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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

Publié le par Lurker
Publié dans : #Tombeau d'Hiram
Note.
Cet article ne concerne pas les signes du rite Emulation.


l y a trois signes de Maître Maçon: le Signe ordinaire, le Signe d'horreur et le Signe de détresse ou de secours. C’est sur le signe ordinaire, ou « signe d’ordre » que porteront les lignes qui suivent. On ne s’appesantira pas sur le fantasme du geste protecteur car on s’aperçoit très vite qu’une telle symbolique tournerait au ridicule.

La principale difficulté d’analyse provient manifestement du fait qu’à partir de ce grade, la symbolique n'est plus orientée vers la réalisation de signes et attouchement présentés comme supports dont la forme détermine la construction de schémas visuels, mais repose sur le principe de substitution.

L'appréhension de l'altérité comme élément fondamental d'équilibre. On passe de l'immanence du Verbe à sa possibilité de sa réalisation, voire, d’une Création par substitution.

Au Grade de Maître, l'énergie principielle devient énergie créatrice et pour cela, elle a besoin d'un vecteur stable

Si nous restons persuadé de la logique générale du symbolisme il reste cependant nécessaire de se poser, en permanence, la question fondamentale de l'utilité pédagogique du système. Que peut enseigner l’art du geste dans une structure essentiellement tournée vers la Cabale Chrétienne et l’Alchimie ? Peut-être faut-il se tourner vers une certaine forme appliquée de communication non verbale, un constat d’usage du silence qui permettrait d’orienter la réflexion vers la signification particulière du signe dans un thesaurus sémantique. Cette option de recherche se vérifie dès lors que l'on consulte les auteurs sur la symbolique au grade de Maître. En effet, il n’est que Jules Boucher pour décrire le geste et offrir au lecteur une version plausible de son interprétation, de même, il s’attarde à préciser certaines différences de pratique entre les Rites Français et Ecossais, à savoir que « Le Signe ordinaire consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au rite écossais, on pose la main à plat,. au rite français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche. Ce signe correspond au troisième Chakra. Son nom: Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau. » Le signe, continue-t-il, se fait, au rite français, en retirant la main et en la laissant retomber pour former l'équerre. Au rite écossais, il se combine avec le Signe d'horreur mais le geste reste dans la même dynamique combinatoire. On verra plus loin que cet enchaînement a essentiellement pour effet de chasser l'énergie loin du corps.

Jules BOUCHER in ( La Symbolique Maçonnique ) Editions Dervy Livres - Paris 1981 - page 327

Pour comprendre la réalisation du signe d'ordre, il est absolument nécessaire de quitter le chemin historique de la maçonnerie pour entrer dans sa part occulte même si, parfois, celle-ci explique celle-là. Cette forme ésotérique a été très fortement développée à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, tant par les théosophes que par les occultistes comme Oswald Wirth ou René Guénon et largement développée chez les théosophes issus du Droit Humain comme Annie Besant ou Charles W. Leadbetter. On se souviendra aussi de la difficulté toujours actuelle à trouver une quelconque mention du grade de Maître avant 1723. Du moins, aucune mention sous la forme que nous lui connaissons actuellement, c’est à dire avec la description du mythe d’Hiram et, même si l'on peut considérer que les jésuites aient pu ramener de leurs implantations diverses en orient les principes fondamentaux permettant de comprendre le mouvement des énergies et les rapports de l'homme avec l'univers selon les traditions chinoises ou indiennes, aucun document sérieux n'indique que cet apport ait pu trouver sa place de manière cohérente dans le thesaurus maçonnique avant la fin du 19ème siècle.

Pour d’autres rites, tels, Emulation ou York, les cérémonies s'effectuent avec des déplacement en Loge sans rappel de signe particuliers. Si l’on accrédite l’ancienneté de ces Rites, où, du moins l’ancienneté de leurs source puisqu’Emulation n’a été codifié qu’au XIXème siècle, cela pourrait confirmer un apport tardif et du mythe, et du signe. D'autre part. il reste important de noter que, si un signe avait été effectué durant la dernière moitier du XVIIIème siècle au sein de la franc-maçonnerie qui s'installa sur le continent, il l’eut été selon la  mode des « moderns », c'est à dire selon les formes les plus pratiquées encore aujourd'hui sur le continent, soit : Français,, REAA ( ne jamais se laisser avoir par le nom donné au Rite, une rapide lecture du Rituel et des manuscrits Franken de 1772 ne laissent aucun doute ), y compris MM, dans la mesure où les rites anglais ne pratiquent pas le signe de cette manière. et qu'il a fallu attendre le Union Act et la création d'Emulation pour "découvrir" les pratiques des "ancients".

