La quête de Perceval

  • Lurker
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Chacun sait qu'il est plus facile d'entretenir des illusions que d'admettre ses erreurs. Les groupes humains n'existent qu'à travers leurs propres fantasmes sans même s'imposer la responsabilité de leur réalisation.
 
Là réside une partie de la réponse. La quête est notre argument premier. Que ce soit celle de la Vérité ou celle du Graal, il s'agit toujours d'atteindre, de trouver, de découvrir quelque chose de nouveau, d'inconnu.
 
Puisque nous en sommes au Graal, il me semble naturel d'emprunter les routes défrichées par Perceval le Gallois afin de parler de la Veuve, Mère éternelle que je n'ai pas encore nommée, ni même décrite. Perceval est l'image naturelle du Chercher de Vérité, d?autant plus naturelle qu'il est l'image même de l'Apprenti en quête d'initiation.
 
La légende proposée par Chrétien de Troyes, sous le titre de « Perceval le Gallois ou le Roman du Graal » nous conduit sur les chemins de la découverte du monde. L'auteur, reprenant à son compte d'anciennes légendes nous fait découvrir jusqu'au château du Graal. Mais le roman s'arrête net... le chroniqueur des seigneurs de Champagne meurt avant d'avoir pu terminer son oeuvre comme si une malédiction l'avait empêchée de développer son enseignement sur les vertus de la communication symbolique, comme si il avait donné certains secrets qui auraient dûs rester cachés...
 
N'oublions pas que la communication n'est pas toujours composée des mots du langage.
 
Ceux-ci ne représentent qu'un moyen pratique qui nous permet de nous exclure des autres formes communiquantes en nous faisant croire que seules les images et les mots sont compréhensibles.
 
Les autres formes ne sont qu'anarchie, bruits, caresses et sensations que l'on range souvent dans les catégories animales ou primitives, toujours diabolisées pour ne pas avoir à les étudier, pour ne pas avoir à croire qu'elles se puissent partager dans la mesure où seule la sécurité de l'habitude est synonyme de Vérité.
C'est ce que les soufis appellent le langage des oiseaux.
L'initiation, de tout tempes et de toutes cultures,  implique une re-création de l'intérieur vers l'extérieur et le questionnement permanent de l'Apprenti adepte doit trouver son reflet dans l'écoute bienveillante du Maître conscient de ses responsabilités lorsqu'il accepte d'accompagner son chemin.
Perceval, héros au regard si doux de ce que l'on a coutume d'appeler les contes de Bretagne, est fils d'une veuve, que je n'ai pas encore nommée ni même présentée... Il est donc fils d'une Veuve pour ne pas dire, comme le croyaient les anciens celtes, de la Terre nourricière, de la Force créatrice de toute vie.
Le Père est mort au combat, au faîte de sa puissance, comme le soleil disparaît à l'horizon  pour réapparaître au matin... invicta, la vénération du Père fera place à celle du fils par la magie d'une Mère fécondée sans homme... la Mère première, Vierge Parturiente, pas encore la Déesse Mère, celle qui se couvre du noir du deuil pour ressembler aux profondeurs de la Terre, pour ressembler à l'amante du Cantique des Cantiques. Pour ressembler à l'image de l'être...
Le Père s'allonge et renaît, il se déguise et s'incarne en son fils, il se reforme en quelque sorte, il accepte de mourir pour re-parraître du sein de la Mère permanente comme Mithra jaillissant des entrailles de la Terre un 25 décembre alors que l'astre revient au sein du ciel au le solstice.
Le Père absent et le Fils matériel ne sont qu'une seule et même personne et ils se nourrissent des produits de la Terre, des produits de leur Mère.
Ceux parmi nous qui le peuvent se rappelleront que la Veuve, mère d'un certain architecte dont il est question dans le Livre des Rois, est fille de la tribu de Nephtali. Les Nephtalis sont Caïnnites,  forgerons descendants de Caïn,comme toutes les tribus puisque des enfants d'Adam et Eve, seul survécu Caïn. Ils créent en maîtrisant le feu de la Terre, ils créent en transformant les pierres et les entrailles du monde et cette transformation est source de savoir. On le sait, Visite l'Intérieur de la Terre...
L'architecte transforme la matière pas l'esprit et grave ses rêves en des plans... il modèle la Terre d'où il est né pour lui donner sa forme, donc son âme.
C'est probablement pour cela que Caïn en est arrivé là.
Le Ciel a toujours refusé que la Terre est une âme !
On sait que Religion et Savoir font rarement bon ménage ! Tout autant que Foi et Connaissance sont complémentaires...
La Mère de Perceval l'élève dans l'isolement, dans son château, un cabinet noir peut être ? Jusqu'au jour où celui-ci rencontre, dans la forêt, un chevalier en armure, un homme moderne, au fait des codes moraux et des techniques du temps, mais aussi un Ange qui va lui apprendre que le monde existe. C'est à dire que la cour du Roi Arthur existe le Monde existe et son image est une Table Ronde... La plupart des psychologues penseront à juste raison que le malheureux Perceval, isolé dans cette forêt humide et sombre, est resté trop attaché à sa Mère et présente un manque flagrant d'autonomie. La Mort est bien trop longue, c'est pourquoi le départ du jeune homme vers le monde des vivants sera un arrachement, c'est aussi ce qui explique que son parcours est lié à celui de Femmes qui le guideront « puisque l?homme ne peut davantage se passer de la Femme que la Femme de l'homme ».
Ce sera une pucelle, c'est à dire une jeune femme, qui, par trois fois, nettoiera les plaies du Roi Pêcheur stigmatisé et agonisant lors du repas dans la Citadelle du Graal... Comme pour rendre l'image de Magdeleine lavant les pieds du Christ... Mais cette Mère qui l'a isolé du Monde, toutes ces Mères qui le prennent en charge, ne lui apprennent pas la curiosité, elles lui apprennent la bonté et le confort de l'être et l'arogance des certitudes. A tel point qu'il en oubli le principal... toujours demander pourquoi ? Le silence sera alors la raison première du manquement de Perceval... c'est son silence qui fera que le Graal lui échappera....
 
