains ou les pieds dans le tapis et nos estimations de sa longueur sont toujours erronées.

Comme les estimations de nos chagrins, de nos amours, on y va à grand coups de jamais et de toujours et on s'arrête en route... Blasés... Certains... Victorieux... Orgueilleux... Meurtris... ou, pire, Humbles.., Misérables... L'humilité figée, la pire forme de l'orgueil, celle de l'exemple, celles de la démonstration, de l'affirmation, de la bonne conscience, de la foi en soi, en ce que l'on touche, en ce que l'on sait. Elle permet d'oublier ce que l'on ignore. Elle offre à parler du passé pour justifier l'avenir ou pour le fustiger. Bref, comme le chien que l'on croise sur la route, on se laisse mener par la queue, parce que celle là, au moins, on est sûr qu'elle existe.... et encore...

On croit pouvoir signaler au chef de gare l'heure d'arrivée du train et lorsque celui-ci n'est pas à l'heure, c'est qu'il est en retard. En est-on bien sûr... Ne s'agit-il pas plutôt d'une illusion, l'horloge est restée dans nos bagages comme celle du chasseur de Snark, et nous ne savons plus très bien dans quelle gare... Il y en a tellement. Mais, peu importe, seule compte l'arrivée, du moins, l'impression de l'arrivée. Les baisers sucrés au passage des mots.

Alors, on lève les yeux pour  prendre à témoin l'invisible chef de gare et l'on se rend soudain compte que rien n'est plus beau qu'un ciel étoilé, d'un bleu limpide, très chaud à la fragilité d'un voile.

On y voit très loin, jusqu'au matin, comme des lignes sur la peau, comme les lignes de la main, labyrinthe des empreintes, c'est un espace sans fin.

Au début de l'enseignement, tous les étudiants sont généralement étonnés de voir que les récits qu'ils font de leurs expériences n'éveillent guère de curiosité chez ceux qui ont déjà reçu une formation du même ordre. Voire, que ceux-ci leur demandent de se taire... Pour quoi faire, puisque la parole crée des mondes...?

Le plus sain, pour eux, serait  certainement de garder le silence sur ce qu'ils ont ressenti et de parler uniquement  de la difficulté ou de la facilité qu'ils éprouvent à pratiquer les règles de conduite. Mais, le silence est difficile à garder qui ne se laisse pas emprisonner... Non pas face aux règles elles-mêmes, mais face à la difficulté que l'on peut ressentir à les rompre... Qui sommes nous pour réduire le monde à ses certitudes constatées ?

Qui sommes nous pour juger de nos progrès ? Celui qui a déjà subi une formation se nourrit d'autres sources qu'à ce que les néophytes disent d'eux mêmes.

En fait, dans la plupart des cas, celui-ci apprend de celui-là, mais, cela a toujours pour résultat de nous durcir alors que nous devrions rester essentiellement souples et flexibles.

La vie ne serait-elle pas un long fleuve tranquille ?

Un exemple: supposons que j'apprenne une nouvelle et qu'aussitôt, je me forge un jugement, une opinion à ce sujet. Si, peu de temps après, j'apprends sur le même événement d'autres nouvelles qui contredisent la première, me voici forcé de modifier mon jugement. La chose eût été tout autre Si j'avais fait taire mes certitudes, je n'aurais pas eu à faire taire la nouveauté. Si j'avais gardé silence intérieurement dans mes pensées, extérieurement dans mes paroles, jusqu'à ce que je fusse assez sûrement ouvert au monde pour édifier mon incertitude.

Ce qui doit devenir notre caractéristique, c'est la manière circonspecte de former et de formuler des jugements. Ce qui  peut être une caractéristique des voyages du Compagnon, c'est, peut être, de construire le monde puisque dans l'analyse des rêves, l'Homme est généralement l'expression de l'univers. Comme l'équerre sur le compas, une branche d'un côté et une autre de l'autre...

Nous sommes ici ailleurs et non pas autre part.

Pour en revenir au voyage que vous allez entamer, j'aimerais vous parler, une fois n'est pas coutume, de l'Évangile de Jean. Pas pour y faire référence et vous resservir à une nouvelle sauce le Logo, la Lumière et les Ténèbres. Il est bien entendu qu'en maçonnerie, le Logo est le petit signe typographique qui désigne une entreprise et que la Lumière et les Ténèbres ne dépendent que de l'interrupteur électrique. Je vous ferais grâce du sens du courant et des règles de la photocomposition pour lesquels Je vous renvoie à l'immensité des rayons bricolage de la FNAC.

