La pierre et l'Architecte

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était au temps de la construction du Temple.
Ce Temple fameux que les hommes bâtissaient pour la gloire d’un « Dieu sans nom et qui pourtant les portait tous ». Le Roi dut faire venir de très loin un architecte qui fut capable de dresser un édifice à la mesure de la grandeur à laquelle il devait être dédié.
 
Un homme solitaire, qui n’avait jamais connu d’autre vie que celle du replis. Sa pensée construisait des mondes et ses yeux changeaient la couleur des pierres.
 
Les pierres, les bois, le ciment, toute les matières appelées à composer l’édifice se devaient d’être née libres, brutes et néanmoins parfaites. L’Architecte y veillait, plein de certitudes.
 
Il savait que « Celui qui n’avait pas de Nom et qui pourtant les portait tous » n’aimait pas que l’on bâtisse en frappant les pierres avec l’acier des épées. N’avait-il pas ordonné qui l’on construise de bois les lieux qui lui seraient dédiés ?
 
L’Architecte dessina les plans, et visita le pays afin de trouver le lieu le plus approprié à accueillir ce qu’il considérait déjà comme l’œuvre de sa vie.
 
Il sillonna seul les plaines et le désert, il parcourru le sable et les fleuves, il se pencha sur les pierres et visita les profondeurs de la terre. Il gravit les montagnes jusqu’au sommet des monts d’Hiver, là où les visages géants de fantômes oubliés demeurent muets face au soleil et attendent la venue divine pour recouvrer la vie. Il descendit au fond de la plaine du sable là où les cliquetis des insectes nocturnes murmurent des malédictions sans visage à ceux qui s’y hasardent.
 
Sans qu’il sut pourquoi, entre cette plaine sans fin et ces montagnes si froides, à l’exact milieu du monde qu’on lui avait donné, dans un désert aride au nom probablement oublié, il planta son bâton, comme le point de la Création et dit :
« Patah Véamar ! ( « Il a ouvert et il a dit » ), au commencement sera ce point ! " 
 
Il dessina un cercle autour du bois d’Acacia et attendit.
Il patienta jusqu’au levé du jour et marqua le point où portait l’ombre sur le cercle, ce repère marquerait l’axe d’entrée.
Il s’assit encore et laissa passer le jour. Lorsque le soleil, aux derniers moments laissa traîner une ombre d’acacia sur le cercle, l’Architecte sut quelle serait la direction du Saint des Saints.
 
Lorsqu’il eut trouvé le lieu et le sens, il fit venir les ouvriers… charpentiers, menuisiers, peintres, tailleurs de pierre, vitriers… Tous les plus grand artisans des contrées lointaines, y compris les fabricants de soie venus de l’empire du Milieu…Et chaque corps était représenté par ses catégories ; Apprentis, Compagnons et Maîtres. De même, chacun prit la place qui lui était assignée dans l’organisation du camp d’où serait produit la pensée du Temple avant qu’il ne soit bâti.
 
*
* *
 
A cette époque, on construisait d’abord les parvis car c’est depuis les parvis que l'oeuvre se devine bien avant qu’elle ne soit construite. C’est pourquoi le camp où chaque corporation séjournait était si important.
 
Il faut construire le village avant de construire le Temple dit l’adage.
 
Le socle sur lequel les murs et les colonnes seraient dressés venait ensuite et, pour finir, la crypte, image du monde d’en dessous sans lequel rien de ce qui est dessus ne peut être.
 
Les parvis furent agencés et le socle dressé, les dimensions étaient à la mesure de la dévotion et la porte se dominerait à l’ouest afin que la marche vers le séjour du « Dieu sans Nom et qui pourtant les portait tous » puisse s’effectuer en direction du soleil levant.
 
Durant tout le temps que durèrent les travaux, l’Architecte demeura immobile, face au sol qui se couvrait de pierres polies et qui commençait de former un dallage alterné de blanc et de noir. Il semblait dormir, les yeux mi-clos, tenant son bâton dans la main gauche en caressant, de l’autre, l’améthyste brillante qu’il portait et qui reposait à la base de son cou, dans le sillon creux, entre les clavicules.
 
Souvent, après minuit, après la clôture des travaux, l’Architecte se promenait, à la lumière de la Lune, dans le chantier désert où lui seul pouvait voir les murs qui n’étaient pas encore sortis de terre.
 
