La Louve (Lewis) et ses compléments...

lewis-b.jpg« Nous sommes fait de l'étoffe dont sont tissés nos rêves et notre vie infime est cernée de sommeil » disait Shakespeare, et pour nous Franc-maçons sabéens nos rêves sont aussi nos rencontres, comme autant de traits de lumière qui nous guident et nous rappellent, qu'au delà des formes convenues, obédientielles ou rituéliques, les seuls serments dont nous portons mémoire sont ceux que nous nous sommes faits à nous mêmes.

 

Quelle que soit l'histoire de nos parcours antérieurs, à chaque tenue dans nos loges d'origine nous promettons de nous assurer de la transmission de ce qui nous réunit, qu'il s'agisse de veiller sur le sommeil des hommes, de contribuer à construire une idée du progrès de l'humanité ou tout simplement de fonder une petite part de société humaine devant nos pas. Le lewis, élément symbolique spécifique de la Franc-maçonnerie anglosaxone, nous parle de la sauvegarde de nos rêves et surtout de la sauvegarde de notre mémoire. L'art de la mémoire constitue notamment un art de la construction, de la structuration du discours et donc de l'esprit : pour parler, pour donner du sens, il faut inventer, c'est-à-dire construire intérieurement et pour construire, il faut avoir porté mémoire. Mais l'on ne porte mémoire ni du néant, ni du tohu-bohu. Pour l'art de la mémoire médiéval, « « au lieu de parler de « moi » ou même d'individu », il vaudrait mieux parler d'un « sujet qui se souvient » et, en se souvenant, sent, pense et juge »1 » et cela me semble parfaitement décrire l'un des aspects fondamentaux de la construction rituélique au sein de laquelle nous travaillons.

 

Alors ce soir mémorisons bien ce lewis.

 

Le symbole qui nous est présenté est composé d’un trépied à trois bases, reliées, par un système de cordes et de poulies, à une pierre taillée, cubique. Il est figuré sur les tableaux de loge au grade d’apprenti et sa fonction comme sa signification symbolique sont expliquées lors de la cérémonie de réception de l'apprenti entré.

 

Le Lewis lui-même (fig 2), au sens strict, outil des maçons bâtisseurs, est la pièce de métal en queue d’aronde qui est insérée dans la pierre et qui, relié à la corde, permet l’action de levage de la pierre dont le poids peut être important2. Le nom de Lewis provient probablement du latin « leuis » (l.e.u.i.s soit « lé- ou-is ») qui signifie soulever. Selon certaines sources, le terme Lewis serait originaire du terme français « Louve » dont l’usage est attesté depuis 16113, et une deuxième explication sur ce lien renvoie à l’analogie entre l’étau, symbole de la constance et de la persistance et la mâchoire de la femelle du loup à qui il est impossible de faire lâcher sa proie lorsqu’elle est attaquée.

Le trou spécialement formé pour accueillir le dispositif est appelé « trou du Lewis » ou « place du Lewis ». Il est, si nécessaire, comblé par le mortier de construction après que la pièce ait été mise en place. D'un point de vue opératif, le Lewis doit donc être relié à un système de levage qui permettra un déplacement non seulement vertical mais aussi latéral de la pierre, ce que ne permet pas le système figuré dans le rite émulation. Adapté comme nous le verrons à sa fonction symbolique, et c'est un aspect fondamental de cet outil, il ne permet que de soulever et de poser une pierre.

Nous nous trouvons donc bien ici comme dans beaucoup d'autres exemples, en présence d'une ré-appropriation spéculative d'un outil opératif4.

 

Une première observation, visuellement frappante : la louve soulève une pierre taillée, et non une pierre brute5. De plus, il s'agit bien ici d'une pierre spécifiquement cubique qui reprend donc toute la symbolique attachée à cette forme géométrique6.

 

Dans les cérémonies d’accueil de chacun des rites, émulation comme continentaux, le nouvel apprenti est placé au sommet de la colonne du Nord, à l’angle Nord-Est de la loge.

