Mon nom est Cassia

« … l’âme, d’ailleurs, fait voir que tout ce qui est capable de douleur n’est pas sujet à la mort. »
Saint Augustin – La Cité de Dieu


La franc-maçonnerie se compose, depuis fort longtemps, une progression symbolique de trois grades dont le troisième repose sur une allégorie du cycle de la mort et de la renaissance qui met en scène l’assassinat d’un maître forgeron. Il est très possible de démontrer que cette division en trois grades est fort ancienne, et n’est pas le privilège de la maçonnerie. Néanmoins la légende sur laquelle repose le troisième degré présente une origine incertaine dans un environnement chrétien. En fait, une grande part de la structure symbolique de cette légende et des personnages qu’elle met en scène, est plus proche d’une continuité philosophique avec certains mouvements dits « gnostiques », dont les racines et les origines se fondent dans les croyances et les religions les plus anciennes du moyen orient, plutôt que dans un contexte scolastique. Il s’agit, au mieux, de l’illustration d’un monde organisé par un Dieu immanent aux visages multiples symbolisé par une parole substituée.

L’Homme s’inscrit dans un cycle dont chaque passage représente une résurgence de ses expériences passées et, surtout de sa renaissance. Les différents états de l’être sont montrés comme identiques aux rythmes de germination et de floraison des végétaux dont dépendent l’organisation sociale ou la subsistance du groupe humain. En fait, cette légende présente la plante et l’homme de manière interdépendante. C’est la plante qui marque l’emplacement du corps de l’homme et c’est encore la plante qui lie son âme à la terre. Le Maître ne se détache de ses racines, et cette image peut être considérée au sens propre comme au sens figuré, qu’avec beaucoup de peine.

On s’attardera cependant, à la lecture de ce vieux cathéchisme qu'est la « réception mystérieuse » dont on dit souvent qu'elle est la traduction française de la "masonry dissected" de Pritchard..., sur l’identification du néophyte à la plante, car, c’est, en fait, en suivant l’Acacia que nous comprendrons mieux le contenu du troisième grade de la franc-maçonnerie et c’est peut être la raison pour laquelle le Maître maçon affirme que « l’acacia m’est connu ».

L’identification au rameau et, par voie de conséquences, l’idée d’une incarnation de l’âme qu’elle implique dans la mesure où ce point particulier des croyances fait référence à des pratiques antiques dont on retrouve les traces tout au long les courants de conquêtes et de partages dans les bagages des armées de Rome et des civils qui les accompagnaient. L’influence romaine laissa d’ailleurs de nombreuses traces sur l’art de bâtir, particulièrement en une confrontation très nette des techniques de construction, avec ou sans mortier pour sceller les pierres.

Ces croyances et ces pratiques rituelles parfois influencées de chamanisme viendront se croiser en Ecosse et en Irlande avec les anciennes pratiques celtes composant un fond culturel qui intégrera les différentes dimensions de la résurrection perçue comme un message important à transmettre. Cette confrontation d’influences et de cultures qu’a connue l’Europe des premiers temps de la chrétienté présente encore des traces dans la statuaire romane où l’on peut voir parfois l’image de la trinité associée à des bottes de blé et aux grenades qui surmontent les colonnes du Temple .

L’âme a-t-elle un corps ? Telle était en grande partie la grande question du moyen âge des bâtisseurs, comme une continuation de l’idée très ancienne d’une fusion entre l’Homme et l’Arbre. Cela ne surprendra pas dans la mesure où cette « incarnation » de l’être est conforme à l’idée que l’on peut se faire dans l’ancienne chrétienté, du nouveau baptisé dont l’être est associé à la germination d’une nouvelle essence dans le jardin d’Eden. Cette conception de transmigration, de protection des êtres par leurs âmes confiées au cœur des plantes est affirmée par le choix des mots et, sur ce point, le choix du nom d’un nouvel initié, d’un nouvel adepte de la religion, est exemplaire. En effet, le « néophyte », porte un nom qui provient du grec « néo », nouveau, et « phytos », plante… Hiram, le nouveau Maître relevé est donc naturellement cette nouvelle plante.

