Janus

Le Dieu des portes et des commencements...
 

J’ai déjà eu l’occasion de parler, ici, des principes généraux de l’analogie et d’une de leur particularité, la diasophie[1]. L’un des symboles les plus remarquables de cet aspect duel de la pensée sacrée est celui représenté par le dieu Janus. Pourquoi, s’agissant d’étudier les symboles maçonniques, celui-ci précisément ? Tout simplement parce que nous le connaissons bien, figuré de multiples manières depuis les alchimistes, mais aussi présenté et décrit bien des fois sous d’autres aspects. Bien entendu, en évoluant, le dieu romain perd son existence propre mais le symbole duel garde toute sa vigueur.

Le passé et l’avenir mélangés dans un même rituel reproduisent bien souvent le désir des hommes de croire que ce qui a été est l’immuable garantie de ce qui sera et que cela puisse perdurer comme pérennisant l’avenir dans une conception particulièrement immobiliste de la nature humaine.

Telle n’est pas l’image que nous offre le symbolisme de Janus, en effet, les visages opposés dont les regards ne peuvent jamais se croiser représente l’avenir comme lié au passé mais néanmoins indépendant. Les erreurs commises ont des origines connues mais n’empêchent à aucun moment l’avenir d’exister. Janus se présente comme l’image du passage d’un monde à l’autre, d’un temps à l’autre, l’image d’un présent indéfinissable. On peut connaître la passé, concevoir l’avenir, mais il est impossible de décrire le présent avec objectivité.

Qui est Janus et quel symbolisme représente-t-il ?


Le Dieu aux deux visages...
 

Il figure sûrement parmi les plus grands et les plus anciens dieux du Panthéon romain. Il serait même supérieur à Jupiter le dieu suprême.

Son histoire commence lorsqu'il s'est établi dans le Latium, après avoir accosté l'Italie avec sa flotte. Il recueillit Saturne, le dieu des Semailles et des Grains, chassé des cieux, alors qu'il régnait sur le Latium. En remerciement de son hospitalité, celui-ci offrit à Janus le don de la "double science". Ce pouvoir permettait de maîtriser la science du passé et celle de l'avenir, d'où la représentation de Janus avec deux visages orientés dans des sens opposés.

Janus eut aussi un fils, Tiberinus, qui se noya dans le Tibre et donna son nom à ce dernier.

Viennent alors de nombreuses autres attributions telles que celle de gardien des portes (Janus Bifrons), ce qui justifie encore son double visage. Il est également le dieu du Commencement (Januarius peut se traduire par "janvier" ou "mois de Janus") et des Quatre Saisons (Sa tête est alors représentée non pas avec deux visages mais avec quatre).

Les Romains ouvraient les portes de son temple en temps de guerre, pour montrer que le dieu était parti combattre, puis ils les refermaient durant la paix, ce qui symbolisait sa réintégration dans son sanctuaire ; il pouvait ainsi veiller sur la ville.

De par ses attributions, Janus était le dieu principal d'une cité qu'il pouvait surveiller dans tous les sens, sans que rien ne lui échappe.Chez les Saliens, prêtres qui tirent leur nom du verbe salire ("danser"), il est même considéré comme le "dieu des dieux" dans leur hymne.

Il était également le premier nommé dans toutes les listes de dieux et dans toutes les prières, avant même Jupiter.

Son prêtre portait le nom révélateur de rex sacrorum ("roi des choses sacrées") et son temple à Rome était assez petit et clôturé (sauf en temps de guerre, bien sûr), en bronze. Il se situait sur le forum et portait le nom de Janus Geminus, ou "double Janus". Un passage voûté traversait le sanctuaire à l'est et à l'ouest.

Ovide a raconté que Janus s'appelait Chaos à l'époque où l'air, le feu, l'eau et la terre ne formaient qu'une masse. Quand les éléments se séparèrent, Chaos prit sa forme de Janus; ses deux visages représentent la confusion de son premier état. D'autres légendes font de Janus un roi de l'âge d'or du Latium. Il y aurait accueilli Saturne chassé du ciel par Jupiter.

L'origine de son nom est Incertaine. Cicéron la cherche dans le verbe ire. D'autres préfèrent le radical div (dividere) et supposent que la première forme du nom était Divanus. Une troisième hypothèse envisage une forme Ja, na, parfois employée pour Diana, dont la racine dius ou dium évoquerait l'idée du ciel lumineux.

Cette dernière étymologie s'accorde avec la constatation que Janus fut à l'origine un dieu solaire. Comme on le voit, ses attributions sont nombreuses, importantes, et dérivent les unes des autres.

