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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

contes

Publié le par Lurker
Publié dans : #Contes
Le regreté Idries Shah nous a fait rêvé de nombreuses nuits avec ses contes Orientaux, qu'ils soient Soufis ou bien Perses,. Il y eut aussi les récits de l'incomparable Mullah Nasr'Eddin... au pays des aveugles, les borgnes sont assez mal vus...  Justement, en parcourant à l'aveuglette les pages des contes Derviches, publiés au "courrier du Livre" en 1979, voici que je tombe sur cette définition de la barbarie :

"Un barbare, c'est quelqu'un dont les perceptions manquent à ce point de sensibilité qu'il croit pouvoir appréhender par la pensée ou par le sentiment, quelque chose qui ne peut être perçu que par le développement de soi et une constante application à atteindre Dieu..."

Il est vrai que je travaille de midi (encore que je prenne parfois quelque rafraichissement) à minuit, humble (cela dépend des jours), courbé devant le Gadlu... mais tout de même, quelle perspective... Elle s'ouvre directement sur les propos récent de la philosophe Isabel Stengers, à savoir que la Barbarie commence quand ce qui était insupportable devient naturel... il semble, pour la première citation, que cette vision soit due à Ahmed-el-Bedavi, fondateur des Bedavii égyptiens et qui nous a quitté en 1276... Bedavi était, de son vivant, rejeté par les musulmans qui l'accusaient d'être trop compatissant evers les chrétiens qui, eux-mêmes, le rejetaient parce que Musulman... On croirait décrire les relation des Loges entre elles... Enfin, ne soyons pas trop pessimiste, le monde est à construire et la perfection n'est pas toujours au rendez-vous... il faudrait, cependant, que le mur ne s'écroule pas trop souvent... Mais ce n'est pas de barbarie que je voulais parler mais de bien d'autre chose... en fait, je souhaitais aborder les certitudes et leurs conséquences...

Voici le conte tel qu'il est donné par Idries Shah...

Il était une fois un homme qui contemplait l'opération de la nature. A force de concentration et d'attention, il finit par découvrir le moyen de faire du feu.

Cet homme s'appelait Nour. Il décida de voyager de com­munauté en communauté pour faire part aux gens de sa découverte.

Nour transmit le secret à de nombreux groupes. Certains tirèrent parti de cette connaissance. D'autres, pensant qu'il devait être dangereux, le chassèrent avant même d'avoir eu le temps de comprendre de quel prix cette découverte aurait pu être pour eux. Pour finir, une tribu devant laquelle il faisait une démonstration fut prise de panique : ces gens se jetèrent sur lui et le tuèrent, convaincus d'avoir affaire à un démon.

Les siècles passèrent. La première des cinq tribus qui avaient appris à faire le feu en avait réservé le secret à ses prêtres. Ils vivaient dans l'opulence et détenaient tout pou-voir tandis que le peuple gelait.

La seconde tribu finit par oublier l'art de faire le feu et idolâtra les instruments. La troisième adorait une représen­tation de Nour lui-même : n'était-ce pas lui qui les avait enseignés ? La quatrième tribu conserva l'histoire de la créa­tion du feu dans ses légendes ; certains y ajoutaient foi, d'autres les rejetaient. Seuls les membres de la cinquième communauté se servaient effectivement du feu, ce qui leur permettait de se chauffer, de faire cuire leurs aliments et de fabriquer toutes espèces d'objets utiles.

Un jour, un sage accompagné d'un petit nombre de ses disciples entreprit de traverser les territoires occupés par les

cinq tribus. Les élèves furent stupéfaits de découvrir une telle variété de rituels. Et de dire à leur maître : « Mais ces différents procédés ne se réfèrent-ils pas tous à l'art de faire le feu et à rien d'autre ? Nous devrions éduquer ces gens !

-      Eh bien, nous allons refaire notre voyage, proposa le maître. Lorsqu'il sera terminé, ceux qui auront survécu connaîtront les vrais problèmes et la manière correcte de les aborder. »


Quand ils arrivèrent sur le territoire de la première tribu, ils furent reçus avec hospitalité.

Les prêtres invitèrent les voyageurs à assister à leur cérémonie religieuse au cours de laquelle un feu allait être allumé. Quand ils en eurent fini et que la tribu eut manifesté son émoi devant l'événement, le maître demanda : « Quelqu'un désire-t-il prendre la parole ?

-      Pour la cause de la Vérité, je me sens contraint de dire quelque chose à ces gens, dit le premier disciple.