L’alternance des morts et des renaissances dans la pratique rituelle de la maçonnerie offre, par le symbole de la relévation, une image qui implique que le Maître, enterré à même le sol n’est autre qu’un nouvel Apprenti, seul dans le cabinet de réflexion et se préparant à de nouvelles épreuves, à une nouvelle étape. Là où le nouvel adepte découvrira la Lumière durant la cérémonie d'initiation au premier degré, le nouveau Maître sera, lui, relevé, comme sorti du sol, pour renaître à la vie. Il ne découvrira, néanmoins, qu’un monde obscure peuplé des couleurs du deuil. Le « vieil homme », selon le terme qui désigne la mémoire de l’ancien monde et des préoccupations profanes, est mort et tous le regrettent, car, dans l’ignorance de ce que l’on sera, on ne peut que regretter ce que l’on a été.

Le parcours, la progression initiatique qui accompagnera désormais le nouvel adepte l’entraînera vers un nouveau cycle, de nouvelles formes d’expositions philosophiques qui, bien qu’elles soient induites par l’application des arts libéraux, s’ouvrent vers de nouveaux horizons. Ces périodes successives sont couramment représentées par les bâtisseurs, sous la forme d’un labyrinthe composé de cercles concentriques qui obligent celui qui emprunte ce chemin à parcourir l'ensemble du motif jusqu'au centre dans l’espoir d’y trouver la clef du Mystère. La solution des mystères est, le plus souvent, dans l'imagerie symbolique, figurée par une sorte de Minotaure, monstre mi-Homme mi-Taureau, que l'on associe aux métaux laissés à la porte du Temple. Il attend patiemment la fin du parcours et rattrape l’initié pour le mettre en permanence à l’épreuve.

Ce parcours initiatique est immémorial et cette part, figurée ici par le chevauchement du Maître et du cabinet de réflexion désigne une certaine forme de germination. Le nouveau corps enveloppe l’ancien, comme un arbre qui se développerait autour pour lui offrir sa protection contre les agressions dont il pourrait être victime.

Cette protection trouve son reflet dans l’imagerie du moyen âge pour laquelle il est bien clair que l'Homme naît de l'arbre au centre du Jardin, comme l’arbre peut naître de l’Homme. Adam sera fils de l’arbre, Jessée ses racines et Jésus son cœur. Ainsi l’homme archétype se trouve lié à l'axe du Monde, à la Vie et à la Mort. Il devient alors naturel que cet arbre soit aussi le dépositaire de l’âme qui habitait le corps et lui offre un abri qui assurera l’immortalité a son détenteur premier. Cette identification permet de répondre à la question de la permanence, celle de l’immortalité de l’âme, objet des réflexions de Saint Augustin, mais aussi à celle concernant ses formes premières. Ainsi, par la chronologie de la Création, on laisse entendre que cet arbre, ce rameau, qui abrite l’âme, et qui a été créée avant l’homme, aurait pu l’être afin de protéger ce qui restera précieux et éternel chez ce dernier. Le rameau désigne le lieu où se trouve le corps et permet de savoir ce qui, dans le sol, sera le séjour de l’âme.


Cette croyance n’est pas particulière à la chrétienté, elle est extrêmement archaïque et l’on peut en retrouver les traces dans les civilisations les plus anciennes. Ces questions sur ce qui a précédé, de l’âme ou du corps, les transferts d'âmes et de corps étaient déjà connus et ritualisés par les Sumériens dont certaines croyances ont perduré avec le temps, elles ont souvent été les inspiratrices de rites anciens et de longs passages des Ecriture. La Bible en garde de nombreuses traces et l'on peut déjà suivre ce concept de protection de la vie par la protection des corps qui se transformera peu à peu en engendrement dans l'histoire d'Abraham.

Ainsi, il est dit qu’Abraham planta un bosquet ('e-shel ) d'Acacia à Beer-Sheba ( Gen. 21 ; 33 ) pour marquer son alliance avec Abimélek ( Abd'El Malik - Le Roi qui n'est jamais né mais aussi le Dieu Roi fidèle ). A cette époque cela devait avoir une grande signification car en le plaçant à cet endroit, il invoqua le Nom de Dieu. Depuis ce temps, celui qui porte les branches de cet arbre est le porteur de la Lumière. C’est une situation particulièrement ambiguë car, comme on le sait, dans un grand nombre de religions, le porteur de Lumière est aussi un proscrit.

Dans le Mythe d’Hiram, c'est le Maître qui aura trouvé et ôté la branche marquant l’emplacement du corps qui prononcera les mots définitifs qui rendront à l'homme sa véritable nature : « la moelle est dans l’os ». Il sera aussi celui qui assurera le lien entre la Connaissance et le Monde des Hommes par la « relévation du Maître », c’est à dire le constat de sa réintégration et celui de la permanence de la vie. On traduit symboliquement cela par la description d'un état de « mort renaissance ». C'est la substitution des mots et, par la même, la transformation en verbe de la Parole perdue au retour du monde des morts que le mythe transforme en « mot substitué ».