Son vieux bâton, planté pour désigner l’endroit, était devenu un bel arbre d’Acacia, il marquait bien l’extrémité, l’une des colonnes de l’entrée d’où l’on apercevrait l’endroit où le « Dieu sans nom et qui pourtant les portait tous » devait voir s’élever le tabernacle de son repos. Souvent, l’Architecte, le regard fixé sur le levant, laissait ses yeux se brouiller à force de méditer sur ce qu’était devenu le morceau de bois qui l’aidait à marcher.
 

 
Cette nuit, comme tant d’autres, il parcourait le chantier lorsqu’il entendit un bruit. Léger, comme le battement des ailes d’un insecte.
 
Il se retourna et plissa les yeux mais il ne vit rien d’autre que les ombres portées vers le sable des dunes par la lumière de la Lune.
 
« ffnf »
 
C’était maintenant plus net. Il se tourna encore et sembla demander au silence de la nuit de se prononcer plus clairement.
 
« ffnf »
 
En suivant le bruit, il vit, sur le sol, brillante sous les étoiles, une petite pierre grise, pâle, laiteuse, souriante et apeurée.
 
Comment cette pierre si quelconque avait-elle bien pu venir jusque là ?
 
Il se baissa et la prit dans sa main, la regarda et entendit encore le bruit. Cela ne pouvait pas provenir de la pierre.
 
« ffnf »
 
Cela ressemblait maintenant à un appel. Une intonation, presque des mots, mais rien de compréhensible.
 
L’Architecte lança alors la pierre au loin, mais elle lui glissa des mains et retomba à ses pieds.
 
« Reste avec moi, je t’ai choisi. »
 
C’était bien la pierre grise cette fois.
 
« Qui es-tu demanda l’Architecte ?
-         Je te cherchais, répondit la Pierre, je suis cette pierre toujours oubliée…
-         Comment une simple pierre jettée peut-elle me chercher ? Comment peut-elle, même, oser parler ?
-         J’ai entendu ta voix sur le chantier et je voulais l’entendre pour moi seule. »
 
Il regarda la pierre de plus près, avec ce regard qui rendait bleus les cristaux de quartz.
 
« Quelle peut bien être ma place dans ce sanctuaire ? Le sais-tu ?
-         Comment pourrais-je trouver une place à une pierre aussi petite et aussi grise ?
-         Cherches et tu trouveras…
-         J’ai beau chercher. Je ne vois pas.
-         Tu ne vas pas me dire que toi aussi tu vas passer sans me voir.
-         Je t’ai vue.
-         Ce n’est pas ce que je voulais dire. En fait, je crois que ma vrai place est dans le saint des saints.
-         Rien que cela ?
-       ffnf ... Ou autre part, Je ne sais pas,  mais à l'ombre... trouves, toi… »
 
L’Architecte haussa les épaules et tourna le dos pour quitter les lieux.
 
« Reste avec nous un peu, nous sommes beaucoup de pierres et nous nous sentons très seules lorsque le chantier devient silencieux. De plus, lorsque les gens me croisent, ils me poussent du pied, comme si je n’existait pas. Parfois, je crois qu’il n’y a aucune place pour moi dans ce chantier.
-         Arrête de te plaindre, il y a toujours une place pour chaque pierre, répondit l’Architecte.
-         En es-tu sûr ? Ce n’est pas ce que tu viens de me dire.
-         Bien entendu, il existe toujours un architecte pour se pencher sur les pierres, les caresser, les polir, écouter leur chant de stéréotomie.
-         Ffnf
-         N’es-tu pas persuadée de cela.
-         Non, car personne jusqu’alors n’a écouté ce que j’avais à dire.
-         Alors, dis-le.
-         Pas ce soir. Personne n’a jamais fais attention à moi, alors, un peu plus, un peu moins…
-         Veux-tu que je t’emmène ? – Il se pencha vers la pierre grise et tendit la main.
-         Non. Je préfère rester ici. La dernière fois tu as bien failli m’envoyer très loin. Si je n’étais pas revenue, tu ne m’aurais même pas vue et tu ne saurais toujours pas de quelle couleur je suis.
-         Comment veux-tu que je vois qui ne me parle pas ?
-         Avec ton cœur. »
 
L’Architecte regarda la pierre et pris son menton dans sa main, pensif, il avait de plus en plus l’impression qu’elle n’était pas grise. Il se souvint alors de ce tailleur de pierre qui, après avoir bâti un mur, s’en fut dormir. Toute la nuit il entendit hurler et revint enfin vers le mur où il découvrit qu’une pierre n’était pas à sa place. Le mur s’écroula sur lui alors qu’il voulait changer l’ordre des choses.
 
