Illusions et cartes postales

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"Parler c'est créer. Le sorcier crée la chose qu'il nomme, et, un des moteurs de la .magie, c'est la parole...",
Edgar Morin


"Il n'y a que notre vie en ce monde !

Nous ne serons pas rappelés !"

le Coran, 6ème Sourate, celle appelée "Les Troupeaux":


Ma troisième citation est celle sur laquelle Je souhaiterais m'attarder le plus, elle provient d'un poème de Lewis Caroll intitulé "La Chasse au Snark":

 

"Il y avait un homme connu pour tout ce qu'

Il avait oublié an prenant le bateau:

Sa montre, ses bijoux, son parapluie, ses bagues,

Et les hardes acquises en vue du voyage

 

La perte de ses hardes importait peu, puisqu'

En arrivant à bord, il portait sept vestons

Et trois paires de chaussures; mais le pis est qu'

Il avait oublié totalement son nom."

 

Qui peut bien être cet homme et quel genre de voyage a-t-il entrepris ?

Est-il bien sûr que ce voyage soit le bon, celui pour lequel n'existe que sa vie ?

Pour quelle route un tel viatique est-il nécessaire qu'il faille oublier jusqu'à son nom pour la parcourir ?

Êtes-vous bien sûr de n'avoir rien oublié en route, de n'avoir pas voulu prétendre franchir des caps qui n'étaient que l'illusion de bornes sur la route.

Aimez vous les oranges pour leur aspect ou pour les vitamines invisibles qu'elles vous procurent ?

Vous qui en êtes à ramasser les pierres taillées sur le bord des chemins alors que vous pensez les tailler vous-même, vous devez connaître les réponses... vous devez aussi savoir que peu importe l'arrivée ou le départ.

Il y a une route... On la prend bien souvent sans savoir ce qu'il en coûte comme disait Gérard Manset, on se prend la tête entre les mains ou les pieds dans le tapis et nos estimations de sa longueur sont toujours erronées.

Comme les estimations de nos chagrins, de nos amours, on y va à grand coups de jamais et de toujours et on s'arrête en route... Blasés... Certains... Victorieux... Orgueilleux... Meurtris... ou, pire, Humbles.., Misérables... L'humilité figée, la pire forme de l'orgueil, celle de l'exemple, celles de la démonstration, de l'affirmation, de la bonne conscience, de la foi en soi, en ce que l'on touche, en ce que l'on sait. Elle permet d'oublier ce que l'on ignore. Elle offre à parler du passé pour justifier l'avenir ou pour le fustiger. Bref, comme le chien que l'on croise sur la route, on se laisse mener par la queue, parce que celle là, au moins, on est sûr qu'elle existe.... et encore...

On croit pouvoir signaler au chef de gare l'heure d'arrivée du train et lorsque celui-ci n'est pas à l'heure, c'est qu'il est en retard. En est-on bien sûr... Ne s'agit-il pas plutôt d'une illusion, l'horloge est restée dans nos bagages comme celle du chasseur de Snark, et nous ne savons plus très bien dans quelle gare... Il y en a tellement. Mais, peu importe, seule compte l'arrivée, du moins, l'impression de l'arrivée. Les baisers sucrés au passage des mots.

Alors, on lève les yeux pour  prendre à témoin l'invisible chef de gare et l'on se rend soudain compte que rien n'est plus beau qu'un ciel étoilé, d'un bleu limpide, très chaud à la fragilité d'un voile.

On y voit très loin, jusqu'au matin, comme des lignes sur la peau, comme les lignes de la main, labyrinthe des empreintes, c'est un espace sans fin.

Au début de l'enseignement, tous les étudiants sont généralement étonnés de voir que les récits qu'ils font de leurs expériences n'éveillent guère de curiosité chez ceux qui ont déjà reçu une formation du même ordre. Voire, que ceux-ci leur demandent de se taire... Pour quoi faire, puisque la parole crée des mondes...?

Le plus sain, pour eux, serait  certainement de garder le silence sur ce qu'ils ont ressenti et de parler uniquement  de la difficulté ou de la facilité qu'ils éprouvent à pratiquer les règles de conduite. Mais, le silence est difficile à garder qui ne se laisse pas emprisonner... Non pas face aux règles elles-mêmes, mais face à la difficulté que l'on peut ressentir à les rompre... Qui sommes nous pour réduire le monde à ses certitudes constatées ?

Qui sommes nous pour juger de nos progrès ? Celui qui a déjà subi une formation se nourrit d'autres sources qu'à ce que les néophytes disent d'eux mêmes.

En fait, dans la plupart des cas, celui-ci apprend de celui-là, mais, cela a toujours pour résultat de nous durcir alors que nous devrions rester essentiellement souples et flexibles.

La vie ne serait-elle pas un long fleuve tranquille ?

Un exemple: supposons que j'apprenne une nouvelle et qu'aussitôt, je me forge un jugement, une opinion à ce sujet. Si, peu de temps après, j'apprends sur le même événement d'autres nouvelles qui contredisent la première, me voici forcé de modifier mon jugement. La chose eût été tout autre Si j'avais fait taire mes certitudes, je n'aurais pas eu à faire taire la nouveauté. Si j'avais gardé silence intérieurement dans mes pensées, extérieurement dans mes paroles, jusqu'à ce que je fusse assez sûrement ouvert au monde pour édifier mon incertitude.