-      Si tu veux le faire, à tes risques et périls, je t'en donne la permission », dit le maître.

Le disciple s'avança et en présence du chef de la tribu et des prêtres, il déclara : « Je peux accomplir le miracle que vous prenez pour une manifestation spéciale de la divinité. Si je le fais, reconnaîtrez-vous que vous êtes dans l'erreur depuis bien longtemps ?

-      Saisissez-vous de cet homme ! » s'écrièrent les prê­tres. On l'emmena et on ne le revit jamais plus.

Puis les voyageurs entrèrent dans le territoire voisin où la seconde tribu idolâtrait les outils qui servaient à faire le feu. Une fois encore, un disciple se porta volontaire pour essayer de faire entendre raison à la communauté.

Ayant reçu la permission du maître, il dit devant la tribu rassemblée : « Je sollicite la faveur de vous parler comme à des êtres raisonnables. Vous vénérez les moyens par les-quels quelque chose peut être fait, même pas la chose en soi. Vous retardez ainsi le moment de son utilisation. Je connais la réalité qui est le fondement de cette cérémonie. »

Les membres de cette tribu étaient plus raisonnables. Ils répondirent au disciple : « En tant que voyageur et étranger, tu es le bienvenu parmi nous. Mais, puisque tu n'es pas des nôtres et que tu ignores tout de nos coutumes et de notre histoire, tu ne peux comprendre ce que nous faisons. Tu te trompes. Peut-être même essaies-tu de nous enlever notre religion ou de la modifier. En conséquence, nous refusons de t'écouter. »

Les voyageurs poursuivirent leur chemin.

Lorsqu'ils arrivèrent sur les terres de la troisième tribu, ils trouvèrent devant chaque maison une idole qui représen­tait Nour, le faiseur de feu originel. Ce fut au tour du troi­sième disciple de s'adresser aux chefs de la tribu :


« Cette idole représente un homme qui lui-même repré­sente un pouvoir - et ce pouvoir peut être exercé.

-      Peut-être en est-il ainsi, répliquèrent les adorateurs de Nour, mais il n'est donné qu'à une minorité de pénétrer le vrai secret.

-      A la minorité qui le comprendra. Pas à ceux qui refu­sent de regarder certains faits en face, dit le troisième dis­ciple.

-      C'est là pure hérésie de la part d'un homme qui ne parle même pas correctement notre langue et qui plus est, n'est pas un prêtre de notre religion », murmurèrent les prêtres. Et il ne put aller plus loin.

Le groupe continua son voyage et arriva bientôt au pays de la quatrième tribu. Un quatrième disciple s'avança devant tout le peuple assemblé.

« L'histoire des faiseurs de feu est vraie et je sais com­ment faire du feu », dit-il simplement.

La confusion se répandit dans la tribu qui se divisa aussi-tôt en plusieurs factions. Certains dirent : « C'est peut-être vrai. Et si c'est le cas, nous voulons savoir comment faire le feu. » Mais, quand le maître et ses adeptes eurent interrogé ces gens, il s'avéra que la majorité d'entre eux étaient désireux d'utiliser ce savoir-faire à leur propre avan­tage et qu'ils ne comprenaient pas qu'il était destiné à favo­riser le progrès de l'humanité. Les légendes déformées avaient pénétré si profondément dans l'esprit de la plupart que ceux qui pensaient qu'elles pourraient bien représenter la vérité étaient souvent des déséquilibrés, qui n'auraient pas été capables de faire du feu même si on leur avait montré comment procéder.

Il se trouva une autre faction pour affirmer : « Il est évident que ces légendes ne reposent sur rien. Cet homme essaie tout bonnement de nous mystifier pour se faire ici une place au soleil ! »

« Nous préférons les légendes telles qu'elles sont, pro-clamait un autre groupe, car elles constituent le ciment même de notre cohésion. Si nous les abandonnons et que nous découvrons par la suite que cette nouvelle interprétation est sans valeur, qu'adviendra-t-il de notre communauté ? »

Et il y avait encore bien d'autres points de vue.

La petite troupe continua son voyage jusqu'à ce qu'elle atteigne le territoire de, la cinquième communauté. L'em­ploi du feu y était chose banale et ses membres avaient d'au­tres problèmes à affronter.

