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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

Publié le par Lurker
Publié dans : #Miscellanées
« Nous sommes semblables à des nains assis sur des épaules de géants. Nous voyons davantage de choses que les anciens, et de plus lointaines, mais ce n’est point grâce a l’acuité de notre vue ou à la hauteur de notre taille. C’est parce qu’ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque »
Bernard de Chartres – Epistola XCII ( XIIème siècle )

J'aime assez les écrits de notre F:. Dominique pour ce qu'il m'apprennent tout autant pour ce qu'il sait faire et dont j'ignore l'art, c'est à dire tenir chronique. Ce qu'il appelle modestement "résumer" un article. Nous sommes d'obédience différente et de croyances très probablement différentes, mais cela ne pose pas de problèmes fondamentaux sur la qualité de nos échanges. Pourquoi je précise cela ? Tout simplement parce que ce qui va suivre s'adresse plus naturellement à notre F Reichen, auteur de l'article d'origine, qu'à Dominique. Pour ces raisons, je ne saurai trop recommander de lire l'article de Dominique S. "Cette religion dont tous les hommes conviennent"( d'après un article de Charles-Albert Reichen parru dans Renaissance Traditionnelle n°38, d'Avril 1979 ) et que l'on peut aisément trouver sur le blog de l'APRT. Bien entendu, mon texte n'est en aucune manière une forme de réponse et ne doit être pris que pour ce qu'il est, c'est à dire, quelques notes sur le sujet.
http://aprt.skyrock.com/21.html


Tout d'abord, je pense que l'étude de l'histoire de la franc-maçonnerie, particulièrement celle de la "paléo-maçonnerie" ne peut s'affranchir de deux questions fondamentales quant aux développements qui furent les siens, hormis, bien entendu les contextes historiques qui ont eu plus que largement leur place. Mais ces questions les contiennent aussi…

La première est celle des Culdées, ordres monastiques des "serviteurs de Dieu" principalement installées en Ecosse et en Irlande et que les anciens manuscrit des ces contrées nomment "Coeli De", c'est à dire le "Ciel de Dieu", que l'on a parfois traduit par "conscience divine", souvent synonyme de "perfection religieuse" et dont on oublie souvent de préciser que leurs évêques étaient, lors des événements contemporains de la fameuse bataille de Bannockburn, non seulement alliés à Robert the Bruce et aux « Stewards » mais, de plus, excommuniés depuis fort longtemps au motif de refus de se plier aux dictats de l'Eglise. Le fait qu'ils étaient tous d'anciens druides est d'ailleurs très certainement  à l'origine et de leur comportement et de leur excomunication.

On oublie tout aussi bien que dans ce bas latin fort en usage à cette époque, le ventre, l'intérieur de l'Homme, l'image faite chair de la divinité, ses entrailles s'appelaient aussi "coeleus", ce qui indiquerait quelques pistes en ce qui concerne certaines pratiques résurgentes de l'ancien monde qu’il serait ici trop long de développer... les "coeli De" seraient-ils les "entrailles de Dieu" ? Le ventre, la fournaise de la Création ?

La seconde question est la suivante : comment un Homme, fut-il architecte, totalement inconnu des sempiternels écrits de Saint Jean revendiqués par tout ce qui s'accroche, en France et ailleurs, à la maçonnerie chrétienne pure et dure, et dont le nom n’apparaît que 4 fois dans seulement 4 versets du premier Livre des Rois ( c'est à dire une mention ridicule ) peut-il être le héros légendaire, référent rituel ?

Comment a-t-on pu, dans un contexte rigoureusement chrétien et à partir d'un thésaurus totalement étranger à la Bible, ancien et nouveau testament, bâtir une telle pyramide de célébrations rituelles en ce qui le concerne... peut-il être, dis-je, le Personnage Principal, le Héros fondateur d’une société intellectuelle qui enflammera l’Europe des Lumières ?

