22 May

Le Signe d'Ordre au Grade de Maître

Publié par Lurker  - Catégories :  #Tombeau d'Hiram

Note.
Cet article ne concerne pas les signes du rite Emulation.


l y a trois signes de Maître Maçon: le Signe ordinaire, le Signe d'horreur et le Signe de détresse ou de secours. C’est sur le signe ordinaire, ou « signe d’ordre » que porteront les lignes qui suivent. On ne s’appesantira pas sur le fantasme du geste protecteur car on s’aperçoit très vite qu’une telle symbolique tournerait au ridicule.

La principale difficulté d’analyse provient manifestement du fait qu’à partir de ce grade, la symbolique n'est plus orientée vers la réalisation de signes et attouchement présentés comme supports dont la forme détermine la construction de schémas visuels, mais repose sur le principe de substitution.

L'appréhension de l'altérité comme élément fondamental d'équilibre. On passe de l'immanence du Verbe à sa possibilité de sa réalisation, voire, d’une Création par substitution.

Au Grade de Maître, l'énergie principielle devient énergie créatrice et pour cela, elle a besoin d'un vecteur stable

Si nous restons persuadé de la logique générale du symbolisme il reste cependant nécessaire de se poser, en permanence, la question fondamentale de l'utilité pédagogique du système. Que peut enseigner l’art du geste dans une structure essentiellement tournée vers la Cabale Chrétienne et l’Alchimie ? Peut-être faut-il se tourner vers une certaine forme appliquée de communication non verbale, un constat d’usage du silence qui permettrait d’orienter la réflexion vers la signification particulière du signe dans un thesaurus sémantique. Cette option de recherche se vérifie dès lors que l'on consulte les auteurs sur la symbolique au grade de Maître. En effet, il n’est que Jules Boucher pour décrire le geste et offrir au lecteur une version plausible de son interprétation, de même, il s’attarde à préciser certaines différences de pratique entre les Rites Français et Ecossais, à savoir que « Le Signe ordinaire consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au rite écossais, on pose la main à plat,. au rite français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche. Ce signe correspond au troisième Chakra. Son nom: Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau. » Le signe, continue-t-il, se fait, au rite français, en retirant la main et en la laissant retomber pour former l'équerre. Au rite écossais, il se combine avec le Signe d'horreur mais le geste reste dans la même dynamique combinatoire. On verra plus loin que cet enchaînement a essentiellement pour effet de chasser l'énergie loin du corps.

Jules BOUCHER in ( La Symbolique Maçonnique ) Editions Dervy Livres - Paris 1981 - page 327

Pour comprendre la réalisation du signe d'ordre, il est absolument nécessaire de quitter le chemin historique de la maçonnerie pour entrer dans sa part occulte même si, parfois, celle-ci explique celle-là. Cette forme ésotérique a été très fortement développée à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, tant par les théosophes que par les occultistes comme Oswald Wirth ou René Guénon et largement développée chez les théosophes issus du Droit Humain comme Annie Besant ou Charles W. Leadbetter. On se souviendra aussi de la difficulté toujours actuelle à trouver une quelconque mention du grade de Maître avant 1723. Du moins, aucune mention sous la forme que nous lui connaissons actuellement, c’est à dire avec la description du mythe d’Hiram et, même si l'on peut considérer que les jésuites aient pu ramener de leurs implantations diverses en orient les principes fondamentaux permettant de comprendre le mouvement des énergies et les rapports de l'homme avec l'univers selon les traditions chinoises ou indiennes, aucun document sérieux n'indique que cet apport ait pu trouver sa place de manière cohérente dans le thesaurus maçonnique avant la fin du 19ème siècle.