Le maître dit alors à ses disciples :

« Vous devez apprendre à enseigner car les hommes ne veulent pas de l'enseignement. Tout d'abord, il vous faudra leur apprendre à apprendre. Avant cela même, vous devrez leur apprendre qu'il y a encore quelque chose à apprendre. Ils imaginent qu'ils sont prêts à apprendre mais ils ne veu­lent apprendre que ce qu'ils s'imaginent devoir apprendre, et non ce qu'il leur faut apprendre en tout premier lieu. Quand vous aurez appris tout cela, alors serez-vous en mesure d'inventer les voies de votre enseignement. La con-naissance sans la capacité spéciale d'enseigner n'est pas la même chose que la connaissance plus la capacité. »


So mote it be...

 



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Publié le par Lurker
Publié dans : #Contes
Le roi tient son pouvoir de Dieu,
il n'y a pas de séparation entre le trône et l'autel.
Quand un roi meurt un autre prend immédiatement la suite,
il n'a pas besoin d'être sacré pour exercer

Le vieil homme voûté était assis sur son trône de pierre depuis si longtemps qu'il avait oublié son propre nom. Il avait appris à observer le Monde et cette terre lui avait enseigné les cycles du Temps. Il ne se rappelait plus de son premier nom, celui que lui avait donné sa mère. Cela aussi il avait oublié, il ne savait plus qui était sa Mère. Personne ne lui avait jamais dit que le Roi du Bois n'avait plus de souvenirs d'Homme. Dans son souvenir sa mère n'avait pas d'homme avec elle. Elle l'avait enfanté avec un Dieu disparu. C'est ce que l'on disait des femmes sans homme dans sa tribu.


On l'appelait le Roi du bois, mais aussi le Roi du Temps. Du moins, on utilisait le mot que l'on connaissait pour désigner le temps. On savait que les événements se succédaient, mais, pour tous ceux qui parlaient cette langue on préférait dire que les choses n'étaient pas encore accomplies. Le vieil homme était donc le Roi de l'Inaccompli... Il parlait de lui-même en disant « celui-ci » ou « je serai ». Des années auparavant, il avait gagné le droit de s'asseoir à cette place, sur cette pierre usée, au pied du grand arbre en forme de parasol. Il s'était emparé du sceptre en forme de branche fleuri de bois rouge poli par les âges. Le dos à la maigre forêt, il dominait la plaine de pierre grise coupée ça et là de buissons épineux.


Sa main droite était crispée sur le sceptre de bois rouge. Pour faire bonne mesure, la verge était plantée dans le sol. Elle se développait en trois rameaux noueux au dessus de sa tête. Une longue canne faite de l'une des branches de l'arbre en forme de parasol, un bois dur, imputrescible, parfumé des caresses du vent. Le vieil homme était là depuis si longtemps qu'il ne se souvenait plus d'avoir été jeune et personne de tous ceux qui passaient devant lui ne pensait qu'il puisse exister en dehors de l'Arbre qu'il gardait. L'Arbre était le vieil homme et l'homme était l'arbre et aujourd'hui, l'arbre fleurissait à nouveau, il se couvrait de petites boules jaunes qui lui donnait des reflets d'or. Cela signifiait la fin de l'hiver.


Le vieil homme savait qu'une fois encore il devrait protéger son trône, mais surtout, protéger sa vie. Le soleil se couchait sur la plaine, face à lui et il entendait, au loin, le hurlement des chacals et des chiens.


L'attaque fut soudaine et violente. L'agresseur hurlait. Il était nu et portait une coiffe faite d'un massacre de cerf fraichement tué dont le sang coulait sur ses joues marquées de poussière. Il était sorti de nulle part et avait bondi avant que le vieil homme ait pu réagir. A deux mains, il se saisit de la canne et tira violemment mais le vieux avait encore beaucoup de force et il ne lâcha pas prise. Dans la lutte, le jeune guerrier agrippa une branche courbe tachetée d'or et frappa le vieillard sur la tempe droite. Celui-ci hurla mais ne lâcha pas le sceptre. Il se savait perdu. Il n'aurait pas dû permettre à l'autre de casser une branche de l'arbre. Le rameau d'or était la clé du droit à gouverner le Temps. Dans un effort qui le surprit lui-même, il se redresse et faucha l'air de sa canne devenue une arme pour la circonstance. La réponse fut rapide , il reçut un violent coup sur l'autre tempe, comme si le bras qui l'avait frappé une première fois avait le tour de son visage pour l'étourdir encore. Il tomba à genoux et projeta le bras en avant comme pour saisir le vent. Le jeune guerrier nu se saisit alors du sceptre et lui fracassa le crâne avec. Le vieil homme s'écroula le nez dans le sang et la poussière. Il eut une dernière vision de l'horizon où se couchait le soleil alors que son vainqueur se laissait tomber, face à l'astre en déclin. Dans la nuit, les chacals et les chiens enlevèrent le corps du vieillard. Le souffle des vents dispersa le sang et le sol redevint ce qu'il avait été.


