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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

tombeau d'hiram

Publié le par Lurker
Publié dans : #Tombeau d'Hiram

hiram.jpg« Pourquoi celui qu'on cherche et qu'on pleure s'appelle-t-il ici

Osiris, plus loin Adonis,

plus loin Atys ? Et pourquoi une autre

clameur qui vient du fond de l'Asie cherche-t-elle aussi dans

les grottes mystérieuses les restes d'un dieu immolé ?

Une femme divinisée, mère, épouse ou amante, baigne de ses

larmes ce corps saignant et défiguré, victime d'un principe

hostile qui triomphe par sa mort mais qui sera vaincu un jour !

La victime céleste est représentée par le marbre ou la cire,

avec ses chairs ensanglantées, avec ses plaies vives, que les

fidèles viennent toucher et baiser pieusement. Mais le troisième

jour tout change : le corps a disparu, l'immortel s'est

révélé ; la joie succède aux pleurs ;

c'est la fête renouvelée de la jeunesse et du printemps ».

Gérard de Nerval – Isis

 

Toute vie est structurelle et tous les systèmes sociaux sont le reflet d’une certaine forme de perception humaine de cette structuralité. Plus la forme de vie est évoluée, plus elle a conscience d’agir au sein de son environnement, plus les structures sont complexes. Ainsi, quand l’intelligence, la pensée et la connaissance prennent possession de l’environnement pour en maitriser les contraintes jusqu’au point de donner l’impression que les dépendances se sont inversées, alors l’esprit prend le pas sur la crainte. La relation à l’inconnu peut devenir art et ce qui reste à découvrir peut prendre la forme rassurante de mythes et de rites. L’Art et la Religion sont des formes de maîtrise relationnelles entre le conscient et la structuralité qui domine nos pensées inconscientes. Les légendes du monde et leurs illustrations sont des formes de familiarisation de la réalité en vue de la rendre connue, proche, rassurante, aussi vieille que l'humanité. Les rituels que nous utilisons et les thèmes psychodramatiques qui en sont l’expression sont l’image des systèmes sociaux auxquels nous appartenons et de l’image qu’ils nous donnent de notre environnement et particulièrement de ses structures inconnues, et non l’inverse. La projection de cela dans les sociétés de sociabilité héritières d’anciennes formes de religions à mystères, qu’elles aient, ou non, été absorbées par la religion devenue dominante, comme c’est le cas pour la franc-maçonnerie a pour conséquence de laisser les questions posées et de constater qu’elles restent bien souvent sans réponse. Il en est ainsi de l’origine du Mythe d’Hiram tel qu’il se présente dans les cérémonies maçonniques. On peut l’associer au message messianique chrétien, mais il n’en reste pas moins que cette association demeure une conséquence et non un éclairage sur ses origines. La raison principale se trouve dans la nature même des rites maçonniques de maîtrise dont l’objet est de façonner les règles éthiques de la vie humaine et de ses relations avec la mort telle qu’elle est perçue par le groupe qui les pratique. La signification qu’on leur donne en général est d’aller chercher la Vérité dans les profondeurs et de la ramener à la surface par l’usage de différentes traditions édifiantes et régulatrices de l’ordre social à usage de l’ensemble du groupe. Les Constitutions des Francs-maçons diraient qu’elles encadrent les règles de « cette religion sur laquelle tous les hommes s’accordent ». Chaque rite pratiqué dans la constellation maçonnique a sa place et détermine son propre continuum espace-temps. Dans chacun d’eux, on retrouve néanmoins des caractéristiques communes à tous les récits qui l’ont précédé et qui mettent en scène un Dieu qui meurt, relevé de son tombeau.

Que cette divinité meure et soit relevé ne fait aucun doute et c’est une constante. Ce qui peut, cependant, être déterminant du message initiatique est la nature même de la divinité. En d’autres termes et pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle nous est contée. S’agit-il de l’exécution d’un Maître Architecte dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un Apprenti qui dépasserait le Maître. Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr et dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’une divinité majeure abattue en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance. Une image du « savoir absolu » portée par l’inconscient et reproduite comme élément agrégatif qui permettra à ceux qui intègrent ce mythe de comprendre le message et d’en matérialiser les secrets.

Ce « Dieu qui meurt » est, bien évidemment, dans une culture héritée du temps où les hommes devaient se confronter avec les éléments, l’amant de la Grande Déesse parce que le ventre de la Femme-Mère est aussi le centre de la Terre-Mère. Il est lié aux cycles et, particulièrement à ceux relatifs à la fécondité et la végétation, son existence et ses mythes sont rythmés par les mouvements de la Lune.

A l’évidence, son voyage au pays des morts, ses pérégrinations dans les profondeurs de la terre ont une signification éminemment sexuelle. Il faut concevoir la vie éternelle dans le ventre de la Mère. La mort et la relévation, la résurrection du Dieu n’est rien d’autre que l’affirmation des origines de la vie au cœur d’un lieu sombre par lequel tous les êtres sont passés. C’est dans cette matrice éternelle que les questions se posent aux âmes, à celles à venir comme à celles qui y sont retournées. Saint Augustin décrit ce séjour comme un lieu de patience : « Dans l'intervalle qui sépare la mort de la résurrection générale, les âmes résident dans un séjour mystérieux, séjour de repos ou de tourment, selon le sort qu'elles ont mérité lorsqu'elles étaient enfermées dans les liens du corps.1 », de la même manière, il souligne la réalité de la damnation par la privation de la vision de Dieu. Associé à la Lumière, l’Eternel enjoint à retourner vers elle, c'est-à-dire de sortir du gouffre. Mais, dans la mesure où la Mort ne saurait donner naissance à la Vie, la réincarnation ne saurait être autre chose qu’une image, qu’elle s’adresse à l’Architecte ou à tout un peuple, comme il sera rappelé durant les cérémonies de l’Arche Royal qui enseignent le retour de Babylone. Le mouvement de génération reste identique ; la claustration (forcée2ou volontaire) qui amène à la méditation, à la quête intérieure et, enfin, à la découverte qu’aucune évolution ne saurait être complète sans la vie. L’Eternel crée et l’Homme donne3.

 

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1 Saint Augustin, « de la Foi, Espérance et Charité » - Ch.CIX, « du séjour des âmes avant la résurrection ».