 

Si dans les rites continentaux, cette place n’est pas explicitée, elle l’est au cours de la cérémonie de réception au rite émulation. La place à l’angle Nord-Est est celle de la pierre de fondation dont la signification symbolique est offerte tant au groupe qu’au nouvel apprenti. Ce positionnement Nord-Est s’inscrit dans la symbolique plus ancienne de l’orientation des lieux sacrés, tournés vers l’Est7. La pierre d'angle, ou cornerstone, est donc bien la pierre de fondation posée solennellement lors d'une cérémonie8 dédiée pendant laquelle il est vérifié sa solidité et sa taille qui se doit d'être d'équerre9.

 

Une précision ici : cette pierre n'est pas enterrée, mais posée sur un socle par exemple de brique et destinée à être bien visible même par les futurs passant dans la rue, pour célébrer10 et leur rappeler le début de la construction du bâtiment11

lewis6.jpgRevenons à notre apprenti12 :

 

La planche tracée, c’est-à-dire l’explication du tableau de loge, présentée lors de la cérémonie, nous parle tout d’abord de la transmission de la Force utilisée dans l’action de lever la pierre et de la maintenir ainsi avant de la reposer sans choc, puis évoque la Force ainsi transmise.

 

Elle précise que « Le Lewis ou louve symbolise la Force ». Le Lewis permet de soulever de lourdes pierres avec peu d’efforts et de les installer à leur juste place. Il transmet la force qui rend possible le juste placement de la pierre à laquelle il est relié.

 

Telle est la fonction du Lewis : placer, en son juste positionnement et sans heurts, la pierre de fondation de l’édifice : Instituer l’apprenti entré en sa nouvelle place symbolique, le retenir, pour éviter toute précipitation, puis l’assoir dans une expérimentation physique de sa nouvelle fonction. Son juste positionnement est crucial, car, surtout dans les constructions antiques, le bâtiment se construit en référence à la pierre de fondation qui déterminera l'orientation de l'ensemble de la structure.

Nous retrouvons ici une question qui n'est jamais vraiment résolue par aucune loge, celle des pré-requis au recrutement d'un nouvel apprenti. Un mauvais positionnement, une pierre qui n'est pas adaptée, qui n'est pas symboliquement cubique, qui n'est pas d'un « fair work » et « square work » peut devenir un danger pour la stabilité et l'équilibre de l'édifice tout entier.

Le Lewis ne peut donc pas être véritablement comparé au levier des rituels continentaux car ce dernier ne contient pas cette symbolique d'être un instrument de l'installation.

Le Lewis, en évitant le choc physique, rappelle indéniablement à l’apprenti entré à la fois le poignard dont la pointe était dirigée vers son cœur avant son entrée dans la loge et la cable tow, ce câble de halage passé autour de son cou. Il lui indique le chemin qui conduit à vaincre ses passions. Pour les auteurs anglais, tels que Falconer, le Lewis intègre la totalité de l’apprentissage des outils de l’apprenti maçon, lui rappelant que la connaissance, appuyée sur la persévérance et la force l’assisteront pour surmonter toutes les difficultés et l’extrairont de l’ignorance et du désespoir qui en résulte.

 

De plus, je cite toujours la planche tracée, « louveteau13 est le nom donné au fils d’un Franc-maçon. Son devoir envers ses parents est de supporter ses parents des difficultés quotidiennes, dont il doit les décharger en raison de leur âge, de les aider dans les moments de besoin et de rendre aussi la fin de leurs jours heureuse et exempte de soucis ».

 

Grâce à ce comportement qui traduit le Lewis, il sera, dans la tradition anglaise, dispensé des enquêtes puis admis, si plusieurs candidats se présentent simultanément, avant tout autre, si digne et méritant soit-il.14

 

Cette reconnaissance de la qualité de Lewis pour le fils du franc maçon peut aussi, selon certaines pratiques, faire l’objet d’une cérémonie et amener la personne à porter un tablier particulier.