Pour d’autres rites, tels, Emulation ou York, les cérémonies s'effectuent avec des déplacement en Loge sans rappel de signe particuliers. Si l’on accrédite l’ancienneté de ces Rites, où, du moins l’ancienneté de leurs source puisqu’Emulation n’a été codifié qu’au XIXème siècle, cela pourrait confirmer un apport tardif et du mythe, et du signe. D'autre part. il reste important de noter que, si un signe avait été effectué durant la dernière moitier du XVIIIème siècle au sein de la franc-maçonnerie qui s'installa sur le continent, il l’eut été selon la  mode des « moderns », c'est à dire selon les formes les plus pratiquées encore aujourd'hui sur le continent, soit : Français,, REAA ( ne jamais se laisser avoir par le nom donné au Rite, une rapide lecture du Rituel et des manuscrits Franken de 1772 ne laissent aucun doute ), y compris MM, dans la mesure où les rites anglais ne pratiquent pas le signe de cette manière. et qu'il a fallu attendre le Union Act et la création d'Emulation pour "découvrir" les pratiques des "ancients".

Ces constats et questionnements ne retirent rien, bien entendu, à la cohésion du symbole, pas plus qu'à ses rapports avec une dynamique ritualisée permettant le mouvement des fluides. Mais cela montre assez bien la difficulté à retracer l’origine des processus rituels et même si l’on peut admettre son affiliation à une tradition humaine très ancienne ( Egypte ou Eleusis), il est fortement probable que les constructions actuelles n'ont été bâties à l'intérieur de la fraternité que très récemment et probablement construit à partir de la philosophie occulte de l’époque élisabéthaine et de l’illuminisme rhénan XVIIème siècle dont on sait qu'ils furent probablement aux fondement de la franc-maçonnerie spéculative. Mais, à cette époque, il y, a bien souvent, une nuance importante entre la recherche et la démonstration. De cela, on peut déduire que si l'on excepte l'illuminisme européen des années 1600 et l'extraordinaire mouvement qui vit naître à la fois la Réforme et les grandes utopies qui serviront de support aux Lumière du siècle suivant, il faudra attendre les occultistes comme Papus et Leadbeater pour théoriser nommément la maçonnerie symbolique et lui donner des cadres hors de la chrétienté du Rite Ecossais Rectifié afin de lui définir une réelle place au sein d’une forme d’ésotérique chrétien cohérente.

Mais, revenons à la description du signe des "moderns" dont Jules Boucher indique qu’il fait référence aux Chakras et particulièrement au troisième : "Manipura".

Que sont les Chakras ?

Le mot provient du sanscrit et signifie « roue ». En fait, cette roue ressemble plus à un « nœud » qu’à autre chose dans la mesure où il s’agit d’un carrefour reliant les différentes lignes de forces présentes dans le corps. L'énergie du corps se transmet depuis le bas vers le haut et se divise principalement en trois branches dès lors qu'elle est activée Ces trois courants de vie qui courent le long de la moelle épinière sont nommes: Idâ et Pingala par les hindous et ont pour correspondance analogique les colonnes B et J, le Solve et le Coagula, l'énergie yin et yang, le soleil et la lune, « ceci et cela ».

Le premier grade de la franc-maçonnerie, par son signe, et son symbolisme, stimule Idà, l'aspect féminin de l'énergie, permettant ainsi à l’adepte de maîtriser plus facilement ses passions et son émotion Pingalà ou aspect masculin se trouve renforcé dans le deuxième grade. Il a pour vocation principale d'ouvrir le chemin à l'influence de l'esprit venu d'en haut, de permettre au « pneuma » des alchimistes de « voyager », d’élaborer avant de construire.

Le troisième grade, quand à lui, actionne le support fixe de l'énergie, celuI qui correspond au tube central de l'épine dorsal que les hindous appellent Soussoumnâ et qui est bien souvent représenté par un caducée. C’est le tuteur autour duquel circulent les énergies doubles et qui permet d'ouvrir son esprit à l'énergie venue d'en haut. Rien de tout cela n’est vraiment surprenant, ni même en contradiction avec la circulation de la parole en Loge, pas plus qu'avec les moyens symboliques mis en œuvre afin de construire une égrégore.