Cette pierre n’était grise que parce qu’elle le voulait bien, décida l’Architecte, et il se promit de revenir le lendemain, au jour, pour en avoir le cœur net et aussi pour trouver une place à cette petite pierre dans son édifice.
 
Il revint, le lendemain, mais ne revit pas la pierre. Soit elle n’était plus là, chassée d’un coup de pied par un des ouvriers, soit elle n’était pas grise, de cela, il en était maintenant certain, mais il savait aussi qu’elle pouvait se faire plus grise encore….
 
Il revint la nuit suivante et ne vit pas la pierre.
 
Il y eut un matin et il y eut un soir.
 
Et encore… et encore…
 
L’Architecte parlait de plus en plus aux pierres et chacune trouvait enfin sa place dans l’édifice, mais aucune d’elles n’était la petite pierre grise perdue dans le chantier et qui hantait ses nuit de solitude.
 
Et, une nuit de pleine Lune.
 
« Prends moi dans ta main et regardes-moi. »
 
L’Architecte se pencha vers le sol mais ne vit rien. Il se frotta les yeux et entendit encore la voix du premier soir devenir doucement celle de la première nuit. Elle provenait, cette fois, de derrière la colonne posée au nord de l'édifice, à l'ombre du Soleil porté.
 
« ffnf »
-         Montres-toi, dit-il, je sais que tu n’es pas grise.
-         Je t’ai observé Architecte, de jour, de nuit, j’ai toujours été auprès de toi, tu as changé et j’ai changé aussi.
-         Il faut que tu perdes cette habitude.
-         Laquelle
-         De te fondre dans la tristesse.
-         Prends moi et gardes moi avec toi.
-         Je ne l’ai pas encore trouvée, mais ta place n’est pas avec moi.
-         Qu’en sais-tu ?
-         Je dois finir ce Temple et ensuite on m’oubliera. Toi, on ne doit pas t’oublier.
-         C’est pourquoi tu te brûle les yeux chaque jour sur le chantier.
-         Peut-être.
-         C’est dommage. J’aime la lumière qui danse parfois dans tes yeux, leur donnant un reflet bleu. Voir ainsi cette lumière dévoiler un chemin vers ton âme et ton cœur constitue un privilège. Le feu est l’une des sources de la lumière. La parole en est une autre qui, par sa puissance, peut libérer le feu et la lumière. Les mots contenus dans le souffle du vent dévoilent des océans d’amour. Ces reflets dans tes yeux me disent que tu peux en comprendre la profondeur.
-         Montres-toi telle que tu es !
-         Ffnf »
 
Alors il y eut un silence... Et la pierre murmura d’une voix si basse que l’Architecte crut qu’il imaginait les mots comme il avait dessiné le Temple.
 
« Oui, je sais... Je connais... »
 
Et l’Architecte frémissait à chacune de ces paroles, comme si les mots prononcés ainsi retrouvaient dans une bouche aux lèvres mouillées de lune, leur signification d'origine.
 
«Ne crois-tu pas que nos yeux aient été faits pour s'abreuver ensemble de lumière et de couleur ? 
 
-         Tu es sans doute la plus belle pierre de l’édifice, il faut te polir de la manière la plus douce.
-         Montres-moi cette manière.
-         Je suis trop vieux, mes yeux se voilent et mes mains tremblent.
-         Ffnf »
 
Et tout devint silence. L’Architecte eut beau se tourner de tous côtés, il n’entendit plus rien. Il demanda au ciel, aux pierres, au vent, mais rien n’y fit.
 

« Reviens ! »
 
Il fit le tour du chantier, plusieurs fois et finit son voyage lorsque le soleil lui montra le bout de la nuit.
 