Avec le temps, le Mot deviendra le Roi par analogie, c'est ce que l'on traduit généralement par la sentence qui affirme que l'on reste Maître du mot que l'on ne prononce pas  alors que celui que l'on prononce fait de nous son esclave. Lorsque le Roi est substitué cela indique qu'il ne meurt pas...

Le monde d'Abraham fut très rapidement sensible à l'idée d'une possible naissance de l'Homme par engendrement, c’est à dire, d’une reproduction à l’identique, divin et, par extension, à l'idée que Dieu soit né, lui aussi de cette manière. C'est l'idée implicite du Tsim-tsoum des kabbalistes, car se replier sur soi-même peut aussi être compris comme un repli intérieur vers l'origine de sa propre matière existante. Ce questionnement est très présent dans les anciens textes par la conscience implicite de la nature implicite du temps et de la mémoire.

C'est là que s'éveillèrent les premières recherches inquiètes pour le représenter, recherches dont il existe une trace écrite. En guise de premier essai, on testa la ressemblance de Dieu sur les éléments naturels chargés de sym-bolisme. Les astres du jour ou de la nuit donnaient de ses nouvelles. Les métaux, arbres et animaux avaient quelque chose de divin. La force d'En-Haut se manifestait de manière sonore et visuelle par l'orage, le feu et autres phénomènes naturels. Les mesures du temps, de la fraction journalière à l'année, portaient des marques sacrées. Dieu se manifestait par une gerbe d'épis, des trônes royaux ou des insignes qui lui étaient attribués. On alla jusqu'à lui assigner des chiffres significatifs.

Particulièrement chez les Egyptiens. En fait, même si l’on peut avoir de sérieux doute quant à la filiation directe des sociétés initiatiques d’occident, il n’en reste pas moins que les peuples de la méditerranée ont très certainement partagé beaucoup plus que les denrées dont ils faisaient commerce.

Le mythe égyptien a ceci de très particulier qu’il propose quelque chose de plus que ce que dévoile une parabole ordinaire. Au delà de la description de caractères divins qui s’approchent le plus possible des comportements humains, nous nous trouvons ici face aux véritables prémices d’un enseignement sacré.


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L’intelligence de la légende d’Osiris est précisément de développer une certaine notion de l’évolution, voire, de la transmigration des âmes, leur retour au divin, leur reconstitution après le démembrement et leur complète fusion avec le divin. Ce mythe qui formera le fondement des légendes relatives au « dieu qui meurt » et à ses relations avec la plante qui le protège ou le tue, introduit les notions fondamentales du chamanisme au cœur d’une foi immanente. Les Dieux et leurs âmes sont partout. L’inconscient collectif qui les véhicules est à ce point proche de la nature profonde de l’homme que le fondement de la légende ne peut que se transmettre, s’adapter mais pas être oubliée. Il y a peu de textes qui abordent le mythe osirien et cette discrétion le rapproche du mythe d’Hiram dans la mesure où, pour ce dernier, on ne dispose pas non plus d’éléments écrits qui développent les raisons profondes de son l’élaboration. C’est principalement le grec Plutarque qui en décrivit le développement vers 66 a.d. ce qui laisse à penser que les grands mystères étaient, depuis la plus haute antiquité, l’objet de transmissions secrètes car le peu d’informations dont on dispose sur cette légende la fait remonter au moins à un millénaire avant le christ.


Ounophris, « le bienveillant » aussi appelé Osiris est fils de Nout et de Geb, c’est à dire, du Ciel et de la Terre. Il règnera vingt huit ans durant lesquels il enseigne aux égyptiens l’art de l’agriculture avant d’être la victime d'un complot organisé par son frère Seth, image du désordre, du chaos.

Alors qu'il revient victorieux d'une longue campagne de conquêtes, Seth profite des fêtes organisées à cette occasion pour inviter son frère à un banquet. Au cours de la soirée, il met Osiris au défi de s’allonger dans un grand coffre. Lorsque ce dernier y fut couché, Seth l’enferme et jette le coffre dans le Nil.