Non, Je voudrais vous parler de ce texte parce qu'il comporte un passage qui me semble intéressant et qui a été souligné par Arnaud Desjardin ( in En Relisant les Évangiles (avec Véronique Loiseleur), Paris, La Table ronde, 1999 )

Après sa résurrection, Christ demande à Simon Pierre: "Simon, m'aimes-tu  ?" Et Pierre répond: "Oui, Seigneur, tu sais que Je t'aime" et Christ lui dit alors:

"Fais paître mes agneaux"

Pour n'a part, Je ne parle pas grec, mais j'ai trouvé, dans l'analyse d'Arnaud Desjardins sur le texte grec, un passage que je vous livre:

"Agapè désigne une forme d'amour au delà des actions, des peurs, des désirs, des attachements. /.../ Et phileo correspond à l'amour instable que nous connaissons tous; on peut aimer, ne pas aimer. Or, le Christ emploie, dans ses questions à Pierre, le terme agapè, mais Pierre répond en utilisant le mot phileo. Pierre utilise un autre mot, comme si le Christ lui demandait: "Pierre, m'aimes-tu de 1' amour libre, conscient, de l'amour dans la non-dualité ?" et que Pierre réponde à un autre niveau: "Mais tu sais bien que je t'aime de l'amour humain ordinaire." Cet échange entre le Christ et Pierre a lieu deux fois de suite. Et, la troisième fois, le Christ n'emploie plus le terme agapè, mais phileo."

Et les questions se posent et se reposent encore et j'envie de plus en plus ceux qui ont les réponses et qui m'affirment savoir...

Alors, j'ai repris mon bâton de pèlerin et j'ai demandé à Sigmund la signification des voyages que j'effectuais en rêve, la signification du Temple, des Colonnes en couple à l'entrée du Temple, du Compas, de l'étoile... Cette dernière, c'est toi-même, m'a-t-il dit, une étoile qui brille dans la nuit. Pour le compas, son analyse fut plus qu'ambiguë. Les deux Jambes articulées figurent la marche, la marche vive... Refermé, il est phallique, mais que peut bien être ce rêve du croisement d'un compas  sur une équerre rigide... Quel genre de marche peut bien construire un homme doté du Nombre 5 dont pythagore disait qu'il était le Nombre de l'accouplement ? Il m'a parlé d'un grand vide, de peurs enfantines... De sexes béants et dressés, de la chaleur du ventre dont le Temple est l'image, de ma vie, de ce voyage de noces qui parcours le monde vers une fin connue dont j'ignore le moment; "partir, c' est mourir un peu".

Il m'a parlé d'amour, de ses chairs palpables, de destins mortifiés, de présents invivables ou tout est à créer et j'ai repris la course, la marche, sur un sable d'azur où se brisent les marées de coeurs purs.

Alors on crache dans les cendres fumantes de nos illusions qui pleurent en d'innombrables braises ardentes. Avec courage on déchire les voiles de vies perdues en nuits sans étoiles, on descend au fond des enfers entre deux lignes de statues de pierre aux visages et aux membres brisés par tout ce que qu'elles ont oublié.

Les corps déchirés de Dieux improbables, anciennes images de poudre et de sable. Orphée est inconnu sur les rôles de l'Hadès, et chacun, comme Ulysse, est Jouisseur de Déesses.

Ce soir, chacun de vous est la dernière femme chargée de reproduire ces êtres que vous êtes, pentagones parfaits.

Des êtres de plaisir, d'espoir, à qui il manque un corps. Proliférer, produire, reproduire jusqu'à la Mort.

Puisque le créateur absolu, le Pygmalion, s'il fait vivre les formes, leur donne aussi la Mort pour qu'elles soient achevées.

Mais pour donner la Mort, on doit mourir soi-même.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, partez mes soeurs et mes frères et revenez un jour, riche de Calypso, de Circée et de l'enfer. Vous retrouverez Pénélope qui coupera le dernier fil de sa tapisserie au Jour de votre arrivée.

Alors, vous ferez l'amour à la Mort, un soir, comme on s'endort, vous goûterez, dans un baiser, ses lèvres chaudes et parfumées.

