On ne vit que deux fois

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« On ne vit que deux fois, la première,

 au moment de notre naissance, la seconde,

à l’instant de notre mort. »
Proverbe Japonais
 
 
On ne vit que deux fois, prétend un proverbe japonais, la première à notre naissance et la seconde à l’instant de notre mort. Il est bien évident, dans cette seconde vie que l’ensemble de la nature du monde apparaît comme l’illumination de l’initiation.
Cependant, aucune seconde vie ne saurait exister sans la première. Le lien est évident, de même que la mort ne saurait être sans la vie, l’une n’a aucune raison d’être sans l’autre. Un cycle se dessine alors qui amènera à concevoir naturellement qu’il est impossible de mourir sans être d’abord revenu à la vie… Il s’agit bien d’une conception du cycle de l’existence très pertinente si l’on s’inscrit, à la suite de Kirkegaard, dans la logique d’une définition qui constaterait une sorte de traumatisme dont la mort donnerait à la fois les causes, l’issue et le remède. Il semble bien que ce soit de cette cause qu’il soit question plusieurs siècle plus tôt, dans un texte « apocryphe » appelé « Évangile de Philippe[1] » :

 

« Ceux qui disent que le Seigneur est mort d’abord et qu’il est ressuscité ensuite se trompent car Il est d’abord ressuscité. Il est mort ensuite. Si quelqu’un n’est pas d’abord ressuscité il ne peut que mourir. S’il est déjà ressuscité il est vivant comme Dieu est Vivant. »

 

Bien entendu, il n’est pas possible d’affirmer que ce texte ait eu la moindre influence sur la création des rituels et pratiques maçonniques. On constatera néanmoins que la Mort est une constante des inquiétudes humaines, que la question de l’immortalité et de son éventuelle incompatibilité avec la notion même d’humanité en est une autre. Perçue soit comme une fin, soit comme une délivrance, la Mort offre à l’homme sa possibilité d’accomplissement. Elle lui offre aussi la notion de chef d’œuvre, de perfection de l’acte par sa finitude.
 

Faite d’action et de passivité alternées, la vie, par l’éphémère de ses bornes, de la naissance et de la mort, apparaît comme la définission même de la réalisation de soi.

 

On pourra, bien sûr, faire remarquer que ces conceptions sont très « christiques ». Cela n’est pas une surprise si l’on considère les origines de l’Ordre. Néanmoins, la continuité des cérémonies humaines d’initiation qui se résument toutes, quel que soit le lieu, la tribu, le groupe, la religion… à mettre en scène une « re-naissance » depuis les temps le plus reculés, ne nous aura pas échappé. Il en est de même de leurs similitudes... particulièrement la relation floue entre la « re-naissance » et l’extase… mais aussi cette relation particulière déterminée par le symbole du « sacré incarné »[2] qui offre, lui aussi, un grand nombre de similitudes d’une pratique à l’autre, d’une religion à l’autre… Osiris, Dionisos, les « douk-douks[3]  », Jesus et, pour la franc-maçonnerie, puisque la Création est une architecture, Hiram l’Architecte Suprême dont l’incarnation semblerait induire que le Grand Architecte de l’Univers est un concept très proche de cette vieille notion Kabbaliste du « tsim tsoum » qui prétend que Dieu s’est incarné dans la Création pour pouvoir se contempler…

 

L’Architecte a construit le Temple de Dieu même s’il est lui-même à la semblance de Dieu…

En franc-maçonnerie, le futur initié tout autant que celui qui va être « élevé », le « candidat » à la maîtrise, le futur Maître, comme le fut le futur l’Apprenti, sans être mort, n’est pas encore né. Certains rituels sont assez précis sur ce point lorsqu’ils indiquent que le parcours initiatique du maçon est fait d’enseignements ; instruction à l’humanité par la « naissance », image de l’initiation ; pédagogie de l’humanisme et de la construction de soi par le cheminement du Compagnon et, enfin, éducation à l’accomplissement par le rituel de la Maîtrise et la compréhension du mythe qu’il introduit… Mais, la rhétorique sur le sujet est bien souvent très floue.

 

 

« TVM : Parle, malheureux comment donneras-tu ce mot de passe et qui a pu te le communiquer?