Ces constats et questionnements ne retirent rien, bien entendu, à la cohésion du symbole, pas plus qu'à ses rapports avec une dynamique ritualisée permettant le mouvement des fluides. Mais cela montre assez bien la difficulté à retracer l’origine des processus rituels et même si l’on peut admettre son affiliation à une tradition humaine très ancienne ( Egypte ou Eleusis), il est fortement probable que les constructions actuelles n'ont été bâties à l'intérieur de la fraternité que très récemment et probablement construit à partir de la philosophie occulte de l’époque élisabéthaine et de l’illuminisme rhénan XVIIème siècle dont on sait qu'ils furent probablement aux fondement de la franc-maçonnerie spéculative. Mais, à cette époque, il y, a bien souvent, une nuance importante entre la recherche et la démonstration. De cela, on peut déduire que si l'on excepte l'illuminisme européen des années 1600 et l'extraordinaire mouvement qui vit naître à la fois la Réforme et les grandes utopies qui serviront de support aux Lumière du siècle suivant, il faudra attendre les occultistes comme Papus et Leadbeater pour théoriser nommément la maçonnerie symbolique et lui donner des cadres hors de la chrétienté du Rite Ecossais Rectifié afin de lui définir une réelle place au sein d’une forme d’ésotérique chrétien cohérente.

Mais, revenons à la description du signe des "moderns" dont Jules Boucher indique qu’il fait référence aux Chakras et particulièrement au troisième : "Manipura".

Que sont les Chakras ?

Le mot provient du sanscrit et signifie « roue ». En fait, cette roue ressemble plus à un « nœud » qu’à autre chose dans la mesure où il s’agit d’un carrefour reliant les différentes lignes de forces présentes dans le corps. L'énergie du corps se transmet depuis le bas vers le haut et se divise principalement en trois branches dès lors qu'elle est activée Ces trois courants de vie qui courent le long de la moelle épinière sont nommes: Idâ et Pingala par les hindous et ont pour correspondance analogique les colonnes B et J, le Solve et le Coagula, l'énergie yin et yang, le soleil et la lune, « ceci et cela ».

Le premier grade de la franc-maçonnerie, par son signe, et son symbolisme, stimule Idà, l'aspect féminin de l'énergie, permettant ainsi à l’adepte de maîtriser plus facilement ses passions et son émotion Pingalà ou aspect masculin se trouve renforcé dans le deuxième grade. Il a pour vocation principale d'ouvrir le chemin à l'influence de l'esprit venu d'en haut, de permettre au « pneuma » des alchimistes de « voyager », d’élaborer avant de construire.

Le troisième grade, quand à lui, actionne le support fixe de l'énergie, celuI qui correspond au tube central de l'épine dorsal que les hindous appellent Soussoumnâ et qui est bien souvent représenté par un caducée. C’est le tuteur autour duquel circulent les énergies doubles et qui permet d'ouvrir son esprit à l'énergie venue d'en haut. Rien de tout cela n’est vraiment surprenant, ni même en contradiction avec la circulation de la parole en Loge, pas plus qu'avec les moyens symboliques mis en œuvre afin de construire une égrégore.

Cf. « Le côté occulte de la franc-maçonnerie » de Charles Webster Leadbeater, ou bien « L'homme et ses corps » de Annie Besant

Ce qui reste plus sujet à questionnement est la précision avec laquelle les geste sont codifiées. Il n'est pas question ici de prolonger le signe du Maître, comme cela se pratique au Rite Ecossais Ancien et Accepté, par un signe d'horreur, mais bien de le considérer seul comme la continuité logique de celui du grade d'apprenti et de compagnon.

Quels sont les Centres atteints par l'exercice des signes? Le cinquième Chakra, correspondant à la partie du corps sur laquelle se pose la main droite au grade d’Apprenti, le quatrième Chakra, saisi par cette même main lors du signe au grade de Compagnon, et, enfin, le troisième Chakra, pointé, encoure par la main droite, au grade de Maître. Ces trois centres sont exactement ceux qui interviennent dans la construction de la personnalité.

Le Manipura, centre solaire correspondant au signe de Maître, est, depuis très longtemps considéré par la tradition orientale, comme l'un des plus importants sans toutefois être l'un des centres majeurs.

