Déisme, Panthéisme, Athéisme et Idôlatrie...

Le rituel ne serait rien s'il n'était qu'une habitude.
Mais il ne serait pas grand chose non plus s'il devenait une fin en soi.
Le Lurker dans ses bons jours...



Je suis tombé, voici quelques semaines, sur un petit opuscule au titre évocateur :"Instruction Maçonnique pour le Grade d'Apprenti" par le F:. J.-C.-A. Fisch:., extrait de l'ouvrage : Initiation à la philosophie de la franc-maçonnerie, etc... chez l'auteur, rue du Cherche-midi, 121, à Paris 1863. Le fac simile est dû à "Lacour/Rediviva", imprimeur à Nîmes, en 1999. A la lecture, il ne fait aucun doute que ces instructions soient de rite français dit moderne tel que pratiqué au Grand Orient de France à cette époque, c'est à dire, d'une manière quelque peut différente de ce que nous connaissons aujourd'hui, même si le RF Moderne s'en approche quelque peu. je ne rentrerai pas ici dans les détails.


On sait, et pour cela je vous renvoie à la littérature sérieusement historique et maçonnologique sur le sujet, même si l'on n'en trouve guerre en français tant nous sommes friands de légendes et rétifs aux réalités de l'Histoire. On sait, dis-je donc, que la franc-maçonnerie n'est devenue chrétienne qu'après avoir franchit le "channel", très Catholique en s'installant en France et très "mystique chrétienne" en s'approchant du Rhin, au contact des Joseph de Maistre et Jean-Baptistes Willermoz, c'est à dire à la source de la contre-révolution et du légitimisme. Eh oui, la franc-maçonnerie, contrairement aux légendes qu'a pu faire circuler l'Abbé Barruel dans ses très antimaçonniques "mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme", était plutôt légitimiste au XVIIIème siècle. Mais ce n'est pas de cela non plus que je voudrais parler.


Un certain nombre d'entre nous glosent à l'envie sur le Théisme, Athéisme, Déisme et Panthéisme, tout aussi bien, ils tournent et retournent la célèbre formule des Constitutions d'Anderson qui précise qu'un franc-maçon se doit de respecter la "religion au sujet de laquelle tous les hommes s'accordent". Ces Instructions maçonniques m'ont, sur ce point, interpellées dans la mesure où elles ne se contentent pas de développer les mêmes questions et réponses bien connues des Loges, mais s'attardent aussi sur ces questions de définitions "maçonniques" du déisme en vogue au XVIIIème siècle et des traces qu'il a laissé dans nos rituels. N'oublions pas que nous parlons ici d'une maçonnerie qui a accueilli de nombreux écclésiastiques dans ses Loges et ce, malgré  qu'une bulle papale de Clément VII en ai condamné la fréquentation en 1738

Voici donc, comme suite aux déclarations du Convent de 1876 qui précisait que : "La franc-maçonnerie n'est ni Déiste, ni Athée, ni même positiviste, mais une institution affirmant et pratiquant la solidarité humaine et qui est étrangère à tout dogme religieux. Elle a pour principe unique le respect absolu de la liberté de conscience," un extrait d'une instruction lue dans les Loges à cette époque de transition qui précédera la décision de 1896 d'exclure l'enseignement des "devoirs envers Dieu" dans les programmes scolaires.  Bien entendu, la déclaration du Convent repose sur la même erreur sociologiico-historique que celle qui affirme lue la franc-maçonnerie  est d'origine chrétienne, mais on notera tout de même l'étonnantre modernité du texte, modernité qui fait souvent défaut aux francs-maçons d'aujourd'hui qui, comme ceux d'hier, argumentent souvent de la tradition pour retarder l'inéluctable... mais, bon, 1863, ce n'est que 14 ans avant 1877... et, même si nous sommes ici assez loin de la séparration d'avec le GADLU, il reste que cette instruction offre une vision nette d'une certaine opinion en ce qui concerne cette religion sur laquelle tous les hommes s'accordent...

N'est-il pas ?



"
D.°. Qu'est-ce que le Déisme ?
R.•. C'est la croyance à un Etre suprême, à une force universelle, à un esprit formateur et régulateur cause première de tout ce qui existe, sans révélation directe ni culte ; c'est la religion de la raison, de la nature, des sages de tous les temps, la seule vraie et la seule digne de Dieu, celle qui se rencontre au milieu de toutes les sectes religieuses sans cependant tenir particulièrement à aucune d'elles.