Le jeune homme était voûté, il était assis sur son trône de pierre depuis peu mais il avait déjà oublié son nom. Il avait, depuis longtemps, posé les cornes du cerf près de lui. Il devint l'homme solitaire, le vieil homme qu'il avait tué et, peu à peu, il s'abandonna au sable et au vent, à la construction du monde mental fait de mémoire et de souvenirs d'un futur qui n'en finirait jamais... il devenait le Roi de cette seule chose éternelle qui pourtant n'a ni forme ni existence matérielle : le Temps. Sa pensée construisait des mondes et ses yeux changeaient la couleur des pierres.


Bien longtemps après, un Roi d'un pays voisin dans lequel ne poussait aucun arbre en forme de parasol, demanda l'assistance du Roi du Temps afin qu'il construise un Temple.


Jamais personne n'avait eu idée de construire une telle bâtisse. Les hommes eux-mêmes vivaient dans des huttes, mais ce Roi désirait rendre hommage à son Dieu en lui offrant la plus belle des demeures. Elle devrait être orientée de la même manière que le trône du Roi du Temps. « Celui-ci », « Je serai », accepta et se rendit auprès du Roi du pays voisin. Il sillonna seul les plaines et le désert, il parcouru le sable et les fleuves, il se pencha sur les pierres et visita les profondeurs de la terre. Il gravit les montagnes jusqu'au sommet des monts d'Hiver, là où les visages géants de fantômes oubliés demeurent muets face au soleil et attendent la venue divine pour recouvrer la vie. Il descendit au fond de la plaine du sable là où les cliquetis des insectes nocturnes murmurent des malédictions sans visage à ceux qui s'y hasardent. Durant toutes ces années on oublia le Roi du Bois et son trône resta vide au pied de l'arbre en forme de parasol. Il devine Architecte et aussi forgeron, il dessina les plans, et visita le pays afin de trouver le lieu le plus approprié à accueillir ce qu'il considérait déjà comme l'œuvre de sa vie. Sans qu'il sut pourquoi, sa recherche l'amena au centre du Monde, dans un désert aride au nom probablement oublié, il planta son bâton de bois rouge dans le sable et la terre, construisit un siège de pierre et il fit venir les ouvriers... charpentiers, menuisiers, peintres, tailleurs de pierre, vitriers... Tous les plus grand artisans des contrées lointaines, y compris les fabricants de soie venus de l'empire du Milieu...Et chaque corps était représenté par ses catégories ; Apprentis, Compagnons et Maîtres. De même, chacun prit la place qui lui était assignée dans l'organisation du camp d'où serait produite la pensée du Temple avant qu'il ne soit bâti. Durant tout ce temps, le bâton fleurit et « Celui-ci » attendit que l'œuvre progresse.


Tout le monde avait oublié le gardien de l'arbre, le Roi du Temps sauf trois ouvriers qui travaillaient sur le chantier. A la fin de l'hiver, après de nombreuses années, les fleurs d'or firent remonter les souvenirs de la quête du royaume à ces hommes. Chacun d'eux se savait fort et chacun d'eux souhaitait devenir le Roi du Temps alors... à la nuit tombée de la fête du printemps, le premier d'entre eux attaqua le Maître. Mais ce dernier n'était pas assez vieux et l'outil ne le frappa pas assez fort pour qu'il lâche le sceptre et tombât de son trône... horrifié, l'assassin recula. Le sang qui coulait sur sa tempe rappela au Roi du Bois comment, lui-même, avait obtenu le droit de se tenir là.


De derrière la porte nord, le second prétendant porta lui aussi un coup qui ne fut pas plus couronné de succès. Ce n'est que le troisième qui réussit à le tuer d'un violent coup porté au front. « Je serai » tomba, toujours accroché à son sceptre fleurit et avec lui s'effaça la légende car personne ne s'était emparé du sceptre.


Affolés, les trois assassins qui ne savaient plus comment se terminait l'histoire du Roi trainèrent le corps dans la plaine et enterrèrent le corps dans une fosse trop étroite. Le sceptre dépassait, comme l'un des arbrisseaux qui peuplaient la vallée.


