Le Tuileur

 

tuileur-XIX« Ecc 1:2 Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités,

tout est vanité.

Ecc 1:3 Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine

qu'il se donne sous le soleil?

Ecc 1:4 Une génération s'en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

Ecc 1:5 Le soleil se lève, le soleil se couche;

il soupire après le lieu d'où il se lève de nouveau. »

 

 

 

 

« A tous les maçons, pauvres et dans la détresse, qu'ils soient dispersés sur la surface de la terre, sur les mers et dans les airs, en leur souhaitant un rapide soulagement de leur souffrance et un prompt retour dans leur pays natal, si tel est leur désir. »

Toast du Tuileur

 

Le Tuileur, dans une Loge émulation, est celui que l’on rencontre d’abord, avant même d’entrer dans le Temple. De même, son toast, représente le dernier partage du vin à la fin de tout travail de Table, donc, pour ce Rite, de tout travail tout court puisque les travaux de Table sont la stricte équivalence de la Chaine d'Union. Le Tuileur, de ce fait, est la personnification de  l'Alpha et de l'Oméga.


La place traditionnelle du Tuileur est à l’extérieur du Temple afin qu’il puisse veiller à la discrétion des Travaux et empêcher que des intrus viennent pénétrer indûment dans le Temple durant les cérémonies. Cependant, aujourd’hui, dans bon nombre de Loges, la place du Tuileur est à l’intérieur du Temple, derrière le Second Diacre, à la droite de la Porte d’entrée.


Le toast dit du « Tuileur » s’adresse donc aussi, traditionnellement, à lui-même afin de lui rappeler les termes de l’Ecclésiaste ; « tout n’est que Vanité ». En effet, symboliquement, sa place sur les parvis et le fait que ce poste soit plutôt réservé à un passé Maître afin qu’il puisse méditer sur l’époque où il demandait humblement l’entrée du Temple est propice à la relativisation du temps qui passe et son rôle devra l’amener à renforcer sa participation philosophique aux travaux de Loge. En fait, comme pour le Steward qui est un jeune maçon, pas nécessairement Maître, l’Office du Tuileur est de permettre une consolidation de l’agrégation parmi les maçons. L’ancien maçon, le Maître qui occupe ce poste a, derrière lui, une longue expérience qui lui permet de participer avec anticipation, aux travaux en cours et ainsi « de percevoir son salaire » de Maître. On notera avec intérêt que la porte du Temple est gardée par deux maçons, l’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur ; le Couvreur ou « Inner Guard » (Gardien Intérieur). Nous verrons que ce poste, créé au XIXème siècle en même temps que la consolidation du style Emulation, à une époque durant laquelle l’ésotérisme maçonnique se consolidait, et dont le bijou d’origine était une truelle, est plutôt destiné à un jeune Maître. En fait, la construction virtuelle des interdépendances entre le Tuileur et le Couvreur est de même nature que les houppes placées aux extrémités de la corde de halage sur laquelle les nœuds formeraient un rappel de sa fonction d’outil de mesure1.

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Celui qui est placé sur la partie la plus basse de la Roue de la Fortune mérite, lui aussi notre attention et notre considération, peut être plus que tout autre, ainsi, le Tuileur est l’image de cette Roue et nous rappelle que l’on ne peut être et avoir été. La cinquième partie des Lectures d’Apprenti qui concerne les bijoux des Officiers précise que « celui qui se trouve au plus bas de la roue de la Fortune est également digne de notre estime. Un temps viendra – et les plus sages d’entre nous ne peuvent dire à quel moment – où toutes les distinctions – sauf celles de la bonté et de la vertu – disparaîtront et où la mort, la grande niveleuse de toute grandeur humaine nous réduira tous à une condition identique. » Cette même instruction rappelle, s’il en était besoin, que le nom de « Frère » ou celui de « Sœur » est plus qu’un nom et même plus qu’un rang. Ce sont, pour partie, ces considérations qui donnent la mesure du rôle du Tuileur, au-delà de tous et au dessus de tout, c’est, en quelque sorte, l’ombre du Steward, un Frère ou Sœur servant que l’on rencontre sur l’Equerre, mais une part de lui-même est restée proche du niveau et son rôle est de garantir l’équilibre entre la rectitude et l’équité. C’est la raison pour laquelle il doit s’assurer de la qualité de qui pénètre dans le Temple par les signes, mots et attouchements car la qualité des travaux ne saurait être abusée par le monde extérieur. Cette vérification qui s’adresse principalement aux Frères visiteurs s’effectuera sur les parvis, avant que l’ensemble des membres de la Loge ne se prépare et ne revêtent leurs décors.