Cette reconnaissance n’est cependant pas équivalente à une initiation et ne lui permet pas d’assister aux tenues comme membre à part entière de la loge.

 

La planche tracée rappelle aussi à tous ceux qui assistent à la cérémonie que la pierre ne se place pas dans une démarche strictement isolée, mais grâce à un cadre, un plan architectural, dans lequel s’organise une transmission et une réception et c’est cet accompagnement, cette construction, qui rend possible l’évolution. L’apprenti doit être guidé, aidé par ceux qui l’ont précédé dans cette voie.

 

Attardons-nous quelques instants sur ce point précis de l’ancrage du Lewis dans la pierre taillée.

L'apprenti entrant est installé pierre de fondation de la loge. Et l'opération d'architecture qui le place ainsi à l'angle Nord-Est lui indique, par le point d'ancrage du Lewis, par la voie des symboles, que le métier lui demandera d’aller au centre de lui-même vers ce point dans le cercle présent sur le tableau de loge et grâce auquel il ne se perdra jamais dans ses recherches.

 

La cabale enseigne que la création du monde est née du tsimtsoum, c'est à dire, d’un mouvement de rétraction de l’Etre qui a ainsi ouvert la possibilité à l’univers d’exister et offert à l’humanité un espace où accéder à la pensée et au libre arbitre. La cérémonie d’introduction ouvre chacun à des phases d’introspection et d’extériorisation, de rétraction et d’expansion de sa conscience et dans ce double mouvement, le conduit à l’appréhension de la complexité des altérités intérieures et extérieures qui composent l’unité de sa conscience.

Mais plutôt que de voies « v.o.i.e.s. », il conviendrait peut être de parler de voix « v.o.i.x. ».

 

Quelque soit le point de référence, qu’il soit identifié à une volonté extérieure ou intérieure, ce à quoi cette « voix » nous renvoie peut n’être que l’illusion de l’Ego, projection des phantasmes ou illusion du libre arbitre.

 

Et donc quelle que soit l’hypothèse, ce point d’ancrage ne représente-il pas la seule connaissance véritablement inaccessible, la parole inconnue mais fondatrice, c’est-à-dire, le Principe par lequel la Genèse débute, « Bereschit », « Dans le Principe ». Ce point d’ancrage n’est-il pas ce qui nous rattache au sacré en chacun d’entre nous et nous parle intérieurement de la puissance créatrice de l’Etre ?

 

A celui qui déclare, en demandant la lumière, « Je ne suis pas encore la totalité de moi-même, je ne peux encore être », la quête du point d’ancrage du Lewis, par l’alternance entre le silence et la parole de la recherche initiatique, ouvre l’esprit à l’écoute d’un autre souffle, d’un murmure intérieur qui lui propose d’accéder, à d’autres mots : Ehye Asher Ehye: « je serai qui je serai ». ….

 

L’importance de l’altérité dans la construction d’une capacité à se penser en individu « en train d’être », à appréhender l’Etre dans une temporalité propre, appuyée par les différentes symbolisations de l’Evolution15, rappelle à tous ceux qui sont devenus franc-maçon combien la démarche est solitaire, car l’on naît et l’on meurt seul, car l’expérience est dans une large mesure incommunicable.

Mais elle rappelle aussi que seul le partage permet de progresser, que le ressourcement rendu possible par la rituélie à l’occasion de chaque tenue ré-intégre chacun dans sa voie personnelle tout en faisant de lui l’une des pierres de l’édifice.

 

Ré-interrogeons notre ami Lewis : à quoi sert-il ? nous l’avons vu, à démultiplier la Force de levage en vue de placer la pierre de fondation sur laquelle les temples, intérieurs ou non, sont construits en vue d’un objectif encore à déterminer. Car une fois le temple construit, qu’y mettre ? Par quel sacré faire habiter le saint des saints ? mais c’est là une autre question renvoyée à d’autres temps.