Trois jours après que le Maître ait disparu, le Roi qui croyait être grand envoya les meilleurs ouvriers à sa recherche. Tous fouillèrent la vallée et les bois alentours, ils chassèrent les loups et les chacals de leurs tanières et constatèrent qu'aucun corps n'avait été dévoré. Ils trouvèrent enfin les assassins qui avouèrent leur crime mais aucun d'entre eux ne sut où était enterré le corps, personne ne se rappelait le lieu exact. D'ailleurs, personne ne se rappelait de rien. C'est à la fin du jour, alors qu'il se reposait près d'un arbrisseau, que l'un des chefs de chantier, le plus jeune d'entre tous, se dit « je connais cet arbre, il ne pousse pas ici. C'est l'Arbre du Roi ». Il creusa le sol et découvrit le corps, il toucha les membres ramollis et, voyant qu'il ne pouvait rien faire, il se saisit du rameau d'or planté et retourna vers le chantier.


C'est le Roi du pays voisin lui-même qui l'aperçut le premier. Il porta la main à son front pour se protéger de la clarté du soleil couchant. Il plissa les yeux et tâcha de mieux voir l'ombre floue qui venait vers lui. Elle était encore loin et elle semblait danser avec le vent et le sable dans le flou de la chaleur. Après quelques instants il reconnu le sceptre. Il ne faisait aucun doute que celui qui le portait ne pouvait être que le Maître revenu. Reconnaissant alors la silhouette qui s'approchait dans le contre-jour vibrant de la touffeur du désert, il murmura, tremblant et balbutiant d'une émotion si intense qu'elle lui tirait des larmes :


« Il est vivant, il est vivant, il est toujours vivant. ».



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Publié le par Lurker
Publié dans : #Contes

ciel - terre - homme

 

Le Ciel et la Terre sont tournés l'un vers l'autre. Leur produit participe toujours de l'un et de l'autre.

L'énergie indifférenciée du Tao va être émise pour un temps et un espace spécifiques. Cette émission crée une fonction, à l'origine d'une structure parti­culière. Chaque forme est ainsi en relation avec une fonction, incluse dans un temps et un espace déterminés. Cette fonction ayant une fin, le retour s'effectue par rétroaction de l'énergie au travers d'une mutation, délimitant le chemin réciproque du Ciel et de la Terre.

 

Le Trois exprime cette action réciproque en une conscience Ciel et une conscience Terre “ A l'origine de l'homme, il y a le Ciel ”. Les souffles qui se rangent sous cette dénomination ont un caractère subtil, aérien. Ils sont responsables de la spiritualité comme de la rationalité, mais aussi de l'espèce et de la lignée (inconscient collectif).

“ A la racine de l'homme, il y a la Terre. Ainsi, s'expliquent les races et les morphologies ”.

Une fois constitué, l'homme continue à recevoir les influx du Ciel et de la Terre, mais il reçoit aussi de tout l'environnement, créé au sein du “ vide médian ” par les Dix Mille Êtres.

Le Ciel, dans sa représentation idéogrammique chinoise est composé d'un caractère qui signifie le grand homme, symbole du pouvoir s'étendant dans les cinq directions et d'un caractère qui signifie l'Unique, le Un. Ceci donne le Grand Tout, le Un, le Ciel qui recouvre les hommes.

L'action du Ciel qui est Yang se fait dans un sens centripète, de contraction, condensation

“ Les souffles du Ciel en descendant font la pluie ”.

So Wen Ch. 5

Elle est en relation avec la tonification, l'expiration. (Tandis que le Ciel est formé de l'accumulation en expansion des souffles clairs, légers).

La Terre  est formée de la condensation des souffles troubles lourds

Le Ciel-Terre précède le Yin-Yang, la génèse doit être différenciée de la génération du Yin-Yang.

Le Ciel et la Terre sont responsables, par la transformation des souffles, de la construction et de l'achèvement des choses matérielles.

Le souffle originel, Yuan, est ce qui sépare au sein du chaos, pour donner le Ciel-Terre, mère des Dix Mille Etres. Mais le Ciel commande à la Terre.

La Terre, fécondée par le Ciel, porte, nourrit la vie. Elle amène des forces de l'intérieur à l'extérieur du corps, du Yin vers le Yang. Ce mouvement correspond à une dilatation, une inspiration, une dispersion des énergies  le mouvement de la Terre est centrifuge. ( va donc voir l'entracte deux pour la mise en pratique ).