2 Psa 137

3 Eze. Ch. 37

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Publié le par Lurker
Publié dans : #Tombeau d'Hiram

 

Emmanuel Levinas1, dans son ouvrage « l’éthique et l’infini », déclarait que la « Connaissance est toujours une adéquation entre la pensée et ce qu’elle pense ». Comme un écho à cette affirmation, il est facile de constater que l’action divine se manifeste toujours en présence de la Foi. Cela se vérifie, que cette dernière soit l’objet d’une affirmation radicale ou expression d’un doute sur la nature du monde. Tout se déroule comme si la pensée humaine n’avait d’autre objet que de créer de la réalité là où elle n’est pas, et que celle-ci prenne corps ici et dans un autre temps.

Les Maîtres maçons s’identifient symboliquement au Maître légendaire Hiram et l’ensemble de la cérémonie d’élévation à ce grade rappelle que l’état de Maîtrise ne peut avoir d’existence que dans le cadre d’un cycle. Nous sommes Maîtres ici car nous avons été Apprentis ailleurs, même si le souvenir de cela reste assez obscur. Tout aussi bien, nous sommes encore Apprentis parce que l’on est toujours le débutant de l’étape suivante et que ce présent n’a pas d’existence fors l’illusion.

C’est dans les documents les plus anciens de la Franc-maçonnerie, le manuscrit « Cooke» de 1400 ou le « Dumfries n°4 » entre autres, qu’apparaît Hiram dans le paysage maçonnique au titre de « Maître maçon » alors que les plus anciennes traces de cérémonies du troisième degré n'apparaissent que dans les années 1726 dans les chroniques de la société « philomusicae » de Londres sur laquelle je reviendrai le mois prochain, soit ici, soit chez mes amis de l'APRT... suivez le web... Presque absent de la Bible, Hiram, dont le nom n’est mentionné que 19 fois, et encore, en faisant l’amalgame entre le Roi de Tyr et l’architecte du Temple reste le héros fondateur du mythe maçonnique et ce, de façon avérée depuis au moins 1730. Ce dernier ne se manifeste, pour la première fois que dans le premier livre des Rois, chapitre 7, verset 13. Le moins que l’on puisse dire est qu’Hiram ne joue pas un rôle majeur dans les écritures. C’est seulement vers 1727, dans le manuscrit « Wilkinson » que l’on aperçoit le « tombeau d’Hiram » pour la première fois. Le manuscrit « Graham » de 1726 nous offre à la même époque, le récit d’une « re-lévation » ( résurrection ) ritualisée du corps d’Hiram au moyen du « mot de Maître ». Ce document décrit comment Le Maître (entendez le Vénérable ) qui effectue cette « re-lévation » constate : « marrow in this bone », c’est à dire ; « la moelle est dans cet os ».

On le voit, Hiram et son tombeau offrent déjà un intéressant jeu de pistes historique tout autant que d’intéressantes questions. Pourquoi lui ?. Cependant, il est bon de se pencher sur la portée symbolique du mythe. Tout d’abord, qui est Hiram ? En répondant à cette question, on comprendra peut-être le pourquoi de sa « re-lévation ».

La Bible dit qu’Hiram est « le fils d’une Veuve de la tribu de Nephtali », et qu’il était rempli de « sagesse ( « Hokhmah » ), d’intelligence ( « Binah » ) et de science ( c’est à dire de Connaissance – La couronne - « Kether »)2. Un rapide examen de l’Arbre des Sephiroth nous permet de constater qu’il s’agit des Trois premières Sephiroth. Celles qui correspondraient au Vénérable, au Secrétaire et au Trésorier c’est à dire au sommet de l’arbre si les Loges de cette époques avaient été dessinées de la même manière qu’aujourd’hui.

Hiram représente, en Maçonnerie, le modèle mythique de l’Homme fait. Il est le complément, l’aboutissement de l’archétype Apprenti conçu pour exister mais, contrairement à ce dernier et par complémentarité, Hiram est créé pour mourir. Sa « re-lévation », sa résurrection prend alors un jour nouveau car il s’agit ici non seulement du cycle de vie ( HY ) céleste ( RAM ), qui descend sur le monde pour poser les fondations du Temple. Mais aussi de la nature même de la continuité de la Vie. Pour traduire en langage clair, de l’intelligence Humaine en charge de sa propre évolution, de sa propre amélioration. Ce qui parait logique puisque le Temple est le symbole de l’Homme.

Ainsi, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme enseveli dans le tombeau du corps et qui doit s’en libérer… ressusciter. L’image est assez messianique et si l’on ajoute qu’Hiram est bien souvent appelé Hiram Abi, que l’on constate que ce nom, Abi3, signifie « Mon Père », on peut alors traduire l’ensemble de cette partie du mythe par :

« Mon esprit est prisonnier de mon corps ».

L’Etre supérieur en l’Homme est donc prisonnier de son propre corps, comme d’un tombeau de chair. De la à penser que le Tombeau d’Hiram est son propre corps…. Dans le déroulement mythique décrit par le rituel, le Tombeau d’Hiram occupe chronologiquement deux places distinctes. Tout d’abord déposé à même le sol, quelque part à l’extérieur du Temple, son corps est transporté, sur l’ordre du Roi Salomon, dans le Saint des Saints où l’on construit pour lui une sépulture.

La place de ce second tombeau appelle deux remarques importantes. La première concerne sa position dans le Saint des Saints car ce lieu ne peut être rendu impur par la présence de corps morts, les règles du judaïsme étant ce qu’elles sont, il est impensable que le Roi Salomon ait pu, même une seconde, imaginer déposer un cadavre à cet endroit du Temple.

Ce point particulier du symbolisme de la Maîtrise semble indiquer clairement l’influence de la Kabbale chrétienne parmi les fondements de la maçonnerie4. Mais aussi, et plus fondamentalement dans le sens de notre analyse, cela semble indiquer que ce tombeau est vide. Hiram ayant été « relevé », sa présence n’est que symbolique. D’autre part, et je m’arrêterai là, il n’y a qu’un seul élément qui puisse ressembler à un tombeau dans le Saint des Saints….

Le constat d’un tombeau vide découlant de l’interdiction des corps morts, ou d’une enveloppe humaine laissée comme une peau5, si l’on n’aborde pas l’étude du contenu, reste la question de la « re-lèvation » d’Hiram.