Par contre, quelque soit le grade dont nous sommes titulaires, la démarche analogique nous apprend à nous méfier de notre tendance à l'idolâtrie réductrice de notre rapport au temps [(je serai qui je serai)], par la valorisation de la fusion et de la confusion, et donc en conséquence, une idolâtrie privatrice de Mémoire16 : répétition du vécu dont on ne peut se libérer, projection de nos peurs infantiles incarnées dans nos croyances comme autant de constructions tellement humaines ….

 

Nous revenons donc à la transmission, mais non plus au premier niveau de l’idée d’éducation mais à celui d’une transmission de la construction du cœur de l’idée d’altérité : l’éthique.

 

Les symboles nous transmettent un sens caché que nous devons chercher et dans une société qui se veut initiatique, en ce qu'elle énonce dès la cérémonie de réception qu’elle se donne pour mission de transmettre du sens, les symboles sont une voie vers l’éthique17, bien au delà de toute morale sociale.

 

Cette quête de l’éthique en tout symbole est primordiale car elle permet à celui qui cherche sa vérité de ne pas s’arrêter à la forme matérielle que ses yeux perçoivent. Et cette distance établie entre le chercheur de vérité et l’objet étudié autorise à ne pas réduire l’Idée à la forme que cette culture lui a donnée, à ne pas identifier l’Être à la matière. Le danger de l’idolâtrie, réductrice de la distance qu’implique la perception et la construction de l’Altérité est présent, je pense, à toutes les étapes du parcours. Ce repositionnement par rapport aux rituels, en ouvrant fréquemment les symboles comme des boîtes à parfum pour en découvrir à chaque fois une nuance différente ne constitue pas une tâche propre à un grade particulier.

 

Et là encore, l’étude symbolique de la Bible sur laquelle repose le rituel nous apporte quelques éléments sur le rôle de la pierre de fondation et sur sa puissance. Car en dehors de toute dévotion, le rituel peut aussi être utilisé comme source d’éléments symboliques, comme autant d'illustrations analogiques des projections humaines de peur et d'espoir.

Les psaumes contiennent la trace de la capacité pour l’homme à se faire entendre de יהוה 18, essence de l’Etre, à « celui qui fait être » pour ne pas rester prisonnier du Shéol, pour ne pas demeurer oublié. Le shéol est le pays des ténèbres, une fosse de silence, de non communication et surtout d’oubli19.

 

Nous créons nos propres shéols par l’oubli de l’éthique et de sa transmission20. Si nous oublions que nous avons été reçu FM pour transmettre, au-delà de tout rituel21, l’éthique, alors, chacun prend le risque d’être ce Lewis posant une pierre de fondation qui, instable, contribuera à l'effondrement de l'édifice par l’effacement de la mémoire et l’instauration de l’oubli.

 

N’oublions pas, puisque ce travail s’appuie sur des références bibliques, l’extrait du deuxième commandement «  et je sanctionne le tort des pères sur les fils …. »22.

Si ces mots sont souvent compris comme contenant une idée de vengeance impersonnelle, leur véritable compréhension les rattache à l’importance de la transmission de valeurs éthiques dans la construction de toute société : si la transmission est fautive, si les valeurs ne sont pas transmises, alors, et telle sera la faute des pères, la chaîne des perversions ne sera pas arrêtée et les fautes de ceux chargés de transmettre les lois qui permettent la survie de la société humaine, se traduiront dans le comportement des descendants, et même plusieurs générations après. C’est aux actes de ceux qui ont reçu leur enseignement que les enseignants sont jugés. Ce texte est sévère car l’on transmet toujours plus que ce que l’on imagine et le Maître n'efface pas le libre arbitre de celui qui reçoit au travers des filtres qu’il a construits, comme autant d'auto-limitations, au fil de sa propre histoire.