Les souffles de /a Terre en montant font les nuages

So Wèn. ( ah oui, le So Wen est le manuel traditionnel d'acupuncture...)

Ces énergies sont regroupées sous le nom d'énergies héréditaires. Elles assurent la liaison mére-enfant dès la conception. L'ensemble des énergies du Ciel- Terre de l'embrion, au travers de la formation et de l'utilisation des 8 vaisseaux merveilleux (les qimo), forme l'intériorité de l'individu, alors que le modelage périphérique s'effectue au travers des 12 méridiens. Cependant, les 8 vaisseaux merveilleux travaillent en relation avec une fonction dite des Trois Réchauffeurs/ Trois foyers.

L'homme est le bipède par excellence, mais de structure ternaire. Par sa position verticale, il est l'intermédiaire du Ciel et de la Terre il en est l'enfant, structuré par les deux à la fois. Il en devient le plus éminent représentant. (Il associe le Ciel : un trait supérieur, et la Terre : deux traits inférieurs, soit le Yang et le Yin).

Né des souffles du Ciel et de la Terre, il se développe selon le modèle de 4 saisons. Obéir à ce modèle, c'est l'harmonie désobéir, c'est la maladie. Né de la Terre, il porte la marque, le sceau du Ciel (astrologie qui règle les destinées).

L'Homme, “ couvé par le Ciel ” est “ porté par la Terre ”. L'existence humaine se déroule dans ce vide médian formé par la jonction des six souffles (Quatre orients et Nadir - Zénith).

Les six souffles ou qualités du Ciel composent l'initiative qui crée la vie. Ils s'adressent à la Terre. Celle-ci les reçoit, les emmagasine et les restitue après les avoir transformés. L'homme possède ainsi, don du Ciel, des esprits célestes. A partir du Centre, le “ 7ème jour ”, ou ils se tiennent au repos, ces esprits président à la vie de l'organisme. Mais c'est de la Terre que l'individu tire les éléments lourds qui servent au maintien et au développement de la vie. Entre les deux, l'homme, avec ses ministres, ses serviteurs, ses magasins, ses envoyés, son armée, assure en son intérieur la bonne marche de l'ensemble. De la sorte naît, à chaque instant, la rencontre des souffles du Ciel et de la Terre.

L'harmonie, c'est-à-dire la santé, est donc l'État naturel de l'univers comme de l'homme. 

Dépouillée de celle étroite relation Ciel - Terre - Homme, toute médecine ne peut présenter que des lacunes. L 'Homme perd toute sa signification, le “pourquoi” laissant sa place au “comment”. Réciproquement, l'on est frappé, dans toute la littérature traditionnelle, de l'abondance des écrits relatifs à l'astrologie, à la météorologie, à la géographie... dans leur relation à la médecine.

Le Grand Médecin, lui aussi, n 'ignore rien de l'anatomie, de la physiologie mais il est avant tout le gardien et l'observateur des volontés du Ciel. Il “ agit sans agir ”, préservant ce qui est sain et réharmonisant ce qui est pathologique. Il se garde, en respectant les lois universelles, d 'interférer dans les échanges entre le Ciel et la Terre qui se nouent en chaque être.


 


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Publié le par Lurker
Publié dans : #Contes

racontée par Gérard de Nerval

dans son ouvrage “ Voyage en Orient ”

 

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Histoire de la Reine du matin et de Soliman, Prince des Génies.

 

Chapitre XII. Macbénach

 

(...) Le temps était bas, et le soleil, en pâlissant, avait vu la nuit sur la terre. Au bruit des manteaux sonnant l'appel sur les timbres d'airain, Adoniram, s'arrachant à ses pensées, traversa la foule des ouvriers rassemblés ; et pour présider à la paye il pénétra dans le temple, dont il entrouvrit la porte orientale, se plaçant lui-même au pied de la colonne Jakin.

Des torches allumées sous le péristyle pétillaient en recevant quelques gouttes d'une pluie tiède, aux caresses de laquelle les ouvriers haletants offraient gaiement leur poitrine.

La foule était nombreuse ; et Adoniram, outre les comptables, avait à sa disposition des distributeurs préposés aux divers ordres. La séparation des trois degrés hiérarchiques s'opérait par la vertu d'un mot d'ordre qui remplaçait, en cette circonstance, les signes manuels dont l'échange aurait pris trop de temps. Puis le salaire était livré sur l'énoncé du mot de passe.