On sait, par la pratique du rituel maçonnique, que le Maître fut ressuscité par l’accolade et plus particulièrement par le « Mot de Maître ». On pense alors aux rituels de mort et de résurrection pratiqués par la plupart des peuples et à l’issu desquels le « Maître » est censé laisser place à son élève, ressusciter dans son disciple par la transmission du « souffle porteur de vie6 ». Dans ces rituels le Maître « recouvre la vie » à travers l’Apprenti qu’il a choisi. Aujourd’hui, en franc-maçonnerie, ce sont des Compagnons qui jouent ce rôle, entendons, bien entendu, « les compagnons du Maître » le maintiennent debout par les cinq points de la perfection et les mots sont prononcés… alors le Maître ressuscite… matérialise l’égrégore du groupe, met des énergies en mouvement et ces énergies font acte. C’est alors que le « franc-maçon devient, par le fait de sa réception au troisième degré, le fils et le successeur d’Hiram7 ».

N’est ce pas le propre de ce qui est vivant que d’utiliser l’énergie pour la convertir, la transmuter ?

La pratique de la Maçonnerie matérialise la création de la vie en ce qu’elle permet de donner à l’Homme les outils de son évolution, qu’il choisisse ou non de les utiliser cela n’a que peu d’importance, nous sommes toujours dans la logique développée dans la première partie de cet exposé.

Ce n’est pas l’usage que l’on en fait qui permet l’existence des symboles, mais bien le contraire. Seule leur compréhension dépend de notre libre arbitre.

Mais, penchons nous quelque peu sur le contenu du Tombeau…

La symbolique maçonnique crée de la Vie en ce qu’elle décrit comme Mort l’absence de perspectives humaines, l’absence d’évolution. Si on craint la Mort, comment peut-on espérer ouvrir les yeux sur soi-même puisqu’on a même pas ouvert les yeux sur sa Vie ! Dès lors, la « peau » est vide, le tombeau est vide…

Cet état d’aveuglement est bien connu des orientaux pour ce qu’il laisse à penser que l’illusion, la Maya, est la réalité. L’Homme vivrait dans une caverne sur les murs de laquelle danseraient des ombres.

Nous allons voir que nous n’en sommes pas loin. Quel est donc le Mot qui a ressuscité Hiram ? Au rite Français il s’agit de « Mac Benach »8. Ce mot relève d’une pratique assez ancienne puisqu’il figure déjà dans un rituel de 17709. De nombreuses interprétations ont été avancées, notamment chez Thomas Payne10 ( 1737-1809) qui y voit une origine druidique par l’usage de termes celtiques qui voudraient dire « fils (mac) de la Veuve (Benac) ». Ou encore, depuis 1751, « La chair se sépare des os ».

Cependant, pour le développement qui nous occupe, on notera que Beneh signifie « engendrer » et Maq « putréfaction », il s’agit de revenir d’entre les Morts et, en termes alchimiques cela se rapporte au fait de « naître de la putréfaction » qui désigne une part du Grand Œuvre.

Nous pouvons alors compléter le message de résurrection par les actes du rituel : « Il ( Le Très Vénérable Maître ) s'approche du récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genou contre genou; de la main droite il lui embrasse le poignet de façon que les paumes des deux mains soient l'une contre l'autre et lui passe le bras gauche sous l'épaule gauche, ayant, par ce moyen l'estomac contre l'estomac, puis, avec l'aide des deux surveillants, il le relève et lui dit à l'oreille, en lui donnant l'accolade par trois fois les syllabes du mot Mac Benac. »

C’est bien la « relèvation » du corps qui porte libération et le « Mot », le souffle qui porte la vie, qui libère le prisonnier. Symboliquement parlant, le mouvement, tel qu’il est décrit et rappelle celui qui est Traditionnellement pratiqué dans la plupart des initiations. Dans tous les cas, le cinquième point s’effectue bouche contre bouche. On comprend bien, d’ailleurs, que la passation du souffle, de la Parole, représenté symboliquement par le « Mot », ne saurait s’effectuer autrement puisque c’est par la bouche que s’exprime la pensée humaine, « Parole du Maître », y compris quand celui-ci confie à un autre le soin de parler à sa place. La Parole est répétée et les mots sont ceux de l’autre indiqués par le rituel ou par les mots de l’Exode : « Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous indiquerai ce que vous devrez faire11. »

Mais, n’oublions pas notre Tombeau et l’hypothèse de son déplacement vers le Temple. Selon notre mythe fondateur, c’est après trois jours d’absence d’Hiram que le Roi Salomon le fit chercher par d’autres Maîtres de son entourage. Considérant que cette absence pouvait signifier la divulgation du Mot de Maître, il ordonne que le premier mot prononcé serait le Mot de Substitution, par cet acte, il efface la Parole Créatrice de la mémoire des hommes, les plongeant dans le silence. Lorsque les Maîtres eurent ramené le corps sans vie d’Hiram, « il fit faire un tombeau des plus superbes dans le sanctuaire et reprenant notre Maître par les cinq points de perfection, il le fit inhumer et mettre dans le cercueil faisant mettre une plaque d'or dessus où il fit graver l'ancien mot de Maître qui était « Jéhovah » et puis ils fit tendre sa chambre de deuil et voulut que l'on le portât dans tout son royaume12 ».

Cette mention datant de 1763 et précisant la nature de l’ancien mot est assez instructive dans la mesure où elle finit de rattacher la légende d’Hiram au mythe des origine. En effet, on sait qu’à cette époque le terme « Jehovah », souvent utilisé par les Rose-Croix13, se substituait au tétragramme. Rappelons nous que nous avions, un peu plus haut, parlé de l’Homme double, image de l’adéquation entre la « pensée » et « ce qu’elle pense », image d’une éthique qui prendrait la forme de l’équilibre. Comment cet « homme double » peut-il prendre place dans la « relèvation » dont nous parlons depuis un moment ?

Notre réalité, ce soir, est l’image sur les parois de la caverne ou les symboles sur les murs du Cabinet de réflexion. Les trois grade forment un cycle et le séjour d’Hiram au cœur de la Terre correspond au séjour du profane au cœur du cabinet de réflexion, il naîtra de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego. Cette image prend la forme d’un Mot : Mac Bénach, étrangement ressemblant à un autre : Makpélàh, la grotte du Mont Moriah, à Hebron, le Tombeau d’Abraham, lieu aujourd’hui interdit dans laquelle il est dit que le patriarche découvrit les tombes d’Adam et d’Eve14 et dont l’étude nous amènerait ici un peu trop loin15 et à d’autres grades, particulièrement ceux du REAA.

