Questionner le Mythe maçonnique d'Hiram

"Si tu le cherches, il se laissera trouver par toi; mais si tu l'abandonnes, il te rejettera pour toujours."1Ch 28:9
Chronologiquement, le Tombeau d’Hiram occupe deux places distinctes. Tout d’abord enterré à même le sol, au fond de la Terre, quelque part à l’extérieur du Temple, son corps est transporté, sur l’ordre du Roi Salomon, dans le Saint des Saints où l’on construit pour lui une sépulture.
 
La place de ce second tombeau appelle deux remarques importantes. La première concerne sa position dans le Saint des Saints car ce lieu ne peut être rendu impur par la présence de corps morts, de même, les règles du judaïsme étant ce qu’elles sont, il est impensable que le Roi Salomon ait pu, même une seconde, penser déposer un cadavre à cet endroit du Temple. Ce point particulier du symbolisme de la Maîtrise semble indiquer clairement l’influence de la Kabbale chrétienne parmi les fondements de l’Ordre[1]. Mais aussi, et plus fondamentalement dans le sens de notre analyse, cela semble affirmer que ce tombeau est vide. Hiram ayant été « relevé », sa présence n’est que symbolique.
 
Alors, pourquoi placer ici un tombeau, une coquille, une enveloppe vide ? S’agirait-il de protéger ce vide justement, ce silence, comme si dans ce tombeau siégeaient les mots qui valent plus qu’Hiram lui même pour le message qu’ils transmettent ?
Ne devrait-il pas, alors, être gardé jour et nuit, en silence ?
 
Quel est donc le pouvoir de ce souffle sinon de donner la vie ?
 
Le second point découlant du premier est la question de la relèvation d’Hiram. En effet, on sait, par la pratique du rituel maçonnique, que le Maître fut ressuscité par l’accolade mais plus particulièrement par le « Mot de Maître ». On pense alors aux rituels de mort et de résurrection pratiqués par la plupart des peuples et à l’issu desquels le « Maître » est censé ressusciter dans son disciple par la transmission du souffle porteur de vie.
 
Dans ces rituels le Maître « revit » à travers l’apprenti qu’il a choisi. Ici, les compagnons, entendons, bien entendu, « les compagnons du Maître » le maintiennent debout par les cinq points de la perfection et les mots sont prononcés… alors le Maître ressuscite… met des énergies en mouvement et ces énergies font acte. C’est alors que le « franc-maçon devient, par le fait de sa réception au troisième degré, le fils et le successeur d’Hiram[2] ».
 
N’est ce pas le propre de ce qui est vivant que d’utiliser l’énergie pour la convertir, la transmuter ?
 


[1] Gershom Scholem définissait le rapport de la « Kabbale chrétienne » à la juive comme « malentendu productif ». Le même vaut, selon Andreas Kilcher, pour les premiers romantiques allemands, qui ont procédé à une transformation esthétique de la Kabbale, selon la célèbre formule arithmétique de Friedrich Schlegel : « Poésie = Magie = Kabbale + Alchimie ».
L’idée kabbalistique de l’écriture comme « matérialité immatérielle » aux propriétés magiques est perçue par les romantiques comme analogue à leur propre discours sur la puissance créatrice de l’imagination poétique.
Cette forme d’appréhension de la Kabbale relève essentiellement d’un usage des chiffres et des lettres permettant d’affirmer la primauté du culte chrétien ; la guématria, celle-ci permettant de donner les clefs de la Création et des écritures. Bien évidemment l’usage des principes de la guématria s’adapte au Nouveau Testament dont les sources sont grecques, alors que la Kabbale reste liée au texte original de la Bible en Hébreu.
Cet usage systématique de la Kabbale Chrétienne par les fondateurs de l’Ordre a en outre l’avantage de faire mieux comprendre les dispositions des Constituions d’Anderson concernant l’obligation, pour un Franc-Maçon, de pratiquer la religion sur laquelle tous les peuples sont d’accord.
 
[2] F-H Delaulnay, Tuileur des Trente trois degrés de l’écossisme, Paris 1821
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