Le mot d'ordre des apprentis avait été précédemment JAKIN, nom d'une des colonnes de bronze ; le mot d'ordre des autres compagnons, BOOZ, nom de l'autre pilier ; le mot des maîtres JÉOVAH.

Classés par catégories et rangés à la file, les ouvriers se présentaient aux comptoirs, devant les intendants, présidés par Adoniram qui leur touchait la main, et à l'oreille de qui ils disaient un mot à voix basse. Pour ce dernier jour, le mot de passe avait été changé. L'apprenti disait TUBALKAÏN ; le compagnon, SCHIBBOLETH ; et le maître, GIBLIM.

Peu à peu la foule s'éclaircit, l'enceinte devint déserte, et les derniers solliciteurs s'étant retirés, l'on reconnut que tout le monde ne s'était pas présenté, car il restait encore de l'argent dans la caisse.

"Demain, dit Adoniram, vous ferez des appels afin de savoir s'il y a des ouvriers malades, ou si la mort en a visité quelques-uns."

Dès que chacun fut éloigné, Adoniram vigilant et zélé jusqu'au dernier jour, prit, suivant sa coutume, une lampe pour aller faire la ronde dans les ateliers déserts et dans les divers quartiers du temple, afin de s'assurer de l'exécution de ses ordres et de l'extinction des feux. Ses pas résonnaient tristement sur les dalles : une fois encore il contempla ses oeuvres, et s'arrêta longtemps devant un groupe de chérubins ailés, dernier travail du jeune Benoni.

"Cher enfant !" murmura-t-il avec un soupir.

Ce pèlerinage accompli, Adoniram se retrouva dans la grande salle du temple. Les ténèbres épaissies autour de sa lampe se déroulaient en volutes rougeâtres, marquant les hautes nervures des voûtes, et les parois de la salle, d'où l'on sortait par trois portes regardant le septentrion, le couchant et l'orient.

La première, celle du nord, était réservée au peuple ; la seconde livrait passage au roi et à ses guerriers ; la porte de l'Orient était celle des lévites ; les colonnes d'airain, Jakin et Booz, se distinguaient à l'extérieur de la troisième.

Avant de sortir par la porte de l'occident, la plus rapprochée de lui, Adoniram jeta la vue sur le fond ténébreux de la salle, et son imagination frappée des statues nombreuses qu'il venait de contempler évoque dans les ombres le fantôme de Tubal-Kaïn. Son oeil fixe essaya de percer les ténèbres ; mais la chimère grandit en s'effaçant, atteignit les combles du temple et s'évanouit dans les profondeurs des murs, comme l'ombre portée d'un homme éclairé par un flambeau qui s'éloigne. Un cri plaintif sembla résonner sous les voûtes.

Alors Adoniram se détourna s'apprêtant à sortir. Soudain une forme humaine se détacha du pilastre, et d'un ton farouche lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres."

Adoniram était sans armes ; objet du respect de tous, habitué à commander d'un signe, il ne songeait pas même à défendre sa personne sacrée.

"Malheureux ! répond-il en reconnaissant le compagnon Méthousaël, éloigne-toi ! Tu seras reçu parmi les maîtres quand la trahison et le crime seront honorés ! Fuis avec tes complices avant que la justice de Soliman atteigne vos têtes."

Méthousaël l'entend, et lève d'un bras vigoureux son marteau, qui retombe avec fracas sur le crâne d'Adoniram. L'artiste chancelle étourdi, par un mouvement instinctif, il cherche une issue à la seconde porte, celle du Septentrion. Là se trouvait le Syrien Phanor, qui lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres !

- Tu n'as pas sept années de campagne ! répliqua d'une voix éteinte Adonirm.

- Le mot de passe !

- Jamais !"

Phanor, le maçon, lui enfonça son ciseau dans le flanc ; mais il ne put redoubler, car l'architecte du temple, réveillé par la douleur, vola comme un trait jusqu'à la porte d'Orient, pour échapper à ses assassins.

C'est là qu'Amrou le Phénicien, compagnon parmi les charpentiers, l'attendait pour lui crier à son tour :

"Si tu veux passer, livre-moi le mot de passe des maîtres.

- Ce n'est pas ainsi que je l'ai gagné, articula avec peine Adoniram épuisé ; demande-le à celui qui t'envoie."

Comme il s'efforçait de s'ouvrir un passage, Amrou lui plongea la pointe de son compas dans le coeur.

C'est en ce moment que l'orage éclata, signalé par un grand coup de tonnerre.