Bien entendu, un flot constant d’auteurs maçonniques établiront à partir de la fin du dix neuvième siècle et jusqu’à très récemment, qu’Hiram n’est autre que l’allégorie de Jésus Christ… soit… mais alors, quel besoin avaient les fondateurs de la maçonnerie de créer un autre mythe sur le socle de celui qu'ils possédaient déjà s’ils étaient à ce point chrétiens ?

A moins que ce mythe n'existât déjà ?

Le Mythe d'Hiram n'apparaît avec certitude en maçonnerie qu'à partir des années 1730, mais cette certitude se heurte aux présupposés de la déclaration d’historicité récente et à laquelle le F Reichen ne fait pas défaut… passer outre le conflit des « ancients » et des « moderns » dont les « ancients » eurent le fin mot depuis 1814. C’est bien normal parce que cela revient à différencier la maçonnerie de 1717 de celle des origines.
« D'aucuns tiennent le soleil pour Dieu, d'autres la lune, d'autres encore les planètes. Il en est qui rendent un culte à un homme, jadis d'excellente vertu ou de glorieuse renommée, non seu­lement en tant que Dieu mais en tant que Dieu principal et supérieur. Mais les plus nombreux et les plus sages rejettent tout cela, croient en l'existence d'une certaine puissance divine, inconnue, éternelle,in­compréhensible, inexplicable bien au-delà de la capacité et de la portée de l'entende­ment humain, disséminée à travers le monde entier, non en grandeur mais en vertu et en puissance. Ils l'appellent le Père de tout. À lui seul, ils attribuent l'origine, le déroulement et lafin de toutes choses.»
Thomas More - Utopia


Bien avant que le meurtre d’Hiram ne devienne le mythe fondateur systématique du grade de Maître franc-maçon, la Grande Loge de Londres, qui fit élaborer et publier les Constitutions dites d’Anderson en 1723, introduisit dans le paysage culturel et religieux un concept pour le moins surprenant : celui d’une religion sur laquelle tous les hommes s’accorderaient.

« Mais, quoique dans les Temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière .… »

En élaborant cette toile de fond pour le moins révolutionnaire, la franc-maçonnerie londonienne franchissait une nouvelle étape dans l’évolution d’une pratique en perpétuelle construction et depuis fort longtemps éloignée des anciennes guildes de tailleurs de pierres.

Les élites intellectuelles anglaises de cette époque, après s’être constituées en différentes sociétés de sociabilité à la fois excentriques et rigoureuses, parfois scientifiques ; après avoir retrouvé le chemin des anciennes traditions druidiques, accueilli l’illuminisme protestant si proche de l’inconscient collectif élisabéthain et s’être ouvert à la brillance d’un XVIIème siècle qui n’en finit jamais de valoriser l’antique, allaient renouer avec des mythes forts anciens.

 L’imaginaire d’un Empire revêtu d’un caractère sacré était le fondement de la propagande des Tudor depuis Henry VIII. La nouvelle société d’intellectuels et de scientifiques du XVIIIème siècle, héritière de ce vaste dessein, allait invoquer l’Histoire du monde et placer Britania comme héritière naturelle des prophéties bibliques par l’évocation de légendes arthuriennes parées d’illuminisme et de mythes pré-chrétiens. Il s’agira bien d’un retour aux valeurs dont se réclamait une certaine forme de chevalerie idéalisée dont la mission serait de répandre, dans le monde entier, un idéal de pureté et de fraternité. Cet idéal, ces utopies, l’avenir le montrera, s’accorderont avec la nostalgie d’une chevalerie chrétienne portée par tout le continent européen.