 

Séparer le Lewis de la pierre de fondation, rompre la transmission de la Force et lui enlever ainsi sa raison symbolique, c’est prendre le risque de la désobéissance aux lois sociales qui assurent la survie de la communauté et qui, devenues Ethique, mènent progressivement l’humain vers l’Etre. Alors les portes de l’oubli se referment sur nos âmes et celles de la barbarie peuvent s’ouvrir.

Le processus de mémoire et la transmission en maçonnerie constituent aussi le moyen d’amener chacun à définir, à placer sa pierre de fondation pour accéder à son être. Le symbolisme et l’analogie constituent nos outils et donnent sens à des gestuelles qui peuvent paraître de prime abord simplement esthétiques, comme par exemple le passage de la procession de clôture sous le trépied formé des cannes des diacres et du directeur des cérémonies. Cette visualisation peut nous mener à nous souvenir, avant de quitter le temple, de notre devoir de transmission ou tout simplement de la place que nous avons occupé pendant le rituel, dans ce que nous avons reçu ou avons communiqué. Porter mémoire de nos promesses au détriment de notre lâcheté et de nos peurs ne constitue pas une tâche aisée et le lewis nous pousse à nous en souvenir, dans un face à face avec nous-mêmes.

La pierre de fondation est celle que nous devons aller chercher au plus profond de nous-mêmes. Ce travail d’identification de nos composantes internes en nous amenant à prendre conscience de nos barbaries intérieures (de nos petites lâchetés quotidiennes et autres abus de pouvoir), nous permet à tous de fonder le rôle social de la franc-maçonnerie libérale et adogmatique.

 

 

La pierre de fondation nous renvoie à la lutte contre la fermeture des portes d’un monde de l’oubli et des ténèbres tissées, non plus, comme le disait Shakespeare, de nos rêves mais de nos peurs, de notre EGO. Le mode de questionnement propre à la F.M. qui consiste à rechercher une voie qui ne se résume pas aux alternatives sociales admises, nous oblige à rechercher les principes qui seront la pierre de fondation, à la tailler pour qu’elle puisse être utilisée à cette fin. Cette pierre de fondation devient alors ce sur quoi nous pouvons nous appuyer pour s’opposer à l’établissement d’un monde de l’oubli de l’humanisme23, à la lutte contre toutes les formes de barbarie qu’il s’agisse de nos petites barbaries trop fréquentes ou des grandes formes de barbarie sociale et de la tolérance que nous sommes parfois capable de manifester à leur égard, tant qu’elles ne nous concernent pas directement.

 

Une fois identifiée, puis taillée, elle doit être justement positionnée. La pierre de fondation, portée puis posée par le Lewis, est donc ce qui empêche la création et le maintien des zones d’oubli, des ruptures dans le cycle de transmission du savoir vers la connaissance.

La pierre de fondation souligne l’importance de la lutte contre l’absence d’humanisme, la lutte contre le silence conçu comme mutisme et enfermement dans la solitude24.

 

La stérilité de l'esprit qui menacerait une loge oublieuse de ses obligations se retrouve encore dans l'analogie biblique décrite par le livre de Jérémie: « On ne tirera plus de toi ni pierre d'angle, ni pierre de fondation / car tu deviendras une désolation pour toujours ». Cette lutte contre l'assèchement fonde le devoir fait au F.M. d’adopter une démarche positive de construction d’une société, d’un lien social.

Du symbole à l’éthique, de l’éthique au lien social, tel est l'un des chemins de la maçonnerie, sans oublier le passage par le bar, la salle humide et le « toast du Tuileur », porté, comme il se doit à la Reine de Saba, par le plus jeune apprenti entré, en clôture des agapes :

« A tous les maçons, pauvres ou dans la détresse, qu’ils soient sur terre, sur mer ou dans les fers, en leur souhaitant soulagement dans leurs souffrances et prompt retour dans leurs foyer, si tel est leur désir. »

 

C.P.

 

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1Mary Carruthers. « Le livre de la mémoire ».