Tout nous ramène à la grotte, caverne d’où naît la vie et depuis laquelle elle se transmet, n’oublions pas que le Nom du Maître, Hiram, HRM, est aussi Hermès, le trois fois Maître, et comme le dit la Table d’Emeraude :« Le Père de tous les talismans du monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. ». Séparer le pur de l’impur forme l’œuvre alchimique, transformer le plomb en or est une part du cœur de l’œuvre, ainsi, de la putréfaction peut naître la Lumière… rien ne se perd, rien ne se crée… L’Homme qui fut initié Apprenti et qui devient Maître par le rituel d’ « exaltation » comprend qu’il était déjà un Maître mort a qui l’on a donné la Vie… que cette vie ne fait rien d’autre de lui qu’un Apprenti condamné au silence sur ce qu’il ignore… Tout n’est que symbole… et la Parole s’écrit… dans les langues sémitiques, seules les consonnes sont indiquées comme signifiantes, leur vocalisation indique seulement l’orientation du sens… ainsi HiRaM est aussi HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur »… Tout cela est cohérent, et laisse à penser que la seule chose qu’ait jamais contenu le Tombeau d’Hiram déposé au cœur du Temple ne contient rien d’autre que la « Vie ». Cela laisse aussi à penser que le cœur du Temple dont il est question n’est autre que le Cabinet de Réflexion dont chacun d’entre nous se souvient…mais si le Tombeau dont nous parlons est l’enveloppe vide d’Hiram et qu’aucun corps ne puisse être transporté à cet endroit, quel élément Salomon a-t-il pu amener dans le Saint des Saint sinon le Verbe, le « souffle » créateur de vie, la Parole dont on a, avec le temps, perdu le secret et qui ne doit être prononcée qu’à cet endroit par une seule personne… ? C’est peut-être pourquoi les gardiens doivent se taire…

 

 

1 Emmanuel LEVINAS in « Ethique et Infini » Livre de Poche, biblio essais n°4018, Paris 2000

2 1 Rois VII ; 14 – « c'était le fils d'une veuve de la tribu de Nephtali, mais son père était Tyrien, ouvrier en bronze. Il était plein d'habileté, d'adresse et de savoir pour exécuter tout travail de bronze. Il vint auprès du roi Salomon et il exécuta tous ses travaux. »

3 on remarquera ici que le mot ABI est composé d’un Aleph, un souffle, de la première lettre de la Bible, Beth, symbole de la matrice, du commencement et de Yod symbole de l’existence discontinue, de l’établissement ( voir la colonne Yakin ). L’image semble assez claire ; c’est bien le souffle du silence qui est à l’origine de la création.

4 Gershom Scholem définissait le rapport de la « Kabbale chrétienne » à la juive comme « malentendu productif ». Le même vaut, selon Andreas Kilcher, pour les premiers romantiques allemands, qui ont procédé à une transformation esthétique de la Kabbale, selon la célèbre formule arithmétique de Friedrich Schlegel : « Poésie = Magie = Kabbale + Alchimie ». Ainsi, l’idée kabbalistique de l’écriture est perçue comme « matérialité immatérielle » aux propriétés magiques par les romantiques, il en tirent une analogie avec leur propre discours sur la puissance créatrice de l’imagination poétique.

Cette forme d’appréhension de la Kabbale relève essentiellement d’un usage des chiffres et des lettres permettant d’affirmer la primauté du culte chrétien ; la guématria, celle-ci permettant de donner les clefs de la Création et des écritures. Bien évidemment l’usage des principes de la guématria s’adapte au Nouveau Testament dont les sources sont grecques et des liens arythmologiques ont été institués sur les bases de cet alphabet, alors que la Kabbale reste liée au texte original de la Bible en Hébreu.

 

Cet usage systématique de la Kabbale Chrétienne par les fondateurs de l’Ordre maçonnique a en outre l’avantage de faire mieux comprendre les dispositions des Constituions d’Anderson concernant l’obligation, pour un Franc-Maçon, de pratiquer la religion sur laquelle tous les peuples sont d’accord.

 

5 « Yahvé Dieu fit à l'homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. » Gn 3, 21. Le mot utilisé est OWR qui signifie « peau », « cuir », mais aussi « se réveiller » dans le sens de prendre son courage, cela peut indiquer que YHVH a doté l’Homme et la Femme de courage avant de constater qu’il a découvert les réalités de sa nature profonde par l’accès aux notions de bien et de mal. Néanmoins, si cela nous éclaire sur le contenant, reste à déterminer la nature du contenu.

6 Ruah – Pneuma, la transmission du mot est ici clairement la répétition de la Création, c’est par le souffle ( Ruah ) que l’Eternel crée le Monde, c’est ce même souffle qui donne la vie. C’est pourquoi tant que le souffle, le « mot » n’est pas transmis, tant que la résurrection n’est pas opérée, il ne peut y avoir de vie ( Cf. Evangile de Philippe – Trad. Jean-Yves Leloup )

7 F-H Delaulnay, Tuileur des Trente trois degrés de l’écossisme, Paris 1821

8 Sans en ignorer l’existence, il n’est pas question d’approfondir ici le Mot « Moa Bon » don’t une variation hébraïque « Mah Haboneh », « Makabone » signifie « Qu’est l’Architecte ? ». Delaulnay ( op. cit.), au début du XIXe affirmait que le véritable sens de ce mot était « a patre », c’est à dire « du Père » ce qui ne contredit en rien notre développement.

9 Le mot de maître avait été perdu et ce n’est que phonétiquement et approximativement que celui-ci fut réactualisé sous sa forme altérée de Mac Benach ( au lieu de Marrow Bone – os à moelle - du nom des marrow men – hommes à moelle - qui pratiquaient le Rite ). A ceci près que le culte zoroastrien du feu permanent ( et dont Newton espéra son renouveau ) pu voir le jour augmenté des apports de l’herméneutique biblique, notamment celle relative aux passages de St-Jean sur la signification eschatologique de la lumière.