Dès la première décennie du XVIIIème siècle, tout allait se dérouler naturellement, comme si les éléments de la Légende avaient toujours fait partie du paysage des vérités théologiques. Les pièces s’emboîteraient les unes sur les autres ; c’est en 1725 que les premières Loges hors de Londres se créent sous l’égide de la Grande Loge de 1717. De même, c’est de 1730 que date la divulgation de Samuel Prichard, « Masonry Dissected », qui révèle pour la première fois, non seulement un système en trois grades mais aussi la première version élaborée de la légende qui deviendrait le cœur du grade de Maître maçon.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, personne à ce moment de l'Histoire de l'Europe ne songe à remettre en question la Bible et les vérités dont elle est porteuse, même si les interprétations du Livre font souvent couler beaucoup de sang et de larmes et que l’Europe dévastée au sortir de la guerre de trente ans n’a plus de certitudes. La franc-maçonnerie naissante n’est pas et n’a jamais été le bras armé de l’athéisme, pas plus que l’école du reniement chrétien. Que l’on n’en doute pas, la toute nouvelle Grande Loge est bel et bien légitimiste.

 Née sur les ruines des conflits de religions, de rivalités de pouvoirs et de guerres civiles, elle s’affirme déiste, elle revendique les Vérités et les Lois de l’Ancien Testament et s’appuie sur les commandements de Noé ? Elle ne deviendra ostensiblement chrétienne qu’en s’installant sur le sol du Continent et rigoureusement Catholique avec l’influence de ses héritiers allemands.

Néanmoins, le mythe d’Hiram, support de la rituélie et des enseignements du troisième degré, laisse beaucoup de questions et, particulièrement celle-ci : comment un Homme, fut-il architecte, et dont le nom n’apparaît que 4 fois dans seulement 4 versets du premier Livre des Rois  peut-il être le héros légendaire, référent rituel, d’une société intellectuelle qui enflammera l’Europe des Lumières ?

Jusqu’aux années 1720-1730, après la publication de « masonry dissected » de Samuel Pritchard qui décrivait les rituels , période sur laquelle les historiens de la franc-maçonnerie s’accordent à situer l’apparition de la rituélie du troisième Degré associée au Grade de Maître Maçon et dans laquelle apparaît le meurtre d’Hiram, on ne connaît que des formes relativement simples de cérémonies de réception. C’est, du moins, ce qu’il ressort de l’étude des « anciens devoirs », ces documents anciens composés à la fois de règles et de légendes relatives aux corporations de maçons et qui n’offrent pas réellement de matériel mythique sinon l’insistance à lire un corpus biblique dans lequel se trouverait la source des techniques et des arts.

 L’un de ces manuscrits anciens donne parfois quelque indication sur les légendes en usage dans la fraternité, ainsi le manuscrit « Cooke » de 1420 est l’un des plus vieux à présenter l’architecte mythique sans toutefois le nommer :

« Et lors de l’édification du Temple à l’époque de Salomon,
il est dit dans la Bible, au 3ème livre des Rois chapitre cinq,
que Salomon avait quatre-vingt mille maçons à l’ouvrage.
Et le fils du roi de Tyr était le maître maçon.
»
Ce n'est pas la peine de sursauter, il n'y a que 2 livres des Rois dans la Bible... soit, mais le Ms est écrit comme cela...

La plupart des recherches s’attardent de préférence sur l’origine du Grade de Maître. On sait que les plus anciennes loges ne comportaient que deux grades et que celui qui était qualifié de « Maître » était, en fait, ce que l’on nomme aujourd’hui « Vénérable Maître ». Néanmoins, en poursuivant cette recherche d’identité propre au grade, on constate de plus en plus souvent que, bien avant la construction rituelle proprement dites, la partition en trois grades fait son apparition. de manière contemporaine à l’arrivée dans les Loges des hommes qui ne pratiquaient pas le métier. Cet échelonnement structurel s’effectue non pas en s’appuyant sur le mythe d’un Roi mort et ressuscité, mais sur la transmission d’un « mot » qui permettrait de construire et de « faire », d’affirmer une appartenance et de revendiquer un savoir. Un mot aussi puissant que le Nom de l’Eternel donné à Moïse, aussi fort que le souffle qui dispersa les hommes de Babel et auquel serait associé le savoir de bâtir avant d’y associer la pérennité de la Vie proprement dite. En ce sens, l’une des plus vieilles mention connue des trois degrés en maçonnerie est celle présentée dans manuscrit des archives d’Edinburgh datant de 1696. Il y est précisé que « Maintenant, il faut remarquer que tous les signes et mots dont on a parlé jusqu'ici appartiennent à l'Apprenti entré. Mais pour être un Maître maçon ou compagnon du métier il y a plus à faire… ».