 

Le rôle du Tuileur en gardien extérieur des travaux est très probablement l’un des plus vieux parmi ceux que nous avons hérité des mystères antiques. C’est aussi l’un des plus anciens rôles connu des assemblés maçonniques, avant même que ne soient définis les fonctions des Maîtres. Les chroniques de la Grande Loge, depuis 1732, précisent, en faisant référence à l’antiquité de l’Office, que même le Vénérable Maître n’est pas habilité à intervenir dans les fonctions du Tuileur car il reste le garant des qualités de ceux à qui il permet d’entrer. Une fois élu, le Tuileur doit œuvre avec sérénité, rigueur et diligence. La qualité des travaux d’une Loge repose sur l’excellence de son Tuileur. En effet, il est formellement le premier Officier à mettre en œuvre les Cérémonies concernant les candidat(e)s, il est le premier à préparer le néophyte avant même qu’il n’ait pénétré dans le Temple. La qualité de l’exercice de cette fonction est, pour le Candidat(e), l’image qui restera, parce quelle représente le premier contact avec le rituel, de la qualité des travaux de la Loge dans laquelle il entre. La cérémonie qui se déroule dans le Temple est empreinte de rigueur et de solennité et la préparation des candidat(e)s ne doit pas laisser à penser qu’il en être autrement. Dans certain cas, le Vénérable Maître peut dépêcher le Directeur des Cérémonies ou un autre frère qui sera habilité par lui à aider le Tuileur à la préparation des Candidat(e)s. Néanmoins, il semble important, ici, de souligner que ce rôle est bien celui du Tuileur et uniquement le siens, les Frères et Sœurs dépêchés ne le sont que pour l’aide secondaire qu’ils pourraient apporter.

 

Le Tuileur, du fait de son expérience de Maître Maçon, est aussi celui qui s’assure de la bonne conformité et de la bonne mise en place du Temple avant que de laisser entrer les Frères et Sœurs et le Cortège. Lorsque chacun attend d’être appelé à entrer, le Tuileur est à l’intérieur du Temple et, comme il reste le plus versé d’entre tous dans les Mystères de la Franc-maçonnerie, il a la charge d’allumer les Trois Grandes Lumières. Lorsqu’il a terminé cette vérification et cette charge d’allumer les bougies, il rejoint l’ensemble des Frères et Sœurs sur les parvis et, après avoir refermé la porte derrière lui, informe le Directeur des Cérémonies que tout est conforme et qu’il peut procéder à l’appel des Frères et Sœurs et leur permettre d’entrer.

 

Il y a, cependant, un rôle pour lequel la confusion est possible, c’est celui des rapports donnés à la porte de la Loge durant les différents moments d’ouverture et de fermeture des travaux. En effet, les pratiques divergent parfois, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où Emulation est un style et non un rite figé. Les visites, les rencontres dans différentes Loges et les confrontations avec diverses pratiques ou divers autres Rites qui ne font pas la distinction entre le Tuileur et le Couvreur peuvent porter à confusion. Ainsi il peut arriver qu’il y ait confusion entre les façons de frapper à la porte après que le Couvreur l’ai fait, lui-même.

 

La bonne pratique veut que les trois premiers coups qui doivent affirmer que les parvis sont déserts, soient donnés après que le Couvreur ait, lui-même frappé sur la porte depuis l’intérieur du Temple. Ces trois coups distincts sont donnés, au premier degré, à intervalle régulier

 

-O - O - O -  Apprenti

 

Les trois coups qui sont donnés lorsque la Loge est ouvertesont identiques :

 

-O - O - O -

 

Au passage au second degré, on frappe des coups identiques après que les Apprentis soient sortis

 

 

-O - O - O -

 

Les coups ne sont plus donnés selon le même rythme lorsque les travaux du Second Degré sont ouverts, ils deviennent 1 et 2 :

 

 

-O - - O - O - Compagnon

 

Au passage au Troisième Degré ils restent identiques après que les Compagnons soient sortis :

 

 

-O - - O - O -

 

Et changent de rythme lorsque les travaux sont ouverts au troisième Degré, ils deviennent alors 2 et 1 :

 

 

-O - O - - O - Maître

 

Ces rythmes sont repris en mouvement descendant à la fermeture à chaque degré.

