L’Architecte et l’Anneau de Lumière

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"Venez  venez, qui que vous soyez,

Vagabond, idolâtre, adorateur du feu,

Même si vous êtes mille fois parjure,

Nous ne sommes pas une caravanne de désespoir." 

Djallal Uddin Rûmi

 

C’était il y a très longtemps, au temps où l’on construisait le monde, au temps où l’on choisissait les couleurs du temps. Le Maître Architecte créa les saisons pour rythmer l’univers, l’Eté, chaud et fruité, l’Automne aux couleurs merveilleuses, le printemps parfumé et fleuri.  

Mais, quand vint le moment de créer l’hiver, la boîte à faire les choses se retrouva vide et l’hiver n’eut rien d’autre que le froid et le givre... l’hiver était gris, noir et blanc, silencieux... comme un vieux film...

Et, un jour, l’hiver, jaloux, se fâcha...

Les froids de l’hiver ont volé la Lumière.

Ils ont passé une ombre grise sur le monde et toutes les choses semblent figées.

Les couleurs se sont évanouies.

Personne ne parle plus et les mots qui dansaient autour de nous pour nous apporter les couleurs du monde ont aussi disparu. 

Les hommes qui étaient présents dans le Temple n’ont pas eu le temps de finir de mettre les couleurs du monde en place... Les saisons s’effacent...

L’architecture de l’univers reste sans relief,

Sans mouvement,

Privé du balancement des feuilles sous le souffle du ven

Privé des parfums du printemps,

Privé des couleurs de l’automne,

Privé de la chaleur et du goût des fruits de l’été,

Les branches n’ont plus de feuilles

Tout est gris, sombre,

Ce qui n’est pas gris est noir.

Le monde est entré dans sa période grise...


Le Maître architecte, qui a vu partir les couleurs,

Tente de regrouper les ouvriers.

« Comment pouvons nous faire revenir les choses dans l’ordre du Monde ? Dit-il

- La Parole est perdue, répond l’un d’eux, et sans la Parole nous ne pouvons rien créer.

- La Parole donne le silence et c’est le rythme des deux qui permet à l’Univers de prendre forme...

- Comment faire, dit l’Architecte ? Comme le Monde est triste sans la Lumière, toute les choses malfaisantes y sont possibles, voilées, déformées... Comme si sans la lumière, les couleurs de la vie se transformaient en une tristesse infinie, grise et sans valeur.

Comme si la Mort approchait dans l’ombre et ne permettait plus à personne de lui faire face...

- Nous sommes repliés, soumis à notre destin... dit un autre...

 - Cela ne se peut pas ! S’écria l’Architecte. »


Chacun se regarde et l’on propose de parcourir le monde afin d’y retrouver la Lumière.

Alors, l’un des compagnons dit :

«  Une ancienne légende prétend que la Lumière ne peut pas être trouvée si le gardien des Couleurs ne possède pas l’Anneau magique.

«  Quel anneau demandèrent les ouvriers ? Tous se tournèrent vers l’Architecte qu’ils considéraient comme le Gardien des Couleurs mais celui-ci ne possédait pas l’Anneau.

«  Nous devons trouver cet anneau et faire revenir la Lumière. »  

 L’Architecte hocha la tête et demanda à chacun de parcourir le Monde à la recherche de l’Anneau et de le lui ramener pour qu’il soit possible de retrouver l’équilibre. Lui, il resterait ici pour garder le Temple et tenterait de faire revenir les couleurs. 

Les ouvriers s’en furent...

Le temps passa, les saisons ne purent s’écoulercar elles n’existaient plus... L’hiver dura longtemps, longtemps, longtemps...

Resté au milieu du Temple, dans le froid, l’Architecte, pour oublier le monde maussade et gris s’amusait à faire des expériences. Il mélangeait de ceci avec un peu de cela et ses mélanges produisaient toujours des choses étonnantes.

Bizarres

Comme cette chose étrange qui brillait dans le ,noir
 
  

 «  MMMM, dit-il, c’est amusant, je retrouve les couleurs. 

« Ah, non, une seule couleur... c’est d’un triste... et celle ci rappelle par trop le sang... »  

Il recommença à mélanger le vent et la pluie et une autre chose étrange se produisit.   