Ce qui doit devenir notre caractéristique, c'est la manière circonspecte de former et de formuler des jugements. Ce qui  peut être une caractéristique des voyages du Compagnon, c'est, peut être, de construire le monde puisque dans l'analyse des rêves, l'Homme est généralement l'expression de l'univers. Comme l'équerre sur le compas, une branche d'un côté et une autre de l'autre...

Nous sommes ici ailleurs et non pas autre part.

Pour en revenir au voyage que vous allez entamer, j'aimerais vous parler, une fois n'est pas coutume, de l'Évangile de Jean. Pas pour y faire référence et vous resservir à une nouvelle sauce le Logo, la Lumière et les Ténèbres. Il est bien entendu qu'en maçonnerie, le Logo est le petit signe typographique qui désigne une entreprise et que la Lumière et les Ténèbres ne dépendent que de l'interrupteur électrique. Je vous ferais grâce du sens du courant et des règles de la photocomposition pour lesquels Je vous renvoie à l'immensité des rayons bricolage de la FNAC.

Non, Je voudrais vous parler de ce texte parce qu'il comporte un passage qui me semble intéressant et qui a été souligné par Arnaud Desjardin ( in En Relisant les Évangiles (avec Véronique Loiseleur), Paris, La Table ronde, 1999 )

Après sa résurrection, Christ demande à Simon Pierre: "Simon, m'aimes-tu  ?" Et Pierre répond: "Oui, Seigneur, tu sais que Je t'aime" et Christ lui dit alors:

"Fais paître mes agneaux"

Pour n'a part, Je ne parle pas grec, mais j'ai trouvé, dans l'analyse d'Arnaud Desjardins sur le texte grec, un passage que je vous livre:

"Agapè désigne une forme d'amour au delà des actions, des peurs, des désirs, des attachements. /.../ Et phileo correspond à l'amour instable que nous connaissons tous; on peut aimer, ne pas aimer. Or, le Christ emploie, dans ses questions à Pierre, le terme agapè, mais Pierre répond en utilisant le mot phileo. Pierre utilise un autre mot, comme si le Christ lui demandait: "Pierre, m'aimes-tu de 1' amour libre, conscient, de l'amour dans la non-dualité ?" et que Pierre réponde à un autre niveau: "Mais tu sais bien que je t'aime de l'amour humain ordinaire." Cet échange entre le Christ et Pierre a lieu deux fois de suite. Et, la troisième fois, le Christ n'emploie plus le terme agapè, mais phileo."

Et les questions se posent et se reposent encore et j'envie de plus en plus ceux qui ont les réponses et qui m'affirment savoir...

Alors, j'ai repris mon bâton de pèlerin et j'ai demandé à Sigmund la signification des voyages que j'effectuais en rêve, la signification du Temple, des Colonnes en couple à l'entrée du Temple, du Compas, de l'étoile... Cette dernière, c'est toi-même, m'a-t-il dit, une étoile qui brille dans la nuit. Pour le compas, son analyse fut plus qu'ambiguë. Les deux Jambes articulées figurent la marche, la marche vive... Refermé, il est phallique, mais que peut bien être ce rêve du croisement d'un compas  sur une équerre rigide... Quel genre de marche peut bien construire un homme doté du Nombre 5 dont pythagore disait qu'il était le Nombre de l'accouplement ? Il m'a parlé d'un grand vide, de peurs enfantines... De sexes béants et dressés, de la chaleur du ventre dont le Temple est l'image, de ma vie, de ce voyage de noces qui parcours le monde vers une fin connue dont j'ignore le moment; "partir, c' est mourir un peu".

Il m'a parlé d'amour, de ses chairs palpables, de destins mortifiés, de présents invivables ou tout est à créer et j'ai repris la course, la marche, sur un sable d'azur où se brisent les marées de coeurs purs.

Alors on crache dans les cendres fumantes de nos illusions qui pleurent en d'innombrables braises ardentes. Avec courage on déchire les voiles de vies perdues en nuits sans étoiles, on descend au fond des enfers entre deux lignes de statues de pierre aux visages et aux membres brisés par tout ce que qu'elles ont oublié.

Les corps déchirés de Dieux improbables, anciennes images de poudre et de sable. Orphée est inconnu sur les rôles de l'Hadès, et chacun, comme Ulysse, est Jouisseur de Déesses.

Ce soir, chacun de vous est la dernière femme chargée de reproduire ces êtres que vous êtes, pentagones parfaits.

Des êtres de plaisir, d'espoir, à qui il manque un corps. Proliférer, produire, reproduire jusqu'à la Mort.

Puisque le créateur absolu, le Pygmalion, s'il fait vivre les formes, leur donne aussi la Mort pour qu'elles soient achevées.

Mais pour donner la Mort, on doit mourir soi-même.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, partez mes soeurs et mes frères et revenez un jour, riche de Calypso, de Circée et de l'enfer. Vous retrouverez Pénélope qui coupera le dernier fil de sa tapisserie au Jour de votre arrivée.

Alors, vous ferez l'amour à la Mort, un soir, comme on s'endort, vous goûterez, dans un baiser, ses lèvres chaudes et parfumées.

Faire l'amour à la Mort, c'est un corps pour un corps et après avoir traversé le désert, sa langue sera douce, porteuse de Mots, des mots que nous réinventerons pour remplacer ceux qui s'en furent... faits de rosée et qui apaisent la soif. Son corps, navire chaud et humide d'embruns vous attendra au port pour un voyage plus long encore dont nous parlerons un Jour, à mots couverts.


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