Comme le fit la mésopotamienne Ishtar, descendue aux enfers, pour retrouver son Frère amant Tammuz, c’est sa Sœur-Epouse, Isis, qui partira à la recherche de son âme afin de le ramener à la Vie. Les deux déesses se seront préalablement coupé les cheveux, elles auront déchiré leurs vêtement, se seront libérées des voiles qui les recouvraient. Là où Ishtar franchit les portes en abandonnant à chaque fois une part de ses parures afin de descendre plus profondément, Isis déchire ses vêtements et parcoure le monde à la recherche du coffre dans lequel « le Bienveillant » a été enfermé. Néanmoins, elle ne ramènera pas Osiris par un voyage de retour car ceux qui descendent en ces lieux ne peuvent pas revenir et c’est seulement l’Amour d’Isis, symbole de la régénération et de la vie éternelle qui permettra de retrouver le corps. Durant le voyage d’Isis aux enfers, le coffre contenant le corps, entraîné par la mer, atteignit les côtes de Phénicie où il s’échoua aux pied d’un Acacia, ou d’un Tamaris, selon les versions. La quête dura si longtemps que le tronc de l’Acacia recouvrit la boite contenant le corps d’Osiris. Le roi de Byblos, occupé à faire construire son nouveau palais, fait abattre l'arbre afin d’en faire l’une des deux colonnes qui doivent en décorer l’entrée. Isis entend parler de l’odeur qui s’échappait du tronc alors qu’on le coupait. Elle en comprend aussitôt la signification et se rend en Phénicie où on lui remet la colonne prodigieuse. Elle ouvre la colonne de bois et en retire le cercueil de son époux qu'elle arrose de ses larmes. Elle le ramène en Egypte et le cache au fonds des marais afin que Seth ignore que le corps ait été retrouvé, mais au cours d’une chasse, ce dernier découvre le coffre. Furieux qu’Osiris soit encore entier malgré le temps écoulé, il décide d'en découper le cadavre en quatorze morceaux qu'il disperse à travers le pays.

Découvrant cela, Isis se mettra à la recherche des morceaux. Elle les retrouvera tous à l’exception du sexe, dévoré par un poisson. Aidé par Anubis, Thot et Nephtys, elle recomposera le corps démantelé et le momifiera. Ramené à la Vie par ces pratiques et désormais à l'abri de la mort, Osiris se retire dans les mondes souterrains, il laisse alors le trône du monde visible à son fils Horus , qui deviendra le modèle des rois à venir.

Plusieurs points auront appelé notre attention en nous rappelant la proximité de cette légende avec le mythe d’Hiram. Tout d’abord le fait qu’Osiris, fils du Ciel et de la Terre, enseigne l’agriculture à son peuple. Par voies de conséquences les traditions l’associent aux moissons et c’est la raison pour laquelle il est souvent porteur d’un épis de blé. Cette généalogie et cette attribution lient le Dieu à la fois à ce qui est en haut et à ce qui est en bas par les mystères de la germination. D’autre part, la recherche du corps par sa sœur épouse Isis jusqu’aux confins du monde des morts confirme cette attribution et en détermine les contours, de même qu’elle permet de décrire l’environnement des âmes.

On aura noté que ce qui différencie les ténèbres de la clarté est essentiellement indiqué par le fait que ce sont les épouses qui partent à la recherche du défunt. Cette différence de sexe accentue encore l’alternance de l’ombre et de la lumière. Le monde des morts n’est accessible qu’une fois dévêtu. Il s’agit bien de tout laisser à la porte de ce qui peut rappeler le monde visible. Les vêtements, les métaux, Isis et Ishtar se présentent comme le maître néophyte qui est introduit dans le Temple après avoir été délivrées des voiles et de ses passions.

Osiris – Dieu des ombres au pays des morts
Isis – Déesse de la Lumière et de la sagesse
Horus Dieu enfant du Silence et Dieu de la Sagesse
Tout s’organise comme si du fond de la Terre germait la Lumière. Cela n’est possible que parce que trois autres dieux ont aidé Isis.

On aura noté aussi que l’odeur dégagée par le corps ou par l’objet contenant le corps est l’indice qui précède sa découverte et qu’on le ramène avant qu’il ne soit dépecé et éparpillé. Bien plus, dans ce mythe, l’Acacia contient le corps et continue de le contenir après que l’arbre n’ait été transformé en colonne. On peut penser que cette colonne protégeant Osiris soit à l’origine de la légende de celles qui contenaient le savoir humain, qui furent englouties au large de Gibraltar et que l’on nomme « colonnes de Seth ».

Enfin, sorti de sa « gangue » d’acacia, dépecé et recomposé, c’est avec l’aide de trois autres divinités qu’Osiris sera « relevé » et momifié. C’est seulement à l’issue de cette restructuration et de cette préparation à l’éternité qu’Osiris pourra reprendre son voyage.



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Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage
Cordialement

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