Réponse : Mon conducteur le donnera pour moi, car je ne le sais pas.

Le VM 1e Surv dit : TVM, le compagnon avoue qu'il ne connaît pas le mot de passe, mais que son conducteur le donnera pour lui[4]. »

 

 

Seule la qualité du « candidat » à être un « naissant » ou, un enfant, un nouveau né, est affirmée telle quelle. Or, l’enfant, « in fans », on le sait, est celui qui ne parle pas, le prophète du Silence, Jérémie qui n’a pas encore découvert l’usage de la Parole [5] ou qui l’a perdu par le simple fait de naître, de changer d’univers, de dimension, de mourir à lui-même.  

La Mort du passé offre un nouveau langage tout aussi difficile à apprendre que l’ancien car le vieil homme ne doit pas interféré faute de quoi l’initiation ne pourra s’accomplir… ainsi le rappelle le discours de l’orateur :

 

 

« Aujourd'hui vous pénétrez au cœur du Sanctuaire. Le voile qui le masquait a été levé et vous pouvez le contempler. Fixez les yeux sur cette gravure, elle représente le tombeau du plus noble des monarques, le Maître dont nous célébrons la mémoire…

Vous remarquerez ce nom gravé en hébreu et dont la signification doit vous être connue. C’était le « Mot de Maître » des anciennes Loges, mais l’ignorance de ce qui survint à notre Maître Hiram, sa fin tragique, empêcha la confrêrie de conserver ce mot de reconnaissance et l’on préféra l’enterrer avec lui plutôt que de risquer de le voir utilisé par des compagnons indignes [6]… »

 

Le silence qui entoure le tombeau du Maître, au delà de la Mort, offre le renouveau du langage, le partage de termes inédits, une autre forme de rupture du silence.
 

« Si je me sentais aujourd'hui le même qu'hier, je perdrai l'envie de vivre. »
Rabbi Nahman de Bratslav


[1] « Évangile de Philippe », page 58, Planche 104 ; 21, Trad. Jean-Yves Leloup, Spiritualités vivantes, Ed Albin Michel – Paris 2003

[2] Et cela, quel que soit la nature du sacré, il peut être bénéfique ou maléfique, il représente, de toutes façon la justice du groupe et l’impossibilité de lui échapper. Cf. la société des « douk-douks »

[3] Douk-Douk. – Est un personnage double, incarné par un homme déguisé, qui arrive toujours par la voie des eaux au moment où la pleine lune commence à monter. Il a la forme d’une boule de feuilles surmontée d’un chapeau pointu et qui n’a ni bras ni jambe. C’est un esprit doué de qualités surnaturelles. Les Douk-douk sont les membres d’une société secrête traditionnelle qui ont eu une grand influence en mélanésie. Le Douk-Douk représente une sorte de justice immanente personnifiée. Il parcourt les villages en criant et tous s’enfuient devant lui car c’est lui qui rend la justice en recherchant celui contre qui on a posé plainte pour lui infliger la punition. On ne lui résiste pas car on risque la mort.  Les membres de la société secrête du Douk-Douk se réunissent en des lieux dont l’approche est interdite aux profanes sous peine de mort. Ils se rassemblent sous la présidence du chef de tribu, palabres, chantebnt, danses et font de copieux repas.

[4] Rite Ecossais, Rituel au grade de Maître de la Loge Écossaise « la Fidélité »  fondée en 1744 à l'Orient du Havre ( XVIIIème siècle ).

[5] Jer.1, 16

[6] Discours d’Orateur de 1751, cité par le Rev. Neville Barker Cryer, « Further reflexions on the Third dregree puzzle » in « Did you know this, too ? » Ed Lewis Masonic, Hinckley 2005 : « Today you make your way into the heart of the Sanctuary ; the veil that covered it is drawn back so that you may see it. Cast your eyes on the design drawn by the hand of the artist, the representation of the tomb that the wisest of Monarchs erected over the Worthy Master whose memory we celebrate ...You notice a Hebrew name whose significance should be known te, you. It was formerly reserved for the Masters of the ancient lodge, but ignorance of what occurred at the tragic end of Lord Hiram [Adoniram] prevented the brethren from preserving it after his death, and they preferred to bury it with him, rather than expose themselves to the risk of using a word that might then become known to fellows… » Trad J&J

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