Cf. « Le côté occulte de la franc-maçonnerie » de Charles Webster Leadbeater, ou bien « L'homme et ses corps » de Annie Besant

Ce qui reste plus sujet à questionnement est la précision avec laquelle les geste sont codifiées. Il n'est pas question ici de prolonger le signe du Maître, comme cela se pratique au Rite Ecossais Ancien et Accepté, par un signe d'horreur, mais bien de le considérer seul comme la continuité logique de celui du grade d'apprenti et de compagnon.

Quels sont les Centres atteints par l'exercice des signes? Le cinquième Chakra, correspondant à la partie du corps sur laquelle se pose la main droite au grade d’Apprenti, le quatrième Chakra, saisi par cette même main lors du signe au grade de Compagnon, et, enfin, le troisième Chakra, pointé, encoure par la main droite, au grade de Maître. Ces trois centres sont exactement ceux qui interviennent dans la construction de la personnalité.

Le Manipura, centre solaire correspondant au signe de Maître, est, depuis très longtemps considéré par la tradition orientale, comme l'un des plus importants sans toutefois être l'un des centres majeurs.

L'énergie du chakra solaire est une force émotionnelle fortement influencée par les désirs et les sensations tactiles. Il correspond, en grande partie, aux réactions animales et il est directement relié au centre cardiaque, au thymus et au centre frontal. On constate donc qu'après avoir fait descendre l'énergie spirituelle à la rencontre de la source par les signes du premier et second grade, la préoccupation du Maître sera, maintenant, d'équilibrer, de maîtriser ses passions et de les rendre compatible à son environnement. Il sait qu'il demeure homme et que ses pulsions sont primordiales à son équilibre, reste maintenant à confirmer la mort du « Vieil Homme », conforter la substitution ce qu'il est devenu pour faire face à ce qu'il était.

La conjonction est parfaite avec la symbolique de substitution du verbe, de la Mort renaissance et du recul vers le centre de la terre face aux menaces des trois compagnons. La dualité longuement travaillée dans les deux premiers grades devient, par la création du support central, altérité et concrétisation ternaire.

On s'aperçoit alors, même si l’âge donné du Grade est 7, que l'étude du signe nous donne des éclaircissements importants sur le ternaire, comme si les deux trinités unifiées étaient le fondement même de la finitude de l’Homme.

Trois est le fruit de Deux ( comme le sont les vaisseaux d'énergie libérés) dans sa phase opératoire; les deux pôles se tournent l'un vers l'autre pour agir. Trois établit donc la médiation comme je l'ai dit plus haut, il est la force relationnelle qui unit le Père et la Mère et qui produit la génération. Trois représente la potentialité dans la mesure où tout nombre impair exprime une idée de concentration, de plénitude de l'énergie au sein d'une structure condensée à l'inverse des nombres pairs qui induisent une idée de division, de diffusion.

Entre le Ciel et la Terre il est un vide médian peuplé de l'ensemble du Monde; dans le ternaire Ciel-Terre-Homme, le troisième terme indique la notion de multitude et ce terme nous replace dans la situation des versets 27 à 29 du 8ème chapitre des Proverbes.

On appelle « intervalle » la différence de hauteur entre deux notes de musique. L’intervalle se calcule toujours « notes incluses ». On distingue les intervalles simples : unisson, seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septième et octave, des intervalles redoublés qui dépassent l’octave ( neuvième ).
Les intervalles sont classés en intervalles « justes », conformes à la résonance naturelle comme l’octave, la quinte, la quarte, et en intervalles majeurs ou mineurs conformes aux résonances harmoniques.

Les trois foyers…

Les trois foyers représentent, pour les occidentaux, les trois éléments principaux de la physiologie humaine et ce, pratiquement depuis l'origine de la médecine moderne.