Cependant, s’agit-il bien de « grades » tels que l’on peut les connaître aujourd’hui. Pour ce qui concerne la définition des Apprentis, celle-ci est très bien identifiée mais les degrés de Compagnon ( fellow ) et de Maître, posent quelques soucis d’interprétations dans la mesure où les anciens textes mêlent souvent les termes.

On vient de le laisser entendre, la maçonnerie « opérative », c’est à dire la maçonnerie de métier, ne connaît formellement qu’un seul grade, celui de « compagnon », expression utilisée pour désigner l’ensemble des ouvriers qualifiés. Ce terme est d’ailleurs repris, de nos jours par la franc-maçonnerie anglaise comme qualifiant l’appartenance puisqu’elle se nomme elle-même « fellowcraft », c’est à dire « association des compagnons ». Le terme de « Maître » est alors relatif à une fonction, celle de « président » de l’assemblée, de « Maître d’ouvrage » ou de « directeur de chantier ». Cela se conçoit tout à fait dans le rite de style Emulation pratiqué par la Grande Loge Unie d’Angleterre où il existe un grade de « immediate past master », c’est à dire de « Passé Maître Immédiat » ou, si l’on préfère, « Vénérable Maître descendant ».

 Les formes simples de cérémonies décrites dans ces documents montrent qu’il s’agissait le plus souvent d’une lecture de différents passages de la Bible ou de légendes empreintes de références bibliques , suivie ou précédée, selon les cas, d’un catéchisme. Mais, bien entendu, la forme la plus ancienne, est la transmission du « Mot », la passation du souffle s’effectue bien avant que la Nature, sous la forme symbolique d’un Maître Architecte, Maître du Verbe, ne nous apprenne à mourir. « Ce jour Adam Clapperton et Patrick Sanderson ont été admis dans cette loge et ont reçu le Mot dans la forme accoutumée… » ( Minute de la loge de Haughfoot -1710)

Ces éléments n’offrent pas l’exemple de formes cérémonielles, pas plus qu’elles ne dévoilent de secrets particuliers sinon, parfois, une petite phrase comme ici, dans le manuscrit d’Edinburgh ou dans celui dit « Grande Loge » de 1650., qui viennent ici comme un écho de formules anciennes, de textes faisant état du secret le plus ancien de la maçonnerie, celui transmis de Maîtrise en Maîtrise :

« Il y a plusieurs mots & signes qu’un franc-maçon doit connaître et qui ne doivent êtres révélés sinon que vous en répondrez devant Dieu au jour terrible du jugement. Vous en garderez le secret et ne le révèlerez aux oreilles de personne, mais aux Maîtres et Compagnons de la Société dite des Francs-maçons. Mon Dieu, aide moi . ».

 Le corps du manuscrit Grande Loge, comme d’autres du même type et de la même période, seraient apparemment des copies d'une tradition plus ancienne

« le Maître lui donne le mot et lui serre la main à la manière des maçons, et c'est tout ce qu'il y a à faire pour faire de lui un parfait maçon . »

Cette référence au mot de maçon était connue depuis fort longtemps. Sa plus ancienne trace écrite se trouve dans un poème de 1638, « The Muses Threnodie » (La Thrène des Muses). On la doit à un poète Ecossais, Henry Adamson, elle nous enseigne que « nous sommes frères de la Rose Croix ; Nous avons le Mot de maçon et la seconde vue ».