10 T. Payne, De l’origine de la Franc Maçonnerie

11 Ex 4 ; 15

12 Rituel du Marquis de Gages 1763 ( Bibliothèque Nationale, fonds maçonnique Ms. FM79 )

13 Les derniers mots des « Fama Fraternitatis » ou « échos de la fraternité » des Rose-Croix ( 1614) sont « sub umbra alarum tuarum Jehovah » ce qui signifie : « A l’ombre de tes ailes, Jéhovah »

14 Cf. Pirké de Rabbi Eliezer - Les Chapitres (ou Pirqé) de Rabbi Éliézer constituent une importante somme de commentaires midrachiques se rapportant surtout aux Livres de la Genèse et de l’Exode.- Traduit de l’hébreu par Éric Smilévitch et Marc-Alain Ouaknin Ed Verdier 1983

15 En effet, il s’agit aussi de la grotte dans laquelle se trouve le tombeau de Christian Rozencreutz et qui est décrite dans la « Fama Fraternitatis » « Au matin, nous ouvrîmes la porte et une crypte apparut, de sept côtés et angles, chaque côté mesurant cinq pieds sur huit de hauteur. Cet hypogée, bien que jamais éclairé par le soleil, était clairement illuminé grâce à un autre (soleil) qui en avait été instruit par lui et qui se trouvait en haut, au centre de la voûte. Au milieu, en guise de pierre tombale, avait été placé un autel circulaire avec une plaquette de laiton portant l’inscription suivante : A.C.R.C. Hoc universi compendium vivus mihi sepulcrum feci. »

 

 

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"La parole sacrée, est celle que je vous ai donnée à l'oreille en vous
relevant; on la donne en recevant et donnant l'accolade en trois
temps, une syllabe à chaque temps: elle signifie,
la chair quitte, les os."

Régulateur du Maçon. Heredon VL 5802

pilier-serpent-Saint-Victor.jpg« Moabon » est  bien connu des Maîtres Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce mot peut avoir plusieurs significations et l'une de celles qui lui sont attribuées est « le fils du Père ». Il n’est pas question d’en faire le tour ici, mais de souligner un petit élément qui peut être intéressant au chercheur qui étudie les Ecritures.

On sait que Moabon est donné en substitution du Mot perdu et que les instants durant lesquels il est prononcé sont particulièrement importants dans la cérémonie dans la mesure où il est admis que sa prononciation  est liée et conditionne la relévation.

Dans la Légende d’Hiram, on sait que celui ci vient de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites et qu’il est fils d’une Veuve. Voyons et décortiquons ces quelques informations et surtout, replaçons en quelques éléments dans le contexte vétéro-testamentaire dont on connaît l’importance dans nos rituels.

 Ab ( Aleph – Beth ) signifie « Père » dans le sens de qui détient la source patrimoniale. C’est ce même mot qui devient « Abi » pour désigner 'Hiram. Moab est une forme prolongée de Abi par l’adjonction du préfixe « M’ » qui ajoute une conception qui signifie « issu du propre Père de sa Mère ». De fait, cela se rapporte bien à l’acte qui est à l’origine de cette naissance ; le rapport incestueux des filles de Loth d’où est né Moab. Il est bon, aussi, de noter que Loth, qui a fuit Sodome avant sa destruction est « exilé » dans une grotte et qu’il disparaît après l’acte incestueux. On ne parle plus de lui après Gen. 19. Ce qui laisse à penser qu’il aurait terminé sa vie dans cette grotte, oublié de tous et oublié de Dieu. Le texte biblique laisse entendre qu’il aurait terminé ses jours dans l’abandon, la fuite de Sodome n’aurait pas été salvatrice, son conflit avec Dieu s’est aggravé. La punition de l’Eternel n’est pas la Mort mais l’ignorance, l’abandon de l’âme. Cette ignorance de l'Eternel a un objet précis, la continuité de l'Histoire. Loth ne sert plus les desseins de l'Eternel, ce sera sa descendance qui portera le message divin malgré lui. Contrairement à son épouse, Loth n’est pas torturé par son passé au point de s’en sentir prisonnier, il ne s’est pas retourné pour faire face à une destinée écrite, comme s’il subissait, pour sa part, une plus grande culpabilité muée en individualisme. Il sera contraint d'assumer l'avenir. Sa mort, son abandon fait des enfants de ses filles des enfants sans Père, des fils de veuves en quelque sorte. La punition est d’ailleurs ambiguë car elle s’adresse à Moab, le fils de l’aînée qui devient le « fils de sa Mère issu du Père », c’est à dire l’enfant de l’inceste. Alors que l’autre fils Ben Ammi, « Le fils de Mon Peuple », père des Ammonites ne sera pas désigné de la même manière infamante, comme si l’acte d’inceste n’était condamnable que pour la fille aînée, comme si l’on considérait que le fait d’avoir imité sa sœur dédouanait la plus jeune fille de la faute.  C'est sur cette faute que s'appuie l'interdit formel pour les enfants d'Israël d'épouser des Moabites en expiation de l'époque durant laquelle ils habitèrent dans la vallée des Acacias et adoptèrent le culte de Baal-Peor ainsi que les pratiques impures auxquelles ils se livrèrent avec les filles du pays ( Nb 25 ; 1-3 ). Sur la colère de l'Eternel et ses conséquences, l’Ecriture semble quelque peu ambigüe. Il semble bien que nous soyons en présence d’au moins deux éléments qui permettent de penser à une certaine mansuétude de l’Eternel dans la mesure où, contrairement aux Interdits formulés, Ruth, Moabite, offre, de par son mariage avec Boaz, un élément de la lignée de David, donc, de Jésus. Et, second élément, celui de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites d’où est issu ‘Hiram « Abi ». La colère et l’abandon sont donc deux éléments de cette histoire, comme la vengeance sera l’un des éléments de l’histoire mythique des hauts grades…

Le pays de Moab est donc, pour la Genèse, d’une part, un pays né de l’inceste, mais aussi, par extension, celui où les femmes mauvaises dominent. Il y a ici un lien avec un autre symbole maçonnique très fort : l’Acacia. En effet, l'Ecriture s’attarde sur les débauches du peuple d'Israël au pays de Moab, dans la vallée de Cithim qui est le nom de l’Acacia. On notera au passage que ce mot, Cithim et d’orthographe hébraïque identique à Shittim, qui signifie aussi acacia. La mutation capitulaire de « SH » à « CE » n’est pas anodine puisqu’elle est identique à celle de Schibboleth. D’autre part, Shittim est un pluriel, celui de « shithah » qui veut dire approximativement « le feu du savoir caché ». relever ‘Hiram par les cinq point de la Maîtrise aurait donc pour signification « le feu marche avec moi ».
Mais, là n’est pas la question.

Si les descendants d’Hiram Abi viennent de la vallée du Shithim, alors, il est naturel que cet arbre soit celui qui ait fourni la branche posée sur sa tombe, et il n’est pas surprenant que celui qui est né à Moab soit aussi celui qui bâtit le Temple de l’Eternel pour les mêmes raisons que l’Eternel exige que le bois d’acacia qui servit à bâtir les hôtels du Veau d’Or dans le Sinaï et ceux de Baal des filles de Moab.