2 L’outil Lewis était utilisé dès l’époque romaine pour soulever des pierres de plusieurs tonnes.

3 Usage du terme « louve » depuis 1611 et du terme « louveteau » depuis 1676 en France. « The Free mason at work – The definitive guide to craft free-masonery », HarryCarr – 7ème édition – éd Lewis Masonic

4Dans certaines pratiques, elle est abaissée et soulevée respectivement pendant l'ouverture et la fermeture des travaux. Cette pierre contribue alors avec le jeu des colonnettes posées sur les plateaux des premiers et seconds surveillants, à marquer l'ouverture et la fermeture de la rituélie.

5 « perfect ashlar » et non « rough ashlar »

6La pierre cubique constitue un symbole de stabilité et de perfection. Le cube est symbole de perfection à l'origine de la civilisation : eg la KAABA (ou cube), centre du monde contenant la pierre donnée à Abraham par l'ange Gabriel.

La pierre cubique représente la Jérusalem Céleste par ses dimensions égales : longueur, largeur, hauteur. (Apocalypse 21-26).

- symbole de sagesse, de vérité et de perfection morale

- symbole de la perfection fondatrice de la civilisation

- sa solidité en fait un symbole d''éternité.

7De la place qui lui est attribuée, la pierre de fondation, comme l'exact reflet de l'Apprenti Entré, entretient des relations avec les deux Surveillants : avec le second Surveillant, symbole du soleil à son zénith, situé au milieu de la colonne du midi, la nouvelle pierre partage l'ombre et la lumière au sein de la loge et prend conscience de son corps par l'expérience de son installation alors qu'avec le premier Surveillant, symbole du soleil à son couchant et sur le plateau duquel le Lewis est posé, se dessine la direction de progression qui s'ouvre à lui : de la matière à l'esprit. La définition par le rituel des places attribuées aux uns et aux autres amène ainsi à remarquer que si le plus jeune apprenti, pierre de fondation, se voit attribuer l’angle Nord-Est, le passé maître immédiat descendant, soit l’avant dernier passé maître immédiat se doit quand à lui de s’asseoir proche de l’angle Sud-Est Cf le développement relatif au passé maître immédiat, p 211 à 217, dans « Emulation Working explained » de Herbert F Inman. ed Kessinger Publishing, 1929,.

8Il s'agit bien d'un temps sacré au sens où le temps ainsi créé est extrait du temps ordinaire et constitué comme une instant spécifique, différent, il s'agit donc bien d'une vision uchronique du regroupement social des FM.

9La pierre doit avoir prouvé être « fair work and square work ». Cork examiner du 13 janvier 1865. La pierre accrochée au Lewis, puisqu’elle est une pierre de fondation, ne peut donc être qu’une pierre taillée et non une pierre brute.

Autre exemple tiré celui-ci du « Maine Masonic Text Book for the use of lodge compiled by Josiah Drummond » ed, 1877. Après une prière dite par le Chapelain, la pierre est soulevée de son emplacement. Puis le secrétaire place au sein de la pierre différents objets qualifiés de « memorials ». La pierre est alors placée sur son socle. Un dialogue se déroule entre le Grand maître installateur et différents grands officiers.

« Grand Maître : Frère Député Grand Maître, quel est le le joyau approprié à votre office ?

Député Grand Maître : l'équerre

Grand Maître : qu'enseigne-t-il ?

Député Grand Maître : ( to square pour actions) d'établir la rectitude par l'équerre de la vertue, et par cela nous prouvons notre travail.

Grand Maître : appliquez votre joyau à cette pierre d'angle et faites moi votre rapport.

Député Grand Maître : la pierre est d'équerre (the stone is square); les hommes du métier ont mené à bien leur devoir,

Grand Maître : Frère Grand Premier Surveillant (senior Warden), quel est le joyau de votre office

Grand Premier Surveillant : le niveau,

Grand Maître : qu'enseigne-t-il ?

Grand Premier Surveillant : l'égalité entre tous les hommes et par cela nous prouvons notre travail.

Grand Maître : appliquez votre joyau à cette pierre d'angle et faites moi votre rapport.