Ce sont : la respiration - circulation, la digestion - assimilation et l'élimination, la reproduction. Dans ce cas, parler du triple foyer revient à parler de la physiologie dans son ensemble.

Si l’on tient compte de la différenciation des différentes traditions pour lesquelles l'homme a toujours été influencé par le haut, le ciel ( énergies externes) et par le bas, la terre ( énergies internes ), nous avons bien la confirmation que le chiffre 3 représente la base de l'idée d'existence: le ciel, l'homme, la terre.

Les gestes effectués en franc-maçonnerie l'indiquent clairement. Depuis son initiation, le franc-maçon est fils de la Terre, Gaya cette veuve qui engendra seule, Ouranos, le Ciel, et l'ensemble de l'énergie qu'il lui est possible de déployer vient de l'influence d'une circulation verticale de bas en haut.
Il est important que l'apprenti apprenne, par le silence, à bloquer cette énergie au niveau du larynx. De même, le Compagnon, dans sa quête, doit s'assurer du bon rayonnement solaire des deux pôles autour de leur axe par l’exécution d’un voyage spiralé souvent symbolisé par un labyrinthe. Le Maître contrôle le flux reproducteur et la diffusion des polarités. C'est pourquoi on peut généralement constater que les sens de lecture et de développement des forces dont il est question dans les représentations symbolique s'effectue du bas vers le haut et que cette lecture, lorsqu'elle est ramenée à l'homme, prend le chemin inverse.

Nous pensons toujours que notre tête est l'élément fondamental de notre existence alors qu'elle n'est que son point de libération. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen. le cœur et la gorge. Cela offre bien l'image physique de l'assimilation énergétique ( feu par friction ), de l'assimilation physique ( feu solaire) et de la reproduction ( feu lunaire), ces trois feux sont désignés par l’astrologie comme le Bélier ( Amon - Père et source de toute chose ), le Lion ( Logos solaire, le fils, l’Apôtre, celui qui voyage au loin ) et le Sagittaire ( la flèche du Saint-Esprit, l’Amen  qui finit la boucle ).

L'hiver, le feu intérieur est en relation avec la gestation, la graine jusqu’à son éclosion printanière. Le feu moyen intermédiaire va croître jusqu’à son extériorisation solaire maximum, puis il s'estompera à partir du solstice d'été. Les trois feux vont alors s'exprimer selon les quatre éléments pour donner naissance au zodiaque tel que nous le connaissons.

Le premier Chakra visité est l'omphalos, le Centre, associé en tant que pôle au Centre du Monde, l'autre pôle étant le cœur. Ce dernier, représenté comme une fleur à douze pétales, est associé à l'Etre ; le compagnon fait celui dont la quête devient mouvante, comme celle des chevaliers de la table ronde dont on sait qu'ils étaient douze autour du Roi Arthur, fils du dragon.

Le nom du Père d'Arthur est Uter Pendragon. Pen-dragon signifie «tête de dragon», la « caput draconis » est la partie qui correspond à la naissance du cycle des lunaisons. La légende d'Arthur précise que son Père Uter a bâti « Caer Leon » ( La forteresse du Lion ) après avoir abattu une tour fortifiée au pied de laquelle sommeillaient deux dragons ( l’ascendant et le descendant lunaires ), l'un blanc et l'autre rouge. Les dragons blancs et rouges sont aussi la représentation symbolique des Yin et Yang.


Messager de son devenir, l'homme porte sur son corps la promesse de son universalité. Au cœur de son être est le « plexus solaire ». Cette affirmation de Lumière qui détermine le point de rayonnement l’être a traversé les âges et les traditions. Pour les hindouistes, la montée de la Kundalini jusqu’au centre permet d’ouvrir la roue de l’ombilic puis celle du cœur. Pour les francs-maçons dont les pratiques trouvent bien souvent leur justification chez les érudits du XVIIème siècle, les signes prennent alors tout leur sens.



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Étude sur le symbolisme de la franc-maçonnerie

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