« Moabon » est, de ce fait, lié à l’Acacia par l’étymologie du nom et indiquerait, au moment où il est prononcé dans le rituel, c’est à dire à la relévation d’Hiram, une forte dominante de l'ambivalence propre aux conflits entre les forces contraires dont l'énergie est souvent mise à l'épreuve. Les forces contraires sont généralement vouées à la perte à l’exception des instants où elles sont imbriquées dans les desseins de l’Eternel. Ici, il est bien évident que symboliquement, Moab est protégé par sa condamnation et que cette protection a pour objet de le contraindre à offrir sa lignée au rédempteur. Tout autant que l'acacia lui-même protège la Loi, conservée dans l'arche, la Loi qui est la source du Message. L'acacia comme Moabon est donc, en quelque sorte, l’image du libre choix et de la connaissance, du libre-arbitre de l'homme, le « connais-toi toi-même » qu'il y a lieu de protéger.


Concernant les mots et particulièrement les substitutions, un de nos FF lecteur a attiré mon attention sur le mot GABAON qui est utilisé dans les rituels anglo-saxon de type York et Emulation durant la cérémonie d'ouverture de la Loge des Maitres Intallés. Sans entrer dans le détail, ce mot fait référence à la "place élevée" où fut scellée l'Alliance. Sur ce point "élevé" je renvoie les intéressés aux Rituels des Nautoniers de l'Arche Royal et à  l'Arche Royale et pour le reste, et bien je vais laisser la Parole à Albert Galatin MacKey, sortez vos dicos ( cela va faire plaisir à mes lecteur anglicistes ) :
Le lien est le suivant : Encyclopedia of freemasonry and its kindred sciences by Albert G. MacKey M.D.

GABAON
A significant word in the advanced Degrees. Oliver says (Landmarks i, 335), "in philosophical Masonry, heaven, or, more correctly speaking, the third heaven, is denominated Mount Gabaon, which is feigned to be accessible only by the seven degrees that compose the winding staircase. These are the degrees terminating in the Royal Arch." Gabaon is defined to signify a high place. It is the Septuagint and Vulgate form of lip::, Gibeon, which was the city in which the tabernacle was stationed during the reigns of David and Solomon. The word means a city built on a hill, and is referred to in Second Chronicles (i, 3). "So Solomon, and all the congregation with him, went to the high place that was at Gibeon; for there was the tabernacle of the congregation of God." In a ritual, middle of the eighteenth century, it is said that Gabanon is the name of a Master Mason. This word is a striking evidence of the changes which Hebrew words have undergone in their transmission to Masonic ceremonies, and of the almost impossibility of tracing them to their proper root. It would seem difficult to find a connection between Gabanon and any known Hebrew word. But if we refer to Guillemain's Ritual of Adonhiramite Masonry (page 95) we will find the following passage:
"How is a Master called?
Gabaon, which is the name of the place where the Israelites deposited the ark in the time of trouble.
What does this signify?
That the heart of a Mason ought to be pure enough to be a temple suitable for God."
There is abundant internal evidence that these two rituals came from a common source, and that Gabaon is a French distortion, as Gabanon is an English one, of some unknown word connected, however, with the Ark of the Covenant as the place where that article was deposited. Now, we learn from the Jewish records that the Philistines, who had captured the ark, deposited it "in the house of Abinadab that was in Gibeah;" and that David, subsequently recapturing it, carried it to Jerusalem, but left the tabernacle at Gibeon. The ritualist did not remember that the tabernacle at Gibeon was without the ark, but supposed that it was still in that sacred shrine. Hence Gabaon or Gabanon must have been corrupted from either Gibeah or Gibeon, because the ark was considered to be at some time in both places. But Gibeon had already been corrupted by the Septuagint and the Vulgate versions into Gabaon; and this undoubtedly is the word from which Gabanon is derived, through either the Septuagint or the Vulgate, or perhaps from Josephus, who calls it Gabao.



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Publié le par Lurker
Publié dans : #Tombeau d'Hiram
Note.
Cet article ne concerne pas les signes du rite Emulation.


l y a trois signes de Maître Maçon: le Signe ordinaire, le Signe d'horreur et le Signe de détresse ou de secours. C’est sur le signe ordinaire, ou « signe d’ordre » que porteront les lignes qui suivent. On ne s’appesantira pas sur le fantasme du geste protecteur car on s’aperçoit très vite qu’une telle symbolique tournerait au ridicule.

La principale difficulté d’analyse provient manifestement du fait qu’à partir de ce grade, la symbolique n'est plus orientée vers la réalisation de signes et attouchement présentés comme supports dont la forme détermine la construction de schémas visuels, mais repose sur le principe de substitution.

L'appréhension de l'altérité comme élément fondamental d'équilibre. On passe de l'immanence du Verbe à sa possibilité de sa réalisation, voire, d’une Création par substitution.

Au Grade de Maître, l'énergie principielle devient énergie créatrice et pour cela, elle a besoin d'un vecteur stable

Si nous restons persuadé de la logique générale du symbolisme il reste cependant nécessaire de se poser, en permanence, la question fondamentale de l'utilité pédagogique du système. Que peut enseigner l’art du geste dans une structure essentiellement tournée vers la Cabale Chrétienne et l’Alchimie ? Peut-être faut-il se tourner vers une certaine forme appliquée de communication non verbale, un constat d’usage du silence qui permettrait d’orienter la réflexion vers la signification particulière du signe dans un thesaurus sémantique. Cette option de recherche se vérifie dès lors que l'on consulte les auteurs sur la symbolique au grade de Maître. En effet, il n’est que Jules Boucher pour décrire le geste et offrir au lecteur une version plausible de son interprétation, de même, il s’attarde à préciser certaines différences de pratique entre les Rites Français et Ecossais, à savoir que « Le Signe ordinaire consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au rite écossais, on pose la main à plat,. au rite français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche. Ce signe correspond au troisième Chakra. Son nom: Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau. » Le signe, continue-t-il, se fait, au rite français, en retirant la main et en la laissant retomber pour former l'équerre. Au rite écossais, il se combine avec le Signe d'horreur mais le geste reste dans la même dynamique combinatoire. On verra plus loin que cet enchaînement a essentiellement pour effet de chasser l'énergie loin du corps.