Adoniram était gisant sur le pavé, et son corps couvrait trois dalles. A ses pieds s'étaient réunis les meurtriers, se tenant par la main.

"Cet homme était grand, murmura Phanor.

-Il n'occupera pas dans la tombe un plus vaste espace que toi, dit Amrou.

- Que son sang retombe sur Soliman Ben-Daoud !

- Gémissons sur nous-mêmes, répliqua Méthousaël, nous possédons le secret du roi. Anéantissons la preuve du meurtre ; la pluie tombe ; la nuit est sans clarté ; Éblis nous protège. Entraînons ces restes loin de la ville, et confions-les à la terre."

Ils enveloppèrent donc le corps dans un long tablier de peau blanche, et, le soulevant dans leurs bras, ils descendirent sans bruit au bord du Cédron, se dirigeant vers un tertre solitaire situé au-delà du chemin de Béthanie. Comme ils y arrivaient, troublés et le frisson dans le coeur, ils se virent tout à coup en présence d'une escorte de cavaliers. Le crime est craintif, ils s'arrêterent ; les gens qui fuient sont timides... et c'est alors que la reine de Saba passa en silence devant des assassins épouvantés qui traînaient les restes de son époux Adoniram.

Ceux-ci allèrent plus loin et creusèrent un trou dans la terre qui recouvrit le corps de l'artiste. Après quoi Méthousaël, arrachant une jeune tige d'accacia, la planta dans le sol fraîchement labouré sous lequel reposait la victime.

Pendant ce temps-là, Balkis fuyait à travers les vallées ; la foudre déchirait les cieux, et Soliman dormait.

Sa plaie était plus cruelle, car il devait se réveiller. (...) le bruit du meurtre d'Adoniram s'étant répandu, le peuple soulevé demanda justice, et le roi ordonna que neuf maîtres justifiassent de la mort de l'artiste, en retrouvant son corps.

Il s'était passé dix-sept jours : les perquisitions aux alentours du temple avaient été stériles, et les maîtres parcouraient en vain les campagnes. L'un d'eux, accablé par la chaleur, ayant voulu, pour gravir plus aisément, s'accrocher à un rameau d'acacia d'où venait de s'envoler un oiseau brillant et inconnu, fut surpris de s'apercevoir que l'arbuste entier cédait sous sa main, et ne tenait point à la terre. Elle était récemment fouillée, et le maître étonné appela ses compagnons.

Aussitôt les neuf creusèrent avec leurs ongles et constatèrent la forme d'une fosse.

Alors l'un d'eux dit à ses frères :

"Les coupables sont peut-être des félons qui auront voulu arracher à Adoniram le mot de passe des maîtres. De crainte qu'ils n'y soient parvenus, ne serait-il pas prudent de le changer?

- Quel mot adopterons-nous ? objecta un autre.

- Si nous retrouvons là notre maître, repartit un troisième, la première parole qui sera prononcée par l'un de nous servira de mot de passe ; elle éternisera le souvenir de crime et du serment que nous faisons ici de le venger, nous et nos enfants, sur ses meurtriers, et leur postérité la plus reculée."

Le serment fut juré ; leurs mains s'unirent sur la fosse, et ils se reprirent à fouiller avec ardeur.

Le cadavre ayant été reconnu, un des maîtres le prit par un doigt, et la peau lui resta à la main ; il en fut de même pour un second ; un troisième le saisit par le poignet de la manière dont les maîtres en usent envers le compagnon, et la peau se sépara encore ; sur quoi il s'écria : MAKBÉNACH, qui signifie : LA CHAIR QUITTE LES OS.

Sur-le-champ ils convinrent que ce mot serait dorénavant le mot de maître et le cri de ralliement des vengeurs d'Adoniram, et la justice de Dieu a voulu que ce mot ait, durant des siècles, ameuté les peuples contre la lignée des rois.

Phanor, Amrou et Méthousaël avaient pris la fuite ; mais reconnus pour de faux frères, ils périrent de la main des ouvriers, dans les États de Maaca, roi du pays de Geth, où ils se cachaient sous les noms de Sterkin, d'Oterfut et de Hoben.

Néanmoins, les corporations, par une inspiration secrète, continuèrent toujours à poursuivre leur vengeance déçue, sur Abiram, ou le meurtrier... Et la postérité d'Adoniram resta sacrée pour eux ; car longtemps après ils juraient encore par les fils de la veuve, ainsi désignaient-ils les descendants d'Adoniram et de la reine de Saba.

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