Le rite instituant la transmission du Mot de maçon tout autant que la plupart des références à ce « Mot » se rencontrent le plus souvent en pays celte, entre la Mère Loge écossaise de Kilwinning et celle de Perth dès le XVIIème siècle. Bien que certains auteurs en rapproche l’origine à des influence calvinistes, il nous parait nécessaire de rester prudent quant aux liens systématiques avec le protestantisme et son influence éventuelle sur les pratiques maçonniques. Il est bon de ne pas oublier que l’on peut véritablement se poser des questions s’agissant d’une région où le catholicisme est très implanté, même si les moines et les évêques y développaient certaines pratiques assez particulières. D’autre part l’étude de la maçonnerie n’a jamais véritablement démontré qu’il ait été question de remise en cause religieuse mais plus probablement d’adaptation, de confirmation de la chrétienté comme totalement compatible avec des pratiques locales, les traditions et les modes de vie.

Hiram et le mythe de la Maîtrise ne sont pas l’image déformée ou recomposée du Christ mais plutôt un récit de résurrection qui annoncerait la révélation donnée par le Nouveau Testament, comme pour créer un lien, assurer la stabilité de l’arche reliant les différentes parties du Livre.

Ainsi, bien avant la rituélie, il existaient un ou des Mots qui « ne devaient être révélés que devant Dieu au jour du Jugement » et qui renfermaient le secret de la « maçonnerie ». Un secret très particulier qui, à n’en pas douter, est une clé permettant l’accès à ce que « tous les hommes acceptent », un secret sur lequel chacun devait se faire sa « religion ».

Dans l’ordre des choses, si la Mort est un passage de l’âme, il n’y a pas de résurrection possible sans palingénésie, c’est, en quelque sorte, le message du printemps…


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Publié le par Caroline P.
Publié dans : #Miscellanées
Avatar.jpgCher visiteur, après avoir emprunté les lignes  de mes compagnons  de  l'Association des Amis Provençaux de Renaissance Traditionnelle ( APRT ), chez qui j'ai publié il y a peu un article portant sur les signatures maçonniques lequel nécessite encore quelques recherches en cours, je vous propose ici celui de Caroline P. dans lequel notre soeur aborde la question des Alphabet Maçonniques en s'appuyant sur l'article d'Edmond Mazet, publié par Renaissance Traditionnelle n°25, Tome VII, de janvier 1976.
Bien entendu, il n'est pas question ici de reproduire l'article  original, mais simplement la conférence  donnée à l'APRT. Ceux d'entre vous qui souhaiteraient y avoir accès pourront suivre le lien vers le site de la revue et les contacter directement, ou passer par l'APRT.
Bien évidément  la publication ici de ce travail, s'effectue avec l'entier accord des intéressés, le site de l'APRT propose d'ailleurs un lien vers cette page, la raison de ce partage est dûe, avnt tout à la difficluté de placer les figures et illustrations qui vont avec le texte car le serveur du blog APRT n'accepte qu'une seule image par article et vous pourrez constater que ce n'est pas le cas ici... ce qui semble logique eu égard au sujet. Le côté amusant de la chose est que j'avais confié "les signatures" à l'APRT sachant que C.P. donnerait ce texte et qu'il me semblait intéressant d'avoir deux approches d'étude graphiques à la suite... la technique en a décidé autrement et chacun se retrouve sur le blog de l'autre...

Néanmoins, les commentaires et autres interventions seront envoyés à l'auteur...

Digressions sur l'alphabet maçonnique à partir de l'article d'
Edmond Mazet - "Notes sur l'Alphabet maçonnique"
Renaissance Traditionnelle

n° 25, Tome VII, janvier 1976



L'article d’Edmon Mazet est articulé en 5 points :

1. le premier point présente les principes et l'origine de l'alphabet maçonnique à partir du « catéchisme des francs-maçons » attribué à Louis Travenol , écrit en 1744 (1ère édition de cet ouvrage).