Grand Premier Surveillant : la pierre est égale (the stone is level), les hommes du métier ont mené à bien leur devoir,

Grand Maître : Frère Grand premier surveillant (junior warden), quel est le joyau de vote office ,

Grand Second Surveillant : la perpendiculaire

Grand Maître : qu'enseigne-t-il ?

Grand Second Surveillant : de marcher dans la droiture (d'adopter une démarche de droiture : to walk uprighlty) devant Dieu et les hommes, et par cela nous prouvons notre travail.

Grand Maître : appliquez votre joyau à cette pierre d'angle et faites moi votre rapport.

Grand Second Surveillant : la pierre est droite ( the stone is plumb), les hommes du métier ont mené à bien leur devoir, ».

10Cette cérémonie constitue une véritable cérémonie de consécration puisque de l'huile (onction qui infuse la présence du sacré), du vin et du blé sont versés sur la pierre de fondation après que celle-ci ait été posée à sa place. Cette cérémonie maçonnique est attestée pour la première fois semble-t-il en 1738. Il s'agissait alors d'une cérémonie simple : une fois la pierre posée à son emplacement, trois coups de maillets sont symboliquement donnés sur cette pierre, suivis de trois coups de clairons, trois « hourras » (houzza) et trois coups dans les mains. Par la suite, il apparaît dans les descriptions issues des ouvrages de William Preston en 1772 et celui de Thomas Smith Webb en 1797 des éléments complémentaires : de l'huile, du mais et du vin sont versés sur la pierre de fondation, la solidité et le caractère approprié de la pierre (trueness) sont vérifiés. Une bénédiction est réalisée, commençant par ces mots : « may the all-bounteous Author of Nature … « . Une cérémonie de ce modèle fût menée pour la première pierre du Capitol en 1793. Peu de variations furent observées postérieurement : variations dans les hymnes, bénédictions mais pas dans la structure de la cérémonie.

Albert G Mackey en 1862 rapporte quelques ajouts : par exemple, des déclarations de la part des grands officiers (dixit ici le VM député installateur, le Grand premier surveillant, le Grand second surveillant) explicitant chacun le maïs, le vin et le maïs. Dans d'autres versions ultérieures, chacun des officiers installateurs frappe la pierre du bijoux de son office avant que le pierre ne soit déclarée « well formed, true and trusty », comme décrit précedemment, c'est à dire adéquate à sa fonction. L'explication du symbolisme des éléments de la cérémonie peut aussi être plus élaborée.

11Le nouvel apprenti entré est ainsi, dès sa réception au sein de la loge, confronté pleinement au symbolisme de la construction et de la pierre, symbolisme très puissant au sein de la « craft masonry », de la maçonnerie de métier.Ce symbolisme opératif est renforcé par l'absence de références aux transmutations alchimiques écossaises. A ce titre, la maçonnerie anglo-saxonne comprend des pierres que les rites continentaux ne connaissent pas, comme par exemple la pierre parpaing ou la pierre de faîte.

12Apprenti entrant devenu apprenti entré,Adulte, déjà bénéficiaire d’un enseignement sur les parvis sa réception lui permettra de joindre une expérimentation physique, si importante à Emulation, à ses premières explorations intellectuelles. Il n’est pas anodin dans ce cadre que son premier travail d’apprenti ne consiste pas dans la taille de la pierre mais dans l’apprentissage de la mise à l’ordre. De même, et c’est la pratique proposée à la Reine de Saba, c'est au plus ancien des apprentis entrés, le plus expérimenté dans l'usage des outils, qu'il revient de lui prodiguer la première instruction pendant la cérémonie de réception. Tous deux s'inscrivent déjà, comme FM doté de tous leurs droits, dans le processus de transmission mis en œuvre. Cette présentation peut être réalisée par le PMI, le VM ou par un membre de l’atelier désigné par lui.