Jules BOUCHER in ( La Symbolique Maçonnique ) Editions Dervy Livres - Paris 1981 - page 327

Pour comprendre la réalisation du signe d'ordre, il est absolument nécessaire de quitter le chemin historique de la maçonnerie pour entrer dans sa part occulte même si, parfois, celle-ci explique celle-là. Cette forme ésotérique a été très fortement développée à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, tant par les théosophes que par les occultistes comme Oswald Wirth ou René Guénon et largement développée chez les théosophes issus du Droit Humain comme Annie Besant ou Charles W. Leadbetter. On se souviendra aussi de la difficulté toujours actuelle à trouver une quelconque mention du grade de Maître avant 1723. Du moins, aucune mention sous la forme que nous lui connaissons actuellement, c’est à dire avec la description du mythe d’Hiram et, même si l'on peut considérer que les jésuites aient pu ramener de leurs implantations diverses en orient les principes fondamentaux permettant de comprendre le mouvement des énergies et les rapports de l'homme avec l'univers selon les traditions chinoises ou indiennes, aucun document sérieux n'indique que cet apport ait pu trouver sa place de manière cohérente dans le thesaurus maçonnique avant la fin du 19ème siècle.

Pour d’autres rites, tels, Emulation ou York, les cérémonies s'effectuent avec des déplacement en Loge sans rappel de signe particuliers. Si l’on accrédite l’ancienneté de ces Rites, où, du moins l’ancienneté de leurs source puisqu’Emulation n’a été codifié qu’au XIXème siècle, cela pourrait confirmer un apport tardif et du mythe, et du signe. D'autre part. il reste important de noter que, si un signe avait été effectué durant la dernière moitier du XVIIIème siècle au sein de la franc-maçonnerie qui s'installa sur le continent, il l’eut été selon la  mode des « moderns », c'est à dire selon les formes les plus pratiquées encore aujourd'hui sur le continent, soit : Français,, REAA ( ne jamais se laisser avoir par le nom donné au Rite, une rapide lecture du Rituel et des manuscrits Franken de 1772 ne laissent aucun doute ), y compris MM, dans la mesure où les rites anglais ne pratiquent pas le signe de cette manière. et qu'il a fallu attendre le Union Act et la création d'Emulation pour "découvrir" les pratiques des "ancients".

Ces constats et questionnements ne retirent rien, bien entendu, à la cohésion du symbole, pas plus qu'à ses rapports avec une dynamique ritualisée permettant le mouvement des fluides. Mais cela montre assez bien la difficulté à retracer l’origine des processus rituels et même si l’on peut admettre son affiliation à une tradition humaine très ancienne ( Egypte ou Eleusis), il est fortement probable que les constructions actuelles n'ont été bâties à l'intérieur de la fraternité que très récemment et probablement construit à partir de la philosophie occulte de l’époque élisabéthaine et de l’illuminisme rhénan XVIIème siècle dont on sait qu'ils furent probablement aux fondement de la franc-maçonnerie spéculative. Mais, à cette époque, il y, a bien souvent, une nuance importante entre la recherche et la démonstration. De cela, on peut déduire que si l'on excepte l'illuminisme européen des années 1600 et l'extraordinaire mouvement qui vit naître à la fois la Réforme et les grandes utopies qui serviront de support aux Lumière du siècle suivant, il faudra attendre les occultistes comme Papus et Leadbeater pour théoriser nommément la maçonnerie symbolique et lui donner des cadres hors de la chrétienté du Rite Ecossais Rectifié afin de lui définir une réelle place au sein d’une forme d’ésotérique chrétien cohérente.

Mais, revenons à la description du signe des "moderns" dont Jules Boucher indique qu’il fait référence aux Chakras et particulièrement au troisième : "Manipura".

Que sont les Chakras ?

Le mot provient du sanscrit et signifie « roue ». En fait, cette roue ressemble plus à un « nœud » qu’à autre chose dans la mesure où il s’agit d’un carrefour reliant les différentes lignes de forces présentes dans le corps. L'énergie du corps se transmet depuis le bas vers le haut et se divise principalement en trois branches dès lors qu'elle est activée Ces trois courants de vie qui courent le long de la moelle épinière sont nommes: Idâ et Pingala par les hindous et ont pour correspondance analogique les colonnes B et J, le Solve et le Coagula, l'énergie yin et yang, le soleil et la lune, « ceci et cela ».

Le premier grade de la franc-maçonnerie, par son signe, et son symbolisme, stimule Idà, l'aspect féminin de l'énergie, permettant ainsi à l’adepte de maîtriser plus facilement ses passions et son émotion Pingalà ou aspect masculin se trouve renforcé dans le deuxième grade. Il a pour vocation principale d'ouvrir le chemin à l'influence de l'esprit venu d'en haut, de permettre au « pneuma » des alchimistes de « voyager », d’élaborer avant de construire.

Le troisième grade, quand à lui, actionne le support fixe de l'énergie, celuI qui correspond au tube central de l'épine dorsal que les hindous appellent Soussoumnâ et qui est bien souvent représenté par un caducée. C’est le tuteur autour duquel circulent les énergies doubles et qui permet d'ouvrir son esprit à l'énergie venue d'en haut. Rien de tout cela n’est vraiment surprenant, ni même en contradiction avec la circulation de la parole en Loge, pas plus qu'avec les moyens symboliques mis en œuvre afin de construire une égrégore.

Cf. « Le côté occulte de la franc-maçonnerie » de Charles Webster Leadbeater, ou bien « L'homme et ses corps » de Annie Besant

Ce qui reste plus sujet à questionnement est la précision avec laquelle les geste sont codifiées. Il n'est pas question ici de prolonger le signe du Maître, comme cela se pratique au Rite Ecossais Ancien et Accepté, par un signe d'horreur, mais bien de le considérer seul comme la continuité logique de celui du grade d'apprenti et de compagnon.

Quels sont les Centres atteints par l'exercice des signes? Le cinquième Chakra, correspondant à la partie du corps sur laquelle se pose la main droite au grade d’Apprenti, le quatrième Chakra, saisi par cette même main lors du signe au grade de Compagnon, et, enfin, le troisième Chakra, pointé, encoure par la main droite, au grade de Maître. Ces trois centres sont exactement ceux qui interviennent dans la construction de la personnalité.

Le Manipura, centre solaire correspondant au signe de Maître, est, depuis très longtemps considéré par la tradition orientale, comme l'un des plus importants sans toutefois être l'un des centres majeurs.