L'Apprenti néophyte doit rester silencieux et observateur... plus tard, il construira sa critique du monde... Jamais il ne doit oublier que la Parole crée le Temple mais que le Silence crée l'Univers sans lequel le Temple ne peut exister.
C'est encore à une femme qu'il pense lorsqu'agenouillé sur la glace du lac, il médite sur trois gouttes de sang tombées sur la neige... les marques rouges sur fond blanc... La lumière d'Adamah...
« La jeunesse doit savoir se taire... » a-t-on enseigné à Perceval, mais les intentions les plus droites peuvent parfois se retourner contre nous... à aucun moment dans ce conte, il n'est porté de jugement contre les hommes, parfois, certaines pucelles sont montrées du doigt mais il existe toujours un moyen de sauver leur âme, de trouver de la bonté, de percevoir l'humanité... seules les intentions sont jugées... car, seules nos intentions nous guident. Les Dieux jugent les intentions, les démons jugent les hommes.
Le silence de l'isolement est la barrière infranchissable à la découverte, mais le silence de l'écoute est aussi un moyen de la découverte...
C'est parce que Perceval est obéissant qu'il arrive au château du Graal, et c'est aussi parce qu'il est obéissant qu'il passe près de la Vérité sans la voir. C'est parce qu'il se révolte contre une Présent immobile, qu'il questionne enfin après de long instants de certitudes... qu'il lui est répondu.
La Parole est un devoir pour tous...Le Silence est une nécessité de la Parole...Car il est nécessaire de transmettre hors du Château du Roi Pêcheur, les Vérités acquises à l'intérieur...
 
Galaad, qui découvrira le Graal plus tard ne posera pas de questions. Les exigences de sa quête seront moindres, du moins elles seront plus éloignées de l'intelligence humaine.
Il sera entendu que la totale soumission à Dieu vaut intelligence. Le conte du Graal ne sera plus un conte symbolique mais une apologie théologique qui glorifiera la soumission en la nommant humilité. Alors qu'il vaudrait mieux élever le questionnement en le nommant humanité.
Perceval est un homme, né de la Terre et prisonnier de la Terre, il s'en extrait avec toutes les difficultés nécessaires et ses victoires sont celles d'un humain en quête d'harmonie qui doit savoir questionner, se questionner. Quel avenir peut proposer un adulte soumis ? Et quel avenir peut-il espérer de sa soumission...
En fait, le manquement de Perceval ne provient pas du fait qu'il n'ait pas posé les questions nécessaires au Roi Pêcheur, mais bien du fait qu'il pensait en connaitre les réponses et, ainsi, ait subit sans rien dire le spectacle de la souffrance qui s'offrait à lui durant le dîner. Sa culpabilité lui laissait croire qu'elle pouvait se substituer à l'action...
Le Silence n'est pas la forme ultime de son être et les agapes ne sont pas le lieu du silence.
« Le secret de quiconque vous héberge doit être respecté. » dit-il comme une excuse à son mutisme.
C'est cet argument politiquement correct qui est la cause du manquement, le Graal ne peut appartenir à celui qui s'isole du monde ou que révolte contre le monde, même par naïveté, même par orgueil, il ne peut être entre les mains de ceux qui ne se sentent jamais concernés par ce qui les entoure ou qui croient que l'image de leur peine montrée vaut mieux que leur action... ils sont seulement concernés par l'illusion de ce qu'il croient être... la jalousie, la suffisance, la morale substitutive, l'envie, la peur, le racisme ou d'autres forme de rejet, d'autres plaies,  comme lorsque l'on s'obstine à penser que ce que nous croyons est vrai...
Combien de plaies sont celles du Roi Pêcheur que la Veuve doit soigner seule parce que nous n'avons pas le courage de parler.
Nous, les enfants de la Terre, laissons proliférer les cancers sur ce monde qui nous héberge en nous convainquant que cette purulence est due à une humanité dont nous pensons être différents puisque nous nous croyons meilleurs. Les images dont nous croyons qu'elles nous font vivre ne nous montrent que le monde que nous souhaitons voir.

Comme la Mère de Perceval lui enseignait le monde idéalisé et schizophrène qui habitait ses craintes, la bonté peut parfois être une excuse à la lâcheté. La charité ne soigne pas les sources du mal, elle s'en nourrit. 

 

Apprenti, Perceval, il te faudra choisir entre le silence et le moyen d'être toi-même... questionne, il te sera répondu...romps ton silence intérieur, retourne à la Mère comme tu lui fut confié et voit ce qu'elle t'inspire.

 

Vois les armures flamboyantes de la chevalerie qui te donnèrent la lumière... ton passage au coeur des forêts du Nord, silencieuses, froides et humides, n'est qu'une étape de ta méditation sur les trois gouttes de sang rouge tombées sur la neige blanche comme sur un plumage immaculé.

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