Le sage qui est parvenu â dissiper dans son esprit les folles erreurs des hommes, et qui n'a point éteint dans son coeur la sensibilité, voit un Univers bien différent de celui que voit le vulgaire des hommes, bercé dans les idées superstitieuses et fanatiques de la plupart des sectes religieuses. Ce n'est point un Dieu fantasque, tyran, capricieux, vengeur, haineux, implacable, autorisant ou commandant de commettre, pour la gloire de son nom, le vol, le meurtre; le pillage et l'assassinat; non, ce n'est point un Dieu rabaissé et maîtrisé par les passions humaines sous le manteau de l'hypocrisie et de l'ambition.

L'homme sage devine trop la Divinité pour ne pas fouler aux pieds les petitesses de la superstition et regarder en pitié les fureurs du fanatisme; il adore avec un coeur simple et une âme élevée. Le vrai Déiste ne croit que ce que sa raison et son sentiment lui disent de croire. Donc le Déisme est la croyance de l'homme libre, par conséquent. celle du Maçon.

D:. Qu'est-ce que le Panthéisme ?
R:. Le Panthéisme confond Dieu avec le Monde ; autrement dit, les Panthéistes croient que le mondé et Dieu ne font qu'un, que le monde fait partie de Dieu.


D.>. Qu'est-ce que l'Athéisme ?
R:. L'Athéisme nie l'existence d'un Dieu, ne reconnaît pas Dieu, et cependant les Athées se croient aussi éloignés de l'Athéisme que les Déistes, donc on peut dire qu'il n'y a point d'Athées. Celui qui a réfléchi sérieusement sur cet objet s'est convaincu qu'il y a plus d'hommes inconsé­quents que dénaturés, et qu'il est plus aisé de perdre sa raison que l'idée d'un Dieu. Si les hommes étaient tous sincères et conséquents dans leurs paroles, pour sûr, il ne s'élèverait pas une seule voix dans l'Univers qui dirait : Il n'y a point de Dieu. L'Athéisme n'est pas concevable; et être Athée serait supposer des effets sans cause, puisque c'est la cause première de tout ce qui existe qu'on désigne par le mot Dieu, cause inconnue qui a produit des effets connus. Le scélérat dira qu'il n'y a point de Dieu, parce qu'il croit, en le niant, se soustraire à une punition redoutée; mais il n'est nullement persuadé dans son intérieur, dans son esprit, dans son âme, dans sa conscience qu'il cherche à tromper par le doute imaginaire; le doute en lui-même est déjà une preuve de son existence, car celui qui peut douter de quelque chose n'est nullement persuadé de sa non-existence.


D:. Qu'est-ce que le Polythéisme ?
R:. . Le Polythéisme est une croyance aveugle en plusieurs divinités-; mais cette croyance, de même que l'Athéisme, n'a jamais existé. Tous les peuples que nous appelons à tort Polythéistes vénéraient ou vénèrent une Divinité -principale qui seule régit l'Univers ; les autres Dieux ne sont que des -agents subalternes, qui, sous 'la direction du premier, étaient censés gouverner des parties de l'Univers. Et d'où venaient ces Dieux inférieurs et mul­tiples, si ce n'est du désir que l'homme avait de se voir à chaque instant sous leur protection? L'homme inventa donc des divinités inférieures d'après sa propre situation : s'il fut heureux et bon, il ne voyait que des dieux bienfai­sants; s'il fut malheureux et méchants, il ne voyait dans le ciel que des tyrans et des Dieux cruels. C'est là ce grand dualisme qui se retrouve si fréquemment dans l'ancienne philosophie occulte.


Dieu, dans le principe, était l'être le plus parfait.. et il le sera toujours, et comme tel il possède en lui toutes les qualités possibles. Les religions anciennes invoquaient de préférence telle ou telle qualité de Dieu, suivant le be­soin ou les circonstances; chacune de ces qualités de la Divinité portait un nom quelconque, tels que Justice, Sagesse, Amour, Beauté, Force, etc., d'où ils ont fait par la suite les noms qualificatifs de : le Juste, le Sage, le Beau, le Fort, etc., sous lesquels ils invoquaient Dieu, selon qu'ils avaient besoin de son assistance, de sa justice, de sa sagesse, etc. Plus tard, les peuples ont personnifié ces qualités par autant de figures allégoriques et imagi­naires, et voilà pourquoi on les appelle polythéistes, croyant qu'ils adoraient ou qu'ils adorent autant de Dieux indépendants les uns des autres, lorsqu'ils ne vénéraient ou n'invoquaient que telle ou telle qualité ou manifesta­tion du seul et unique Dieu.