- Une parenthèse amusante sur ce petit ouvrage in-12 dont le titre exact est : « Catéchisme des francs-maçons, dédié au beau sexe. » édité à « Jérusalem, et Limoge », P. Mortier, 5440, depuis le déluge ( 1740 ). Publié sous le pseudonyme de Léonard Gabanon l’ouvrage a connu quelques succès et a été ré-édité une première fois sous le titre « La désolation des entrepreneurs modernes du Temple de Jérusalem, ou le nouveau Catéchisme des francs-maçons, dédié au beau sexe », en 1744 ( c’est peut être de cette édition dont il est question ici ). Une troisième édition plus tardive, en 1748, portait, cette fois, le titre de « Nouveau Catéchisme des francs-maçons, dédié au beau sexe ». On remarquera surtout l’intérêt de l’auteur sur le « beau sexe ». Néanmoins, on peut se demander jusqu’où va la crédibilité à accorder à cette divulgation provenant d’un auteur plus connu pour ses ouvrages sur la musique et l’Opéra et dont la réaction la plus connue fut celle intitulée « Lettre critique de M. le Chevalier *** à l’auteur du Catéchisme des francs-maçons, avec un brevet de calotte accordé en faveur de tous les zélés membre de leur société » publié à Tyr par Marcel Louveteau, rue de l’Echelle, à l’Etoile Flamboyante avec privilège du Roi Hiram. Les noms, les trois points du Chevalier et les lieux ne manqueront pas d’interpeller. Cela ne vient néanmoins pas en contradiction avec la mention faite dans l’ouvrage sur l’alphabet maçonnique.

Ce « catéchisme », est cité par Edmond Mazet comme étant la plus ancienne mention connue de ce type d’alphabet en maçonnerie ce qui cependant n'apparaît pas comme certain et ce, pour deux raisons ; tout d'abord, la première édition de l'ouvrage de Gabanon ne mentionne aucun alphabet, d'autre part, certaines sources précisent que la plus ancienne divulgation serait plutôt celle du « Sceau Rompu » publié en 1745, de même on remarquera que les Statuts « Schaw », depuis le XVIème siècle, portaient déjà mention de chiffres et de marques. Edmond Mazet souligne néanmoins que l’édition du « catéchisme » de 1744 ne contient aucune mention d’alphabet maçonnique alors que l’édition postérieure du même ouvrage, publié en 1783, postérieure au « sceau rompu » y fait référence. Seule une consultation des manuscrits en cause permettrait de départager les différentes positions.

2. Le deuxième point présente différentes formes d'alphabets maçonniques qualifiées de « variantes » avec notamment l'apparition de la Croix de Saint André pour le cryptage de certaines lettres.

3. Les troisième, quatrième et cinquième parties sont quant à elles axées sur les cas plus particulier de l'utilisation des alphabets maçonniques dans les grades de maîtres ( par la présentation du cartouche se trouvant sur le tableau de loge de ce grade ) et de Maître Maçon de Marque ( en illustrant son propos avec un jeton de présence où les lettres maçonniques sont qualifiées de « chiffres » reprenant ainsi l’ancienne appellation de l’alphabet maçonnique ainsi que celle utilisée dans l’ « Arche Royale » Américain.

Au 3ème degré, le cartouche qui se trouve intégré au tableau de loge présente la particularité d’inverser les lettres et les chiffres, comme le montre l’illustration suivante. En fait, il ne s’agit pas de l’inversion du cartouche mais bien de l’inversion, en miroir, de la clef de codage initiale des lettres comme le montre ce tableau

figure1.jpg
 
Cypher Inscriptions on Harris-type Third Degree Boards. [p.202, AQC vol. lxxv, 1962]. Cf.: Edward Somerset,
Cité dans « Some thoughts on the history of The Tracing Boards”, Presented at the Vancouver Grand Masonic Day, October 16, 1999 by Bro. Mark S. Dwor, Centennial-King George Lodge No. 171. Site internet de la “Grand Lodge of British Columbia and Yukon”)

En ce qui concerne l’usage de l’alphabet maçonnique par les Maîtres Maçons de Marque, l’illustration qui en est donnée dans l’article ne s’appuie pas sur le Tableau de Loge dans lequel il n'y a aucune inscription chiffrée de cette nature, mais la clef du chiffre, au dessus de la porte, de chaque coté de la pierre de faîte.