Il y eut des soirs et il y eut des matins. Le temple se construisait et l’Architecte devenait de plus en plus sombre.
 
Tout le Temple, il le revêtit d'or, absolument tout le Temple. Dans le Debir, il fit deux chérubins en bois d'olivier sauvage.
 
Il garda l'acacia de son bâton afin d'en confectionner l'une des deux colonnes d'entrée.
Il dressa les colonnes et leur donna des noms afin que personne n'oublie ce qui devait être fait et que l'on puisse établir avec force les fondations du monde.  
 
Cependant, malgré la beauté de l’édifice, Il semblait s’enfoncer, se voûter, vieillir de plus en plus. En fait, ses conversations avec la pierre grise lui manquaient. Il aimait tant la savoir présente.
 
Lorsqu’il fallut creuser la terre pour construire la crypte, l’Architecte était présent. Quand l’œuvre souterraine fut achevée, il descendit le premier dans les ténèbres de la Terre, image négative du Temple, Il fit cela pour mieux sentir la présence du « Dieu sans Nom et qui pourtant les portait tous ». Il voulait savoir si les pierres étaient à leur place.                             
 
Au bas des marches, dans la cave qui courrait sous le Temple, il n’y avait pas de lumière. Il fallait visiter l’intérieur de la Terre sans aide. Seules ses mains le guidaient et lui permettaient de sentir les murs, leurs dessins, de rectifier ses pas, de modifier ses sens et de « voir » l’invisible, sentir les trois portes qui donnaient l’accès au lieu. On y pénétrait par l’Orient, le septentrion et le midi. Aucune porte ne donnait accès à l’ouest car il s’agissait du pays des morts, celui du couchant. De ce côté, il n’y avait aucun autre accès que la grande porte du Temple, au dessus. Chaque pierre semblait bien à sa place sous les doigts… aucune orpheline. Le sol était lisse de toute aspérité. L’harmonie régnait en ce lieu.
 
Il dirigea ses pas vers la porte d'occident; c’est alors qu’il entendit encore les sons de la première nuit, comme si son cœur n’y avait jamais répondu.
 
« ffnf .
-         Que fais-tu ? Tu sais que je ne peux te voir et tu m’appelles comme si tu était de chair. Efforce toi de t’affirmer.
-         Et si je n’étais pas une pierre ?
-         Quelle drôle d’idée, tu es une pierre, je dirais même une pierre précieuse." 
 
A ces mots, il entendit un rire doux et senti une main frôler sa tête. Il se tourna, comme pour embrasser les doigts qui le frôlaient dans le noir mais la main glissa et se posa sur son épaule. Il eut un sursaut.
 
Un rire… doux.
 
Il tourna la tête très vite, oubliant qu’il faisait noir, et bougea rapidement jusqu’à ce qu’il atteigne la porte du midi. Il sentit encore la chaleur des doigts invisibles et un souffle, une caresse et quelque chose comme un baiser qui l’atteignit sur la nuque, il sentit une langue fine et humide.
 
Un autre rire… plus doux.
 
A force de rectifier son pas sur le sol de la cave, il avait finit par retrouver la pierre, elle était à sa place bien sûr… cachée. Mais n’était-ce pas elle qui l’avait trouvée ?
 
« Tu as raison, je suis belle. Chacun le sais maintenant, mais la place que l’on me destine n’est pas celle qui me revient, près de ton cœur, au creux de ton âme. Je suis comme la clef de voûte qui tient l’édifice, une partie de toi prise pendant ton sommeil…»
 
Il hurla :
« Je ne peux pas t’emmener avec moi, mon parcours s’arrête, il fait déjà trop sombre… ! »
 
Elle soupira.
«  Poète qui se croit trop vieux pour aimer, pour être aimé pour voir une vie vierge des larmes du monde naître à ses cotés, oui, celui-là est cher à mon cœur et à mon âme ... et même si je sais bien qu'existent des barrières et des limites infranchissables entre lui et moi... que mes rêves resteront des rêves ...... je ne regrette rien de cet amour donné et reçu .... pour les reflets bleus et rose que cet amour donne à mon cœur de cristal .... pour les reflets bleus des pierres de lune .... pour les reflets parfois tellement clairs de ses yeux .....même si je dois le quitter, je ne veux pas le perdre. »
 
Après cela, Il tenta de se tourner vers la porte d’Orient mais il percevait sa présence dans l’obscurité. Elle lui faisait face et il senti ses doigt sur ses joues et un baiser, très doux, très chaud sur son front, ensuite, tout fut terminé, comme si rien n’avait eu lieu et ce fut comme s’il mourait.
 