Le culte de Janus fut établi soit par Romulus, soit par Numa, et resta toujours populaire chez les Romains. Janus figurait en tête dans les cérémonies religieuses, et, en sa qualité de père des dieux, passait le premier dans leur énumération, et même avant Jupiter. On l'honorait au premier jour de chaque mois, et le premier mois de l'année (Januarius) portait son nom.

Étant le dieu des portes, il est par le fait même celui des départs et des retours, et par extension celui de toutes les voies de communication. Sous le nom de Portunus, il est considéré comme le dieu des ports; et comme on voyage aussi bien par eau que par terre, il passe pour avoir inventé la navigation.

Janus était aussi le dieu des commencements, Dieu solaire, il présidait au lever du jour (Matutinus Pater). On ne tarda pas à le considérer comme le promoteur de toute initiative et, d'une façon générale, il fut placé à la tête de toutes les entreprises humaines. De là vient que les Romains lui attribuèrent un rôle essentiel dans la création du monde. Il passa pour le dieu des dieux, Janus Pater.


Le Dieu des portes et des passages

« …tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »

Deutéronome 6 :4
 

Janus (en latin, « porte », ou «barbacane») présente ce trait particulier d'être un dieu essentiellement italique et plus précisément romain. Il ne figure dans aucune autre mythologie et pourtant l’aspect symbolique qu’il recouvre ne trouve pas uniquement ses sources dans la culture du latium.

 

Janus est d’abord le dieu de toutes les portes : des portes publiques ( jani ), sous lesquelles passaient les routes, et des portes privées. Il a donc pour insignes la clé qui ouvre et ferme la porte, et la baguette (virga) dont les portiers se servent pour écarter tout ce qui ne doit pas franchir le seuil. Ses deux visages (Janus bifrons) lui permettent de surveiller le dehors et l'intérieur du logis, comme l'accès et la sortie des portes publiques.

 

Sur le point de ses attributs particuliers, René Guenon fait état d’un curieux document représentant expressément le Christ sous les traits de Janus. Il s’agit d’un cartouche peint sur une page détachée d'un livre manuscrit d'église, datant du xve siècle et trouvée à Luchon, le médaillon représente un buste de Janus Bifrons, avec un visage masculin et un visage féminin, ainsi que cela se voit assez fréquemment; il porte une couronne sur la tête, et tient d'une main un sceptre et de l'autre une clef. 

Sur les monuments romains Janus se montre, comme sur ce cartouche la couronne en tête et le sceptre en la main droite, parce qu’il est roi; il tient, de l'autre main une clef qui ouvre et ferme les époques; c'est pourquoi, par extension d'idée, les Romains lui consacraient les portes des maisons et des villes. Dans la quatrième des grandes antiennes d'avant Noël, la liturgie sacrée acclame ainsi Jésus : « O Clavis David, et Sceptrum dornus lsrael[3] ».

 

L'interprétation la plus habituelle des deux visages de Janus est celle qui les considère comme représentant respectivement le passé et l'avenir; cette interprétation, tout en étant très incomplète, n'en est pas moins exacte à un certain point de vue. C'est pourquoi, dans un assez grand nombre de figurations, les deux visages sont ceux d'un homme âgé et d'un homme jeune; l'emblème dont il est fait mention ici se montre cependant plus précis. En effet, un examen attentif ne permet pas de douter qu'il s'agit du Janus androgyne, ou Janus-Jana[4] et il est à peine besoin de faire remarquer le rapport étroit de cette forme de Janus avec certains symboles hermétiques tels que le Rebis, mais aussi avec le mythe de l’être humain unique de la création, celui qui serait homme et femme et que l’Éternel aurait séparé en deux entités. Un être unique que l’on retrouve dans le « banquet » de Platon, mais aussi dans la Bible où, dans un premier temps, au premier livre de la Genèse[5] « Dieu créa l'homme à sa semblance, à la semblance de Dieu il le créa, homme et femme il les créa », puis, comme pour compléter la création, dans le second livre de la Genèse l’Eternel tire la Femme du côté de l’Homme. Ce n’est pas ici le moment d’aborder le symbolisme propre de Ish et Isha, contentons-nous de constater que l’image de Janus est parfois Androgyne, comme pour rappeler que l’être humain est double.

Étant le dieu des portes, il est par le fait même celui des départs et des retours, et par extension celui de toutes les voies de communication. Sous le nom de Portunus, il est considéré comme le dieu des ports; et comme on voyage aussi bien par eau que par terre, il passe pour avoir inventé la navigation.

Mais le symbole qui nous arrêtera ici est plus particulièrement celui des commencements.