Si donc on flétrit les Grecs, les Romains; les Égyp­tiens, etc., du nom de Polythéistes; pourquoi n'appelle-t­on pas ainsi les Hébreux et les autres sectes religieuses tant anciennes que modernes? Les Hébreux adoraient un Elohim, (terme qui se traduit par: Les Dieux), un Adonaï (les Seigneurs), un Jéhovah, un Schadaï, un Melek, un Gomel, un Adar, un Eloha, un Elchal, un El, etc. La seule différence entre le culte des Israélites et de ceux des -différents peuples qu'on appelle Polythéistes, consiste en ce que les premiers ne se représentaient point, comme les autres, par des figures allégoriques ou maté­rielles l'image de leur Dieu, car Moïse l'avait défendu, quoiqu'au fond l'idée était la même.


D:.. Qu'est-ce que l'Idolâtrie?
R.... Si l'on prend le mot Idolâtrie dans le sens strict que présente son étymologie, il exprime alors le culte que l'on rend à une statue pour elle-même; mais jamais ce culte grossier n'exista. Il faudrait supposer à l'homme une stupidité hors nature pour admettre qu'il pût borner ses sentiments de crainte, de désir, d'espérance, etc..., à une statue inanimée: Quand ses traits seraient aussi di­vins que ceux de la statue de Pygmalion, il ne l'adorerait pas d'avantage : il ne ferait que l'admirer. En vain d'igno­rants voyageurs nous assurent-ils que des peuples entiers adorent les idoles, des pierres brutes mêmes : ces récits ne prouvent autre chose que le peu de capacités que ces voyageurs avaient pour étudier le coeur humain. S'ils eussent été capables, ils auraient pu découvrir qu'à tra­vers la plus grossière ignorance, l'homme aperçoit un rayon qui fait monter ses sentiments vers le ciel. Le Nègre stupide, prosterné devant une masse de terre compacte et informe qu'il a pétrie lui-même, adore dans elle un grand Etre; mais qui n'est point son fétiche. Ce Jupiter de marbre qui tient la foudre dans sa main, est, aux yeux de celui que nous appelons vulgairement Idolâtre, l'image de celui qui peut faire trembler l'Univers à sa voix. Les enfants de Jacob, dansant autour du veau d'or, imitaient les Egyptiens qui rendaient le même hommage à la statue du Dieu unique qu'ils adoraient sous la forme du bœuf Apis.

Ce n'étaient pas des Dieux sourds avec des oreilles, aveugles avec des yeux muets avec une bouche i` ce n'était point enfin l'ouvrage de leurs mains qu'ils adoraient c'étaient les qualités personnifiées en quelque sorte du seul et unique Dieu qu'ils adoraient dans l'ouvrage de leurs mains. C'est de -ce désir violent que l'homme a de connaître Dieu, joint à la faiblesse de son esprit, que lui viennent les fausses idées qu'il en prend. Dès que nous avons senti la douceur de la religion, nous nous tourmentons l'imagination pour nous faire une image de ce qui en est l'objet, et nous nous contentons plutôt de ce que l'imposture grossière nous enseigne, que de reconnaître qu'un voile épais et impénétrable couvre l'objet de notre curiosité.


L'idée d'un Être de qui tout vient, que tout dans l'Univers annonce, et que rien ne montre, est très-fatigante pour l'esprit humain, et, entraîné par une piété naturelle, l'homme aime mieux arrêter son imagination sur un être fantastique, que de la promener au hasard; son coeur hâte encore l'erreur de sa faible raison en s'attachant volon­tiers et plus fortement à cet objet imaginaire ou grossiè­rement travaillé, qu'a un Dieu qui était comme le néant pour lui. Dieu n'est qu'un mot que l'Univers nous en­seigne; l'imagination en fait un Etre, et l'homme, ne pouvant s'élever jusqu'à lui, cherche à le rabaisser."

 

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