« Mais qui es-tu ?, eut-il la force de demander, dans un souffle.
-         Je suis presque toi si tu es Homme et j'ai toute la forme que tu as imaginée pour ta Construction... « Ehyeh achère ehyeh" et ma transposition ne dépend que de Toi.
 
La nuit s’abattit sur les yeux de l’Architecte et il s’écroula, à l’intérieur de la terre, juste dessous l’acacias né de son bâton.
 
Inquiets après plusieurs heures sans nouvelles, ses compagnons virent le chercher. Lorsqu’ils le trouvèrent, il respirait lentement.
 
Il posèrent l’architecte à la place qu’il préférait : au bout du mur du nord, dans ce coin nord-est qu'il chérissait tant et où il aimait à méditer, face au soleil du midi qui lui tirait l'eau des yeux.
 
Tournant les yeux vers l’acacias, il vit, près de l’arbre, un autre arbre, tordu comme si la tristesse l’avait envahi. Des fruit verts, en forme de larmes, pendaient à ses branches.
 
Il porta la main droite vers son améthyste. A la texture de la pierre il comprit qu’elle avait changé. Il tira sur la chaîne et regarda la pierre. Pâle, grise, laiteuse et légèrement bleue… Une pierre de Lune…Palpitante comme une femme.
 
Un olivier aux fruits comme des larmes.
 
L’Architecte savait que l’on disait de cet arbre qu’il y avait, sur chacune de ses feuille, l’un des noms du « Dieu qui n’avait pas de Nom et qui pourtant les portait tous ». D’un geste lent et grave il prit un fruit vert et le regarda au fond de sa main, au creux de ses lignes de vie. Le fruit semblait luire d’une lueur éternelle. Il sut que quelque chose avait toujours manqué à ses côtés, quelque chose qui faisait partie de lui au plus profond de son être, bien avant qu’il n’existe, et qui resterait une part de lui longtemps après sa mort.
Il regarda autour de lui sur le chantier endormi et une ancienne litanie lui revint en mémoire :
"Des visages froissés au fond des cœurs présents  

Des mots et des sourires, des larmes et les doutes. 
Tous ces êtres en un seul comme au bord de la route 
Les yeux clos aux parvis de ceux qui sont absents. "

 

« Je sais qui tu es maintenant ; Isha, la chair de mon sang... "née" de mon sommeil"
 
Ses yeux s’emplirent de larmes et ce fut la nuit.
 
Le fruit lui échappa des mains et roula sur le sol, dans l'obscurité de ses ténèbres intimes.
 
L’Architecte ne vit jamais la fin de son œuvre et l’on prétend que c’est parce qu’il n’avait pas compris la place importante que devait occuper la plus humble des pierres de son chantier, la pierre de nuit, l’eau pétrifiée en qui se reflète toutes les énergies ; la pierre de Lune, celle qui peut être invisible et briller d’un éclat immense comme une femme aimante.
 
Il n’avait pas compris que le Temple qu’il construisait n’était que le reflet de son être et que la clef de voûte manquait.
 
Les arbres florissants à l’entrée du Temple y sont toujours. Ils masquent d’une ombre légère, les lettres gravées sur les colonnes qui ornent le fronton.
 
Souvent, les visiteurs cueillent les fleurs de l’un afin de les offrir à de jolies femmes assises à l’ombre de l’autre. Lorsque les fleurs épineuses de l’acacias passent dans l’ombre de l’olivier, quelques fruits tombent… Comme si les fruits verts et amers des larmes d’Isha pouvaient, pour son bonheur, faire revivre l’Architecte dans l’ombre de ses rêves.
 

« Lorsque tu gauleras ton olivier, tu n'iras rien y
 rechercher ensuite. Ce qui restera sera pour l'étranger,
 l'orphelin et la veuve »
Dt 24 : 20

voyance en ligne 20/07/2016 10:13

J’adore vraiment ce que vous faites, bravo !!! Merci bien de partager avec nous cet article.

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