«  Ah, voici autre chose maintenant, le monde n’est plus gris, il est jaune... »

L’Architecte se regarda dans une glace et dit d’un air renfrogné, passablement grognon :

«  Un monde jaune, on croirait une crise de foie...non, vraiment, il manque de bonne humeur ce monde là »

L’Architecte s’en fut refaire ses expérience... On l’entendait grogner de loin en loin, fustiger le destin.  

Il mélangea un fois encore des trucs et des machins... 

«  J’aime cette couleur bleue, dit-il, elle me rappelle mes compagnons, le temps des Paroles pesées... »  

L’Architecte hocha la tête, perdu dans ses pensées... Le monde bleu était beau mais pas aussi beau que le ciel d’automne ou le printemps fleuri du Monde plein de couleurs qu’il avait connu avant les froids de l’hiver... 
Non, décidément, il fallait retrouver l’Anneau.

Il en était là de ses pensées quand les ouvriers revinrent.

  

« Maître, dirent-ils, nous n’avons pas trouvé l’Anneau....

- Je suis parti vers l’Occident, dit l’un d’eux et je n’ai pas trouvé l’Anneau,

- Je suis parti vers le Septentrion, dit l’autre, pas d’Anneau...

- Je suis parti vers le Midi... Pas d’anneau...

- Je suis resté à l’Orient dit l’Architecte , et je n’ai pas trouvé d’Anneau, seulement des couleurs, seules, uniques, sans vie à partager... » 

 

 

« Maître, dit l’ouvrier parti vers l’occident, je n’ai pas trouvé l’anneau, mais j’ai rencontré des hommes et des femmes et nous avons devisé du Monde... La Lumière brillait dans leurs yeux...

- Maître, dit celui qui était allé vers le septentrion, j’ai rencontré, moi aussi des hommes et des femmes qui parlaient d’autres langages et nous avons devisé du monde, la Lumière était dans les mots de leurs bouches...

- Maître, dit enfin celui qui était allé vers le Midi, point d’Anneau au midi, mais j’y a vu des hommes et des femmes libres qui ont témoigné de la création du Monde et la Lumière brillait dans leurs mains...

- Les yeux et les mains dit l’Architecte... »

Il se tourna vers ses ouvriers et murmura...

- Je crois que j’ai trouvé l’Anneau. Venez auprès de moi et dites moi ce que vous ont dit ces hommes et ces femmes qui portaient la Lumière volée par l’hiver dans leurs regards, leurs mots et leurs attouchements....

  

« Pacem, dit l’un,

- Salam, dit l’Autre

- Shalom dit le troisième... »

  

Alors, comme pris d’une inspiration, l’Architecte tendit ses bras ouverts et chacun prit sa main et la main de l’autre...

 

 

« Mes Amis, dit l’Architecte, mes Frères, mes Soeurs...

Voici l’Anneau formé de nos vies enlacées

Il est la couleur de toutes nos différences

Et lie entre eux les battements de nos coeurs.

L’anneau que nous formons, porte nos espérances

Dans la main de chacun comme le souffle du vent

Il emporte nos doutes aux couleurs du temps

Qui flottent en harmonie le long de nos pensées.

Ceux qui étaient hier, ceux qui sont aujourd’hui

Rêvent d’un même monde en langues différentes

La couleur de notre âme, la couleur de nos chairs

Ne sont qu’un seul grand fleuve porteur d’un flot uni

Shalom, Salam, Pacem ne sont qu’un même désir

Quelles que soient les douleurs que notre peur enfante,

La Lumière revient car elle est l’avenir.

Le rythme de nos coeurs forment une même danse

Où présent et passé glissent vers demain

Quand l’amour et l'angoisse alternent en cadence,

Nos craintes ne sont plus tant que je sens ta main

C’est ainsi qu'ils virent la Lumière et que le froid hiver libéra les couleurs qu’il avait capturées...

Les saisons se remirent en place, la chaleur et les fruits de l’été, les couleurs de l’automne et les parfums du printemps, mais chacun des ouvriers savait, comme l’Architecte, qu’il ne fallait pas perdre l’Anneau puisqu’au prochain hiver, les grands froids reviendraient.

  

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