La bouche du fou

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« Les sages thésaurisent le savoir,
mais la bouche du fou est un danger menaçant. »
Pr 10 ; 14
 
Le silence règne sur l’une et l’autre part de l’Homme. La puissance du Nom résonne, du fond de son être et lui rappelle comme une permanente litanie, de se souvenir de ce qu’il sera… l’altérité qui constitue l’un des éléments fondamentaux de son existence se présente comme sa seule véritable forme de conscience temporelle. Sans cette altérité, il n’est pas de moyen de faire la différence entre l’illusoire et le palpable, entre Saint Jean et Saint Thomas.
L’expérience fondamentale de l’être vers le Soi se présente souvent comme une transformation progressive du passé vers le futur.
Cette transformation de l’extérieur vers l’intérieur définie progressivement le Silence comme étant la représentation du présent, la Lumière qui viendra délimiter les dimensions divines, donner forme à l’ignorance en déterminant les formes de son inquiétude. Le présent ne peut être autre que silencieux puisque les Paroles dites font déjà partie du passé. C’est parce qu’elles résonnent encore que nous en sommes les esclaves. Celles qui n’ont pas encore été prononcées le seront dans le futur, le moment venu, à l’instant où nous n’auront plus besoin d’en être les maîtres.
La présence de l’Etre s’effectue dans l’action de passer, chacun d’entre nous passe d’un état à un autre, reconnaît son existence par la multiplicité des personnalités qui la compose plus que par l’affirmation de Soi, mais une fois les masques identifiés et réduits à une influence accessoire, reste la plainte de l’innocence, de la naïveté, le visage que l’on ne reconnaît pas tout de suite mais dont l’image reste devant les yeux[1] comme le portrait d’un étranger que l’on croise trop souvent ou bien, pour reprendre l’image que nous développions plus haut, peut être s’agit-il du serpent bruissant dans le souffle du silence et qui ondule devant nous de telle manière que nous reconnaissons sa forme à chaque passage[2]. Comme si le Soi produisait le mouvement et que cette mobilité sans fin exprimait la construction permanente du présent par lequel se construit le futur immédiat et que cette altérité en mouvement était l’essence même de la non-dualité. L’Initiation se présente comme la rencontre personnelle d’un Étranger, d’un guide intérieur, pas uniquement de guides spirituels ou compagnons de route comme peuvent l’être les Maîtres ou les autres Apprentis. C’est cet étranger qui enseigne ce qui est de l’ordre de la gnose, par intuition s’il s’agit uniquement de soi-même ou par progression si le guide est un accompagnateur extérieur, c’est aussi le médiateur (ou la Porte, le Seuil) entre ce que nous croyons être et ce que nous sommes. Cet Étranger apparaît dans toutes les traditions ésotériques comme le but à atteindre mais aussi comme l’état initial de l’être. En ce sens, il est « la Voie, la Vérité et la Vie », le son du silence subtil. Cet Étranger apparaît, sous des apparences diverses et bien souvent comme le reflet du miroir et c’est lui qui apprend à l’Apprenti à marcher vers l’Orient, il est alors celui qui donne l’initiation. Il est encore celui qui guide l’initié, lui donne la lumière, d’un orient l’autre à travers le Monde de l’Âme ( Ruakh ).
A ce moment, nous nous souviendrons, comme le disait Jean-Louis Chrétien[3] , que « la plus silencieuse de toutes les heures est celle de la Nativité ».


[1] Dans le livre de Job 4 : 16, le mot utilisé pour désigner le visage est composé des termes "simple" et "gémissement"
[2] Silence, constitutif essentiel de l'être humain, créé par « modèle » et « silence » : « tselem » et « demout », allez au lien "Modèle et Silence".
[3] J.-L. Chrétien, L'arche de la parole, p. 60. Paris, P.U.F., 1998
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