Rêveries d'un promeneur immobile


Le point de départ ? Je ne suis pas encore parvenu à faire un choix. montrer la chose ou la laisser se découvrir… Tout vient de là.

C’est probablement pour cela que je suis assis au cœur de cette caverne. J’ai enfin décidé de me retirer de moi-même.

Décrire le lieu… noir ou sombre… comme il nous plaît… en prenant bien soin d’écrire au singulier tout ce qui le concerne, car tout ce qui le concerne est singulier et j’y suis enfermé de mon plein gré… J’écris… laisser envahir les lignes par les idées de mon texte revient à laisser le lieu prendre de l’importance.

Nous avons tous vécu cela… Une première fois renouvelée, une nouvelle expérience donnée à chacun comme une première femme, comme un premier amant… Une expérience qui n’aura de fin que lorsque j’atteindrai les parvis du Temple.

Je me sens glisser, de l’Occident à l’Orient, suivant la musique vers le soleil naissant… de retour du pays des morts vers celui des vivant, sortir de terre pour aller vers l’Air, l’Eau et le Feu… Je sens ce Feu qui marche avec Moi, même ici, dans ce lieu immobile comme le caveau d’une vie.

Me laisserai porter par la musique du lieu.

Une clef isolée permet d’ouvrir la première porte, de visiter l’intérieur de la Terre. Je sens bien qu’une fois parcouru, ce monde n’offrira plus de surprises. Le premier choc sera passé et, à défaut de savoir réellement bien lire les signes, j’aurais, au moins, appris le jeu de l’oie.

La naissance est proche, mais cette fois, elle est pleinement consciente, elle se fera attendre comme une lumière hors de portée… je sens mes sens germer… je sens que ce qui ne peut pas être nommé va enfin pouvoir s’écrire, sans lettre, sans forme, mais présent..

Je sais aujourd’hui, que je suis la graine et non le fruit.

Il dit : "Prenez-moi une écuelle neuve. Mettez-y du sel". Ils la prennent auprès de lui.
2Roi, 2 :20
Le texte biblique continue de la manière suivante ;
Il sort à la sortie des eaux, y jette du sel et dit :
« Ainsi dit Adonaï : J’ai guéri les eaux.
De la, il ne sera plus de mort ni de dés enfantement. »
 

Je peux supposer être maître de ce que je crée, mais cela suppose que mon équilibre n’est pas entièrement le fait de ma personne.

Toutes les options ramènent au gouffre. Peurs ou ambitions, frayeurs ou élans mystiques, mes pensées, mes actions repoussent ma caverne vers le ciel, rapprochant ainsi l’illusion de la matière à l’image de l’illusion.

Alignant de plain-pied le profond et le très haut, je réaliserai toujours assez tôt que toute mes grandeurs déterminent la dimension de mes bassesses, c’est ainsi que je recréerai mes peurs, de crainte de les oublier.

Comment puis-je savoir que je suis né s’il n’y a pas de renaissance ?

L’enfantement sera reproduit dans la douleur et les peines du corps à accepter la vie seront remplacées par la souffrance de l’instinct répugnant à laisser place à la conscience.

Les questions s’entrechoquent. Le simple fait de penser me permet-il de prétendre que je suis ?

Dans le cas contraire, comment puis-je être ?

Dans l’affirmative, qu’est-ce qui me permet de croire que je pense ?

JE SUIS !

Un doute … cela suffit-il ?

Dans les sables du temps la Terre a créé l’Homme et l’Homme l’idée de l’Homme. Si je suis humain c’est d’abord parce que je le sais et dans ce lieu obscure le problème est présent et insinue le doute.

Comment traiter la chose ? Faut-il montrer la chose ou la laisser se découvrir ?

Quel parti prendre de ce qu’elle nous montre ou bien de ce qu’elle est, de ce qu’Il nous montre ou bien de ce qu’Il est ?

Question de représentation, question de symbole… mais chaque symbole n’est qu’un levier de l’esprit… encore faut-il savoir ce qu’il est destiné à soulever. C’est le type même du levier qui permet de soulever le monde. J’en suis le point d’appui. Trop explicite il deviendra allégorie. De réel il se transforme en simulacre et se vide de sa fonction première. Il est comme un outre dans le désert… trop d’eau la crève… Pas assez et l’on ne peut traverser sans mourir…

Ma pensée est progressive donc évolutive ce qui la rend progressiste. Ma pensée est aussi liée à ce que l’on a bien voulu en faire, traditionnelle, en quelque sorte, donc, dépositaire de son passé, d’institutions sociale et religieuses.

Dans la pièce obscure, je me réfugie, me recroqueville tel un fœtus, refuge de la Tradition ? Le symbole pour lui même et la pensée pour illusion …

Matérialisme…

Réalisme social…

Le piège enfin ! Les douces somnolences de l’état d’être, m’y complaire…

Autre piège ! Le questionnement constant d’une position à prendre !

Le serpent se mord la queue.