Le Dieu des commencements et de l'initiation...
« Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie! »
Psaume 137
 

Dieu des commencements, des portes, entrées et passages, Janus est le dieu de l'initiation (initiare signifie "commencer"). En vertu d'un certain symbolisme astronomique sur lequel semble reposer les cultures sacrés les plus anciennes, on soulignera aussi les liens fort étroits entre les deux sens suivant lesquels les clefs de Janus peuvent être considérées, soit comme celles des deux portes solsticiales, soit comme celles des « Grands Mystères » et des « Petits Mystères ».

Ce symbolisme auquel nous faisons allusion est celui du cycle zodiacal, et ce n'est pas sans raison que celui-ci, avec ses deux moitiés ascendante et descendante qui ont leurs points de départ respectifs aux deux solstices d'hiver et d'été, se trouve figuré au portail des cathédrales. On voit apparaître ici une autre signification des deux visages de Janus : il est le « Maître des deux voies » auxquelles donnent accès les deux portes solsticiales, ces deux voies de droite et de gauche que les pythagoriciens représentaient par la lettre Y. Ce sont ces deux mêmes voies que la tradition hindoue désigne comme la « Voie des Dieux » et la « voie des ancêtres » ce qui nous ramène à l'idée de l'initiation aux mystères.

Enfin, ces deux voies sont aussi, en un sens, comme les portes par lesquelles on y accède, celle des cieux et celle des enfers et l'on remarquera que les deux côtés auxquels elles correspondent, la droite et la gauche, sont ceux où se répartissent les élus et les damnés dans les représentations du Jugement dernier, qui se rencontrent si fréquemment au portail des églises, et non en une autre partie quelconque de l'édifice.

Ces représentations, expriment quelque chose de tout à fait fondamental c'est-à-dire une sorte d'abrégé synthétique de l'Univers

 

Dans la symbolique chrétienne, ces deux voies ont été remplacé par les deux Jean. Jean le baptiste, ouvrant la Porte du Ciel, est devenu le patron de tous les Initiés et, bien entendu, des Francs-Maçons.

 

Les deux Jean et Jésus sont des « dieux » solaires :

·        le Baptiste annonce le lever du soleil

·        l'Evangéliste regarde le soleil se coucher

 

Les Evangiles nous disent que dès que Marie apprend qu'elle est enceinte, elle se rend chez sa cousine Elisabeth, elle-même enceinte de six mois. Celle-ci accouchera donc de Jean-Baptiste six mois avant la naissance de Jésus.

Or, dans six mois nous fêterons Noël, fête de la naissance du soleil nouveau. Le soleil du solstice d'Eté, étant à son apogée, ne peut que décroître. C'est pourquoi Jean-Baptiste dira :"Il faut que je décroisse pour qu'il croisse". Autrement dit, il faut que la lumière extérieure qui nous inonde aujourd'hui cède la place au soleil intérieur du solstice d'Hiver.

On ne possède aucune statue ni aucun buste de Janus, mais ses effigies monétaires sont nombreuses. Il est généralement représenté avec un double visage, sous les apparences d'un homme âgé, barbu : la couronne de lauriers ne figure pas sur toutes ses images. En cela, Janus ressemble étonnamment au Dieu du monothéisme méditerranéen : pas ou peu de représentation et un extraordinaire thésaurus symbolique, le message proposé est celui d’un concept profondément humain ; l’évolution et la conscience des portes à ouvrir pour y parvenir. Cette notion est importante car elle fonde les civilisations. Au delà de la simple constatation de son existence, l’Homme prend conscience de son intelligence et des portes qu’elle permet d’ouvrir.

 


[1] La diasophie qualifie la pensée double, c’est à dire, concevoir dans un même langage symbolique ou philosophique, une chose et sa représentation. Cette conception duasophique se présente de telle manière que chaque élément de la chose conçue et de sa représentation puisse prendre une forme propre, une signification propre. Cette conception duelle de la pensée permet, non pas une symbolique universelle, mais une pensée symbolique universelle. Ainsi, la chose et sa représentation se trouvent liées chacune à d’autres représentations. Ce semblant de multiplication de schémas identique permet d’identifier non pas une identité culturelle mais bien une identité humaine dont la culture ne serait qu’un reflet identifié dans le temps et dans l’espace. Ainsi il n’y a pas universalité des symboles mais universalité de la nature humaine.

[3] la Clef de David et le Sceptre de la maison d'Israël

[4] Jana ou Diana, Déesse lunaire n’est autre que l’aspect féminin de Janus.

[5] Gn 1 :27

 


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