Faire l'amour à la Mort, c'est un corps pour un corps et après avoir traversé le désert, sa langue sera douce, porteuse de Mots, des mots que nous réinventerons pour remplacer ceux qui s'en furent... faits de rosée et qui apaisent la soif. Son corps, navire chaud et humide d'embruns vous attendra au port pour un voyage plus long encore dont nous parlerons un Jour, à mots couverts.


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Publié le par Lurker
Publié dans : #Paroles

La conscience rationnelle a périodiquement besoin d’être

obscurcie pour que la lumière nouvelle puisse jaillir et avec elle de

nouvelles possibilités créatrices. (...) Il est nécessaire d’accepter de

se confronter avec l’ombre et avec l’obscurité de l’inconscient dans

la mort du moi, pour que se produise la “transmutation”

La femme dans les contes de fées, Marie-Louise von Franz. Espaces libres, Albin Michel,

1992.

 

"... Le Seigneur est dans son Temple saint : silence devant lui...", dit le prophète Habaquq II, 20, ce qui résume l'attitude convenable du mystique devant Dieu. On trouvera un développement explicatif dans les images paradoxales et fulgurantes de Denys l'Aréopagite "... les mystères simples, absolus et incorruptibles de la théologie se révèlent dans la Ténèbre plus que lumineuse du Silence : c'est dans le Silence en effet qu'on apprend les secrets de cette Ténèbre dont c'est trop peu dire que d'affirmer qu'elle brille de la plus éclatante lumière au sein de la plus noire obscurité..." (La Théologie mystique, 5, p. 177). 

La mort du moi, qui a perdu tout lien avec le soi et doit retourner dans le sein de la terre pour retrouver un tel lien à travers une renaissance psychologique.

Examinons la racine grecque mu, qui donne de nombreux dérivés :

- grec, muein : se taire ; latin, mutus : muet ; sanskrit, mùka ; sanskrit, muni : ascète silencieux ; latin, mu : son à peine perceptible ou grognement étouffé.

-         grec, mustêrion ; latin, mysterium : mystère, ce qui est inexprimable; grec, mustês : initié aux mystères.

-         - grec, mustikos ; latin, mysticus : relatif aux mystères, mystique.

-         - grec, muthos : récit, légende ; latin, mythus : mythe, "ce qui n'était pas susceptible de s'exprimer directement", ne peut être que "suggéré par une représentation symbolique" (René Guénon, 10, p. 37).

Les mystères, l'initiation, la mystique, les mythes, semblent ainsi fondés dans l'au delà de la parole, dont le silence extérieur constitue la condition favorisante et le symbole.

Lors de l’assassinat d’Hiram et surtout de ses conséquences, Nous ne pensons pas à la mort et au retour dans la Terre Mère, mais à cet analogue qu'est la mort du moi, sa dissolution sous l'action de la Connaissance. Nous n'ignorons pas que la voie initiatique suppose l'action équilibrée de la Sagesse et de la Méthode, du féminin et du masculin, du silence et de la parole, même si nous parlons souvent et surtout du silence.

Les mystères, l'initiation, la mystique, les mythes, semblent ainsi fondés sur la présence d’une altérité étrangère à la parole et dont le silence extérieur constitue la condition favorisante et la conscience du symbole. Si la permanence est l’image de l'éternité, le clonage devrait permettre de prolonger la vie à l’identique, donc de rendre l’homme immortel… à moins qu’il ne s’agisse que de pérenniser ses imperfections.

Au début, la mort était collective, « nous mourons tous », l’humain ne pouvait que se survivre et le « bien mourir » faisait partie de l’existence. Puisque nous mourons tous, nous nous retrouverons tous….Puis, vint « la mort de l’autre », la disparition de l’être cher et l’espoir de sa « vie ailleurs », le « je meurs » succéda, la mort devint personnelle, sujette à inquiétude collective par une prise de conscience sociétale de l’individualisme. Puisque « je meurs » c’est que je ne fais plus partie des vivants, donc, je ne participe plus à la société. Il devient donc évident que cette vision sociale de celui qui « n’est plus » peut devenir contagieuse, elle laisse alors place au « il meurt ailleurs ». L’homme mortel a fait place à une société jeune et immortelle puisque l’on ne meurt plus de manière visible. Dès lors que les humains mouraient tous, ils pouvaient concevoir la résurrection, dès lors que l’on meurt « hors du monde », il n’y a plus rien après.


 


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