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L’illustration de cet alphabet, reprise par Edmond Mazet repose sur l’inscription portée sur les jetons de Marque tel que ceux reproduits ici pour l’exemple :

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Les jetons de Marque étant dépendant de la Loge et de la Province qui les utilise, il est assez difficile d’en trouver de semblables et c’est la raison pour laquelle il est aussi assez compliqué d’entrer ici dans une analyse des choix scripturaux porté sur ces jetons. Néanmoins, on peut dire que les inscriptions portées sur quelques pièces, au delà des initiales habituelles et systématiques, HTWSSTKS, sont chiffrées et se rapportent  à :

- JOPPA
- Keb Raioth
et, le plus souvent : MARK WELL qui signifie « Marque Bien »

En conclusion, l'auteur présente ses opinions plus personnelles sur l’origine et l'existence des différents systèmes d'alphabets maçonniques.

Plutôt que de reprendre les différents points de l'article, je vous propose quelques éléments sur les alphabets maçonniques.

La forme première, la plus ancienne mentionnée, d'alphabet maçonnique repose sur l'utilisation d'un carré de 9 cases tel que celui utilisé pour réaliser des carrés magiques à la différence que celui-ci ne présente aucun encadrement extérieur.     

figure4.jpg

Le carré magique consiste une égale quantité de colonnes et de lignes que l’on appelle « ordre » et contenant des nombres répartis dans les différentes cases de manière à ce que la somme des chiffres de chaque ligne soit égale à la somme des chiffres de chaque colonne et de chaque diagonale. Ainsi, le carré de 3x3 conduit au chiffre 15.

figure5.jpg

Le principe soutenant le carré magique a pu aussi être utilisée avec des lettres latines, voir par exemple le carré SATOR (Sator, Arepo, Tenet, Opera, Rotas ...)

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ou bien avec des lettres hébraïques de 1 à 9 grâce à leur double signification de lettres et de chiffres.

Ces carrés magiques ont été utilisés par les érudits chinois et arabes, puis, au Moyen âge, et pendant la Renaissance par les cabalistes juifs et les hermétistes chrétiens.

La référence à des décompositions géométriques de figures en vue de constituer des grilles de codages de lettres, ancêtres de la cryptographie, apparaît assez ancienne. Certains restent d’usage comme celui dit des « Templiers » ou, selon Maurice Guingamp , « Alchimique ». Il est formé à partir du dessin d’une croix de Malte inscrite dans un octogone. Son usage permet à la fois de coder l’alphabet, mais il offre aussi une transcription possible des lettres en chiffres. C’est sur la base de cette construction élémentaire que sont construites certaines marques de bâtisseurs et certains sceaux aux alentours du 13ème siècle.

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Cette première étude nous amène à deux conclusions ; d’une part, il apparaît que l’usage des alphabets maçonnique puisse être étudié comme une sorte de référence aux bâtisseurs, comme celle des « anciens devoirs ». Dans ce cas, utiliser des formes graphiques proches des marques relèverait d’une possible revendication d’origine « opérative ». La systématisation de ce type d’alphabets et de marques dans les grades d’ « Homme de Marque » et de « Maître Maçon de Marque » ne contre dit pas cette option. D’autre part, il semble que la construction d'un code de lettres grâce à un carré de 3x3 ne soit pas propre à la maçonnerie mais s'inscrive dans une démarche plus globale d'élaboration des modes de cryptages et des communications. Ainsi, Cornélius Agrippa dans son ouvrage intitulé « La philosophie Occulte » de 1530 présente deux systèmes de cryptage :

  •  l'agrégation de lettres d'un mot entre elles de manière à former un symbole
  •  le système de tableau à 9 cases, ce qui constituerait la plus ancienne mention de ce système .