L'énergie du chakra solaire est une force émotionnelle fortement influencée par les désirs et les sensations tactiles. Il correspond, en grande partie, aux réactions animales et il est directement relié au centre cardiaque, au thymus et au centre frontal. On constate donc qu'après avoir fait descendre l'énergie spirituelle à la rencontre de la source par les signes du premier et second grade, la préoccupation du Maître sera, maintenant, d'équilibrer, de maîtriser ses passions et de les rendre compatible à son environnement. Il sait qu'il demeure homme et que ses pulsions sont primordiales à son équilibre, reste maintenant à confirmer la mort du « Vieil Homme », conforter la substitution ce qu'il est devenu pour faire face à ce qu'il était.

La conjonction est parfaite avec la symbolique de substitution du verbe, de la Mort renaissance et du recul vers le centre de la terre face aux menaces des trois compagnons. La dualité longuement travaillée dans les deux premiers grades devient, par la création du support central, altérité et concrétisation ternaire.

On s'aperçoit alors, même si l’âge donné du Grade est 7, que l'étude du signe nous donne des éclaircissements importants sur le ternaire, comme si les deux trinités unifiées étaient le fondement même de la finitude de l’Homme.

Trois est le fruit de Deux ( comme le sont les vaisseaux d'énergie libérés) dans sa phase opératoire; les deux pôles se tournent l'un vers l'autre pour agir. Trois établit donc la médiation comme je l'ai dit plus haut, il est la force relationnelle qui unit le Père et la Mère et qui produit la génération. Trois représente la potentialité dans la mesure où tout nombre impair exprime une idée de concentration, de plénitude de l'énergie au sein d'une structure condensée à l'inverse des nombres pairs qui induisent une idée de division, de diffusion.

Entre le Ciel et la Terre il est un vide médian peuplé de l'ensemble du Monde; dans le ternaire Ciel-Terre-Homme, le troisième terme indique la notion de multitude et ce terme nous replace dans la situation des versets 27 à 29 du 8ème chapitre des Proverbes.

On appelle « intervalle » la différence de hauteur entre deux notes de musique. L’intervalle se calcule toujours « notes incluses ». On distingue les intervalles simples : unisson, seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septième et octave, des intervalles redoublés qui dépassent l’octave ( neuvième ).
Les intervalles sont classés en intervalles « justes », conformes à la résonance naturelle comme l’octave, la quinte, la quarte, et en intervalles majeurs ou mineurs conformes aux résonances harmoniques.

Les trois foyers…

Les trois foyers représentent, pour les occidentaux, les trois éléments principaux de la physiologie humaine et ce, pratiquement depuis l'origine de la médecine moderne.

Ce sont : la respiration - circulation, la digestion - assimilation et l'élimination, la reproduction. Dans ce cas, parler du triple foyer revient à parler de la physiologie dans son ensemble.

Si l’on tient compte de la différenciation des différentes traditions pour lesquelles l'homme a toujours été influencé par le haut, le ciel ( énergies externes) et par le bas, la terre ( énergies internes ), nous avons bien la confirmation que le chiffre 3 représente la base de l'idée d'existence: le ciel, l'homme, la terre.

Les gestes effectués en franc-maçonnerie l'indiquent clairement. Depuis son initiation, le franc-maçon est fils de la Terre, Gaya cette veuve qui engendra seule, Ouranos, le Ciel, et l'ensemble de l'énergie qu'il lui est possible de déployer vient de l'influence d'une circulation verticale de bas en haut.
Il est important que l'apprenti apprenne, par le silence, à bloquer cette énergie au niveau du larynx. De même, le Compagnon, dans sa quête, doit s'assurer du bon rayonnement solaire des deux pôles autour de leur axe par l’exécution d’un voyage spiralé souvent symbolisé par un labyrinthe. Le Maître contrôle le flux reproducteur et la diffusion des polarités. C'est pourquoi on peut généralement constater que les sens de lecture et de développement des forces dont il est question dans les représentations symbolique s'effectue du bas vers le haut et que cette lecture, lorsqu'elle est ramenée à l'homme, prend le chemin inverse.

Nous pensons toujours que notre tête est l'élément fondamental de notre existence alors qu'elle n'est que son point de libération. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen. le cœur et la gorge. Cela offre bien l'image physique de l'assimilation énergétique ( feu par friction ), de l'assimilation physique ( feu solaire) et de la reproduction ( feu lunaire), ces trois feux sont désignés par l’astrologie comme le Bélier ( Amon - Père et source de toute chose ), le Lion ( Logos solaire, le fils, l’Apôtre, celui qui voyage au loin ) et le Sagittaire ( la flèche du Saint-Esprit, l’Amen  qui finit la boucle ).

L'hiver, le feu intérieur est en relation avec la gestation, la graine jusqu’à son éclosion printanière. Le feu moyen intermédiaire va croître jusqu’à son extériorisation solaire maximum, puis il s'estompera à partir du solstice d'été. Les trois feux vont alors s'exprimer selon les quatre éléments pour donner naissance au zodiaque tel que nous le connaissons.

Le premier Chakra visité est l'omphalos, le Centre, associé en tant que pôle au Centre du Monde, l'autre pôle étant le cœur. Ce dernier, représenté comme une fleur à douze pétales, est associé à l'Etre ; le compagnon fait celui dont la quête devient mouvante, comme celle des chevaliers de la table ronde dont on sait qu'ils étaient douze autour du Roi Arthur, fils du dragon.

Le nom du Père d'Arthur est Uter Pendragon. Pen-dragon signifie «tête de dragon», la « caput draconis » est la partie qui correspond à la naissance du cycle des lunaisons. La légende d'Arthur précise que son Père Uter a bâti « Caer Leon » ( La forteresse du Lion ) après avoir abattu une tour fortifiée au pied de laquelle sommeillaient deux dragons ( l’ascendant et le descendant lunaires ), l'un blanc et l'autre rouge. Les dragons blancs et rouges sont aussi la représentation symbolique des Yin et Yang.


Messager de son devenir, l'homme porte sur son corps la promesse de son universalité. Au cœur de son être est le « plexus solaire ». Cette affirmation de Lumière qui détermine le point de rayonnement l’être a traversé les âges et les traditions. Pour les hindouistes, la montée de la Kundalini jusqu’au centre permet d’ouvrir la roue de l’ombilic puis celle du cœur. Pour les francs-maçons dont les pratiques trouvent bien souvent leur justification chez les érudits du XVIIème siècle, les signes prennent alors tout leur sens.



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