Mon corps est en sommeil et mon âme s’égare. Il s’agit bien de l’antichambre de l’enfer. Le vieux Dante est là, il sourit. Il est, lui aussi, assis sur un tabouret, près de moi, dans cet espace trop étroit aux murs noirs. Il attend son tour, drapé dans ses visions. Les pavés de bonnes intentions s’enfoncent  dans l’argile.

La Pierre retourne à la Terre… Le minéral…. Les métaux précieux de mon orgueil retournent eux aussi à ce qu’ils sont : refondus au plomb.

Une faible lueur.

Le regard fixe, largement teinté de vif-argent, un coq est aussi présent, triste volaille qui veille au grain, un œil femelle fixé sur moi.

L’œil est dans la tombe. Il attend l’aube pour livrer son message de lumière. Les mots sur les murs sont autant de briques et les lettres qui les forment autant de signes distincts. Un mot signifie seulement ce que les lettres qui le forment veulent bien lui accorder de signifiance.  Ces mots sur les murs sont autant de briques creuses, chaque trou est empli de mes craintes.

Le Livre des Morts Tibétain me revient en mémoire.
« Si le mourant est capable, par soi-même, de reconnaître les symptômes de la Mort, il a dû se servir de cette connaissance auparavant. »

Mais les mots ne sont rien d’autre que mon souffle et la brise de mes paroles n’empêche pas le vent de la Mort de se lever. Ce qui doit être sera… Je suis ici pour cela….

« Si la curiosité t’a conduit ici : va-t-en ! »

Toujours ces voix et ces mots sur les murs. Comment Faire ? Il y a toujours de la curiosité. Il y a toujours une porte. Le poussin, dans son œuf, a-t-il une porte lorsque la vie le chasse du néant ?

Un crâne, immobile, semble me susurrer  des insanités. Il est, lui aussi, sa propre caverne dit-il en rigolant, mais la viande cervicale est partie ne laissant qu’un gros trou…

Je ne vois qu’un mirroir.

Qu’ils soient caïrn ou shorten, on entasse les pierres sur les reste des hommes !

Sous combien de tonnes suis-je enterré ?

« Si tu tiens aux distinctions humaines, sors ! On n’en connaît point ici. »

Il devient de plus en plus évident qu’en franchissant la porte, j’ai laissé toute espérance.

Quelle vanité !

Il ne peut y avoir d’autre choix que de continuer la visite de l’intérieur, à l’intérieur de la terre. Les murs du labyrinthe se croisent au point précis où il faut les franchir pour atteindre le cœur de la pierre.

Parmi ces soupirs silencieux, ces ombres de vie, lequel parmi ces gemmes est le gardien du Temple au visage du Roi des Singes qui veut devenir un Dieu ?

Y a-t-il d’autre réalité que les ombres mouvantes qui dansent sur les murs ?

Il n’existe plus rien que le pain et la chair.

Il n’a rien existé que le sang et le sel .

« Pierre… tu es pierre… »

Rien n’a encore existé…

« Ce rêve… o Zarathoustra, c’est ta vie. Tu es toi-même le vent qui ouvre à toute volée les portails des châteaux forts de la Mort. Tu es ces milliers d’éclats de rire enfantins, tu es le vent puissant qui souffle sur toute fatigue mortelle.  »

Comment puis-je être ort si je ne suis pas né ?

« Tu recevra la vie dans le sein de la Mort. »

Dans une étrange mouvance, le cabinet obscure frémit comme la surface d’un étang dérangée par le vent. Il me renvoie l’image de la noire Cybèle, la Ténèbre Vivante, Kali la destructrice mais aussi la féconde qui porte en elle la Vie….

Quelle espèce d’arbre pourra bien germer ici ?

Vision rémanente d’une illusion,  la lueur de la bougie scintille comme l’eau claire.

Etrange voyage qui me mène d’un cabinet de réflexion au reflet de ma propre image… le cœur du miroir est-il plus, en fin de compte, qu’une transmutation. ? Le sel purifie-t-il le sang ?

Un voyage en solitaire.

Un voyage que je suis seul a pouvoir effdectuer puisque les paysage et la route ne sont autre que moi.

Plus qu’une initiation.

Initiare.

Rewind.

Stop.

Pause.

Fast forward… stop...

Play.

Commencer le voyage qui mêne du doute à la certitude et de la certitude aux doutes. Un voyage nommé Ourobouros.

Un cycle intégral où chacun ne se retrouve qu’en fin de parcours sur une machine qui n’est pas programmé pour la répétition du programme… même sous forma aléatoire.

Random Access Memory

Stop

Fast Forward… stop

Play.

« On ne vit que deux fois… En naissant… Et quand on est face à la Mort. »

 Mais dans toute cette symbolique, la Mort est-elle réellement la Mort ? Où est la Mort si je ne suis pas né ?

Cette matrice est parfumée des signes de la Vie. Combien de fois faudra-t-il descendre aux enfers pour en ramener la lumière ?

La psyché dont l’eau nous offre une autre image de nous-même, une copie de notre vie sur laquelle passe les rides du vent, une copie de la vie qui mène à la vie, est semblable aux couloirs du temps, sans fin, illusions provoquées par des miroirs placés l’un en face de l’autre et dont on dit qu’ils ouvrent sur la gueule du diable.
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