Ce fut cependant Giovanni Baptista della Porta de Naples qui donna ses lettres de noblesse à la codification des lettres avec une répartition particulière de lettres dans des cases à la même époque qu’Agrippa. Son système est une forme de cryptage qui sera couramment utilisée dans les relations diplomatiques à partir de cette époque.

  figure8.jpg

Au sein de chaque groupe, chaque première lettre reprend la forme du fragment de tableau décomposé puis les secondes sont signalées par un point ajouté dans les angles et les trois autres par deux points. La répartition entre les lettres pouvait varier selon le système de codage initial.

Maintenant que nous avons replacé un cadre global, revenons à notre alphabet maçonnique et en particulier à celles mises en avant dans l'article de Renaissance Traditionnelle.

Les alphabets maçonniques y sont décrits comme des systèmes permettant de communiquer sans mots, en utilisant des outils maçonniques, par exemple avec une équerre, deux règles de 24 pouces et un maillet pour les points  ou avec deux équerres et un maillet . C’est ainsi que le figure la version de l’alphabet contenue dans le « Sceau rompu » de 1745 :

 figure9.jpg

Grâce au système de ponctuation, simple et double, les 22 lettres sont réparties et 4 sont absentes  j, k, v, w. Ceci indique que ce type d'alphabet s’adaptait au latin et, par voie de conséquences, au français écrit du 17ème et 18ème siècle avec les équivalences « u » pour « v » et « i » pour « j ».

La répartition des lettres peut apparaître arbitraire, mais une analyse approfondie montre que ce n'est pas le cas. Ainsi, en reliant les lettres entre elles, différentes figurent géométriques apparaissent.

  • Soit les lettres sont reliées dans l'ordre alphabétique ( abc, def, ghi, lmn, opq, ....), alors apparaissent des triangles isocèles, rectangle, rectangle et isocèle , une ligne droite, un point au centre de la grille ( source : article du « cahier d’histoire maçonnique », n°41 )
  • figure91.jpg Soit les lettres sont reliées, toujours dans l'ordre alphabétique, mais en utilisant la ponctuation, ce qui donne ( abe, fcd, gil ...). Cela conduit à faire apparaitre d'autres figurent géométriques : triangles rectangles, carré, mais pas de points ou de lignes. figure92.jpg
Ainsi, on peut constater que le système à double ponctuation présenté dans le sceau rompu privilégie les triangles rectangles et plus particulièrement isocèles.

L'autre modèle de cryptage est celui qui utilise la croix de Saint André.  

L'apparition de cette structure en « croix de Saint-André » dans les alphabets maçonniques apparaît dans l' « anti-maçon » de 1748. Le Rev. N.B. Cryer, dans son ouvrage « L’Arche et l’Arc-en-ciel », cite, à ce sujet, la mention inscrite par Laurence Dermott ( 1720-1791 ), qui fut secrétaire de la Grande Loge des « Ancients », dans un registre du Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale, d'un alphabet maçonnique reproduisant non seulement la grille mais aussi la Croix de Saint André.

Les modes de répartition des lettres peuvent être variables, comme l'illustrent les deux alphabets publiés respectivement dans l' « anti-maçon » de 1748 et le « maçon démasqué » de 1751:

 figure93.jpg

Au 19ème siècle, le Dr Oliver ( cité, lui aussi par N.B. Cryer et présenté sur le site de la « Grand Lodge of British Columbia et and Yukon » ) a identifié 6 formes d'alphabets utilisant à la fois la grille et la croix :

 figure94.jpg




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