 

Dans le cas de Cérémonies d’Initiation, comme dans les cas où il faudrait alerter la Loge d’une présence, de la visite d’un Frère et des arrivées tardives. Les coups ne seront pas réguliers et le Couvreur viendra voir ce qu’il se passe, on appelle « Alerte » cette manière irrégulière de frapper. Dans la situation et l’implantation des offices d’une Loge Traditionnelle, c’est toujours le Couvreur qui ouvre la porte du Temple, jamais le Tuileur.

 

Aujourd’hui, dans la plupart des Loges, lorsqu’un Frère retardataire demande l’entrée du Temple, c’est lui qui frappe à la porte. Le Tuileur va voir de quoi il retourne, sort sur le parvis, vérifie que le Frère peut entrer au degré où en sont les travaux. Il revient ensuite dire ce qu’il en est au Couvreur qui informera le Vénérable Maître dès que cela sera possible.

 

Certaines Loges préconisent d’annoncer les visiteurs retardataires en frappant les coups du degré auquel travail la Loge à leur arrivée. Cela n’est pas nécessaire car le Tuileur connait le degré pour l’avoir donné en réponse, il ne laissera donc pas entré un Frère qui ne pourrait y assister. En outre, il se peut que le Frère demande l’entrée du Temple durant les travaux intermédiaires d’ouverture au degré supérieur, dès lors, quelle batterie exercer ? D’autre part, l’alerte ayant pour objet d’attirer l’attention des Frères et Sœurs en travaux pour leur demander de s’interrompre, il est préférable que les coups ne soient pas réguliers. Les travaux en cours seront alors stabilisés et amenés à terme avant que de laisser entrer le Frère.

 

Un coup unique n’a aucune signification maçonnique, pas plus dans le système Emulation que dans les autres formes rituelles, il ne déclenchera donc aucun mouvement. En effet, il n’existe en maçonnerie que Trois Coups signifiants. On se reportera aux Lectures Emulation, particulièrement celles de la seconde partie d’Apprenti et qui précisent le sens des Trois Coups Distincts :

 

 

« Comment avez-vous obtenu d’être admis ?

- Par trois coups espacés.

A quoi ces trois coups espacés font-ils allusion ?

- A une ancienne et vénérable exhortation : « cherchez et vous trouverez, demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvrira ».

 

 

Dans le cas des cérémonies,cependant, les mouvements sont traditionnels car le Tuileur reste à l’extérieur avec le Candidat(e) jusqu’à son entrée définitive pour subir les épreuves de l’initiation.

 

Au début de la cérémonie de passage au second degré, les coups frappés par le Tuileur qui accompagne le futur Compagnon seront ceux du grade d’Apprenti Entré afin d’informer les Frères et Sœurs qui se trouvent à l’intérieur du Temple, que celui qui demande à pénétrer dans ce lieu est d’un degré en dessous celui auquel ils travaillent.

 

De la même manière, il frappera au degré de Compagnon lorsque le Candidat(e) à Maîtrise demandera l’entrée du Temple avant de subir les épreuves d’élévation.

 

Dans les cas d’une demande d’accès au Temple par un Candidat(e) en vue d’une cérémonie qui le concerne, les coups seront frappés plus fort que d’habitude.

 

Lorsque le Candidat(e) sera renvoyé sur les parvis afin de remettre de l’ordre dans sa tenue, c'est-à-dire après qu’il ait prêté son serment, le Tuileur veillera à lui rappeler les Signes, Mots et Attouchement et s’assurera qu’il puisse les transmettre correctement afin que le néophyte puisse les avoir en mémoire à son retour dans la Loge. Ainsi le Candidat(e) pourra revenir en Loge avec plus d’assurance, cette aide permettra d’éviter la confusion.

 

Avant le commencement des travaux, on l’aura compris, c’est au Tuileur de s’assurer que tout le monde appose sa signature ou sa marque sur le registre de Loge, de même il veillera à noter les qualités des Vénérables Maîtres Visiteurs afin qu’ils puissent être salués comme il se doit par le Directeur des Cérémonies. Il devra s’assurer de la qualité de Maçon des Frères et Sœurs Visiteurs et de leurs degrés.

 

Il veillera, à l’intérieur du Temple et dans la discrétion, c'est-à-dire que le Temple sera fermé afin qu’il n’y ait aucun mouvement à l’intérieur avent l’arrivée des Frères et Sœurs, à ce que tous les bijoux et outils soient bien à leur place.

 

Il allumera les Trois Grandes Lumières et, ensuite seulement, retournera sur les parvis informer que les travaux peuvent commencer.

 

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1 Cf. infra, le « Câble de halage ».

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