13 Les filles sont nommées « louvaines » mais dans ce système de maçonnerie non mixte, leur place est plus limité et n’est pas symboliquement évoquée sur la planche tracée.

14Ainsi ce symbole, dans la tradition de la maçonnerie qui l’utilise, représente au premier abord une vision morale de la société et un code de conduite dans la manière pour un père d’éduquer son fils et pour un fils de faire honneur à son père. Comme nous l'avons déjà remarqué, l'institution maçonnique anglaise entretient un fort lien avec l’ordre social et se conçoit aussi en filigrane comme une institution responsable de sa conservation, disons même de son conservatisme.

15 Qu’il s’agisse du mouvement des colonnettes pendant le rituel, du mouvement des officiers entre leurs charges ou la présentation des trois colonnes.

16 Car la mémoire n'est pas simple souvenir, elle est construction de la pensée afin d'atteindre un objectif , une pensée élaborée.

17La définition d'Emmanuel Lévinas éclaire particulièrement ces propos. L'éthique n'est pas seulement un discours formaliste mais une attitude. L'éthique ouvre la possibilité de passer de l'émotion à l'action. Pour Lévinas, on n'est pas homme instinctivement. « On devient homme par la réflexion que l'on a soi-même sur l'homme ». Désirer le bien dans l'élan naïf du cœur est nécessaire, mais n'est pas suffisant. La passion dit-il doit se méfier de son pathos , devenir et redevenir conscience. Ainsi définie, l'éthique constitue le fait de culture par excellence. Le maître mot de la définition de l'éthique est donné ici à l'étude : la conscience. «L'appartenance à l'homme en tant qu'homme suppose la tradition, la littérature et la science. La justice est difficile à l'ignorant. L'humanisme est une extrême conscience. » L'éthique, c'est « la morale plus l'étude ». Nous retrouvons ici l'union de l'âme et du cœur, de l'esprit et du corps. Cette définition s'applique pleinement me semble-t-il à une démarche maçonnique adogmatique et à visée de réflexion sociale. Parler avec son cœur et son vécu émotionnel ne permet pas seul de répondre à la question : « à quoi me servent, en tant que citoyen, les outils symboliques que je manipule ? ». De plus, l'émotion ne demeure souvent que le produit de notre vécu et donc de notre égo. L'émotion est furtive, changeante et manipulable, surtout lorsque l'on se déplace sur les questions de politiques et de normes sociales. L'abstraction de la réflexion construit la réflexivité de la perception, le miroir de l'esprit, peut-être est-ce cela la conscience. Devenir Franc-maçon c'est aussi apprendre, par l'étude analogique des outils symboliques à passer du ressenti à l'engagement. Mais la réflexion en sens inverse est aussi possible : l'émotion est nécessaire, l'intellectualisation extrême ne construit pas le travail de connaissance humaniste de soi. L'identification de la globalité de chaque individu comme phénomène implique le dépassement d'un existant émotionnel non renié, mais assumé.

18 Parfois traduit bien qu’improprement par YHWH, Yavhé

19 Les morts ne communiquent ni entre eux ni avec ceux qui leur survivent.

20« Vous avez dit : «  nous avons conclu une alliance avec la mort, avec le schéol nous avons fait un pacte/ nous avons fait du mensonge notre refuge et dans la fausseté nous nous sommes cachés ». Isaïe 28 / 15 à 17.

21Au delà de la ritualisation de nos pulsions, de notre Eros.

22 Traduction Chouraqui.

23« Pierre d'angle, pierre de granit pierre angulaire, précieuse, / celui qui s'y fie ne sera pas ébranlé. »

24« On ne tirera plus de toi ni pierre d'angle, ni pierre de fondation / car tu deviendras une désolation pour toujours », Jérémie 51;26. « voici que je vais poser en Sion une pierre / une pierre de granit, pierre angulaire, précieuse / pierre de fondation bien assise : celui qui s'y fie ne sera pas ébranlé / et je prendrai le droit comme mesure et la justice comme niveau. » Isaïe, 28-16

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