L'énergie du chakra solaire est une force émotionnelle fortement influencée par les désirs et les sensations tactiles. Il correspond, en grande partie, aux réactions animales et il est directement relié au centre cardiaque, au thymus et au centre frontal. On constate donc qu'après avoir fait descendre l'énergie spirituelle à la rencontre de la source par les signes du premier et second grade, la préoccupation du Maître sera, maintenant, d'équilibrer, de maîtriser ses passions et de les rendre compatible à son environnement. Il sait qu'il demeure homme et que ses pulsions sont primordiales à son équilibre, reste maintenant à confirmer la mort du « Vieil Homme », conforter la substitution ce qu'il est devenu pour faire face à ce qu'il était.

La conjonction est parfaite avec la symbolique de substitution du verbe, de la Mort renaissance et du recul vers le centre de la terre face aux menaces des trois compagnons. La dualité longuement travaillée dans les deux premiers grades devient, par la création du support central, altérité et concrétisation ternaire.

On s'aperçoit alors, même si l’âge donné du Grade est 7, que l'étude du signe nous donne des éclaircissements importants sur le ternaire, comme si les deux trinités unifiées étaient le fondement même de la finitude de l’Homme.

Trois est le fruit de Deux ( comme le sont les vaisseaux d'énergie libérés) dans sa phase opératoire; les deux pôles se tournent l'un vers l'autre pour agir. Trois établit donc la médiation comme je l'ai dit plus haut, il est la force relationnelle qui unit le Père et la Mère et qui produit la génération. Trois représente la potentialité dans la mesure où tout nombre impair exprime une idée de concentration, de plénitude de l'énergie au sein d'une structure condensée à l'inverse des nombres pairs qui induisent une idée de division, de diffusion.

Entre le Ciel et la Terre il est un vide médian peuplé de l'ensemble du Monde; dans le ternaire Ciel-Terre-Homme, le troisième terme indique la notion de multitude et ce terme nous replace dans la situation des versets 27 à 29 du 8ème chapitre des Proverbes.

On appelle « intervalle » la différence de hauteur entre deux notes de musique. L’intervalle se calcule toujours « notes incluses ». On distingue les intervalles simples : unisson, seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septième et octave, des intervalles redoublés qui dépassent l’octave ( neuvième ).
Les intervalles sont classés en intervalles « justes », conformes à la résonance naturelle comme l’octave, la quinte, la quarte, et en intervalles majeurs ou mineurs conformes aux résonances harmoniques.

Les trois foyers…

Les trois foyers représentent, pour les occidentaux, les trois éléments principaux de la physiologie humaine et ce, pratiquement depuis l'origine de la médecine moderne.

Ce sont : la respiration - circulation, la digestion - assimilation et l'élimination, la reproduction. Dans ce cas, parler du triple foyer revient à parler de la physiologie dans son ensemble.

Si l’on tient compte de la différenciation des différentes traditions pour lesquelles l'homme a toujours été influencé par le haut, le ciel ( énergies externes) et par le bas, la terre ( énergies internes ), nous avons bien la confirmation que le chiffre 3 représente la base de l'idée d'existence: le ciel, l'homme, la terre.

Les gestes effectués en franc-maçonnerie l'indiquent clairement. Depuis son initiation, le franc-maçon est fils de la Terre, Gaya cette veuve qui engendra seule, Ouranos, le Ciel, et l'ensemble de l'énergie qu'il lui est possible de déployer vient de l'influence d'une circulation verticale de bas en haut.
Il est important que l'apprenti apprenne, par le silence, à bloquer cette énergie au niveau du larynx. De même, le Compagnon, dans sa quête, doit s'assurer du bon rayonnement solaire des deux pôles autour de leur axe par l’exécution d’un voyage spiralé souvent symbolisé par un labyrinthe. Le Maître contrôle le flux reproducteur et la diffusion des polarités. C'est pourquoi on peut généralement constater que les sens de lecture et de développement des forces dont il est question dans les représentations symbolique s'effectue du bas vers le haut et que cette lecture, lorsqu'elle est ramenée à l'homme, prend le chemin inverse.

Nous pensons toujours que notre tête est l'élément fondamental de notre existence alors qu'elle n'est que son point de libération. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen. le cœur et la gorge. Cela offre bien l'image physique de l'assimilation énergétique ( feu par friction ), de l'assimilation physique ( feu solaire) et de la reproduction ( feu lunaire), ces trois feux sont désignés par l’astrologie comme le Bélier ( Amon - Père et source de toute chose ), le Lion ( Logos solaire, le fils, l’Apôtre, celui qui voyage au loin ) et le Sagittaire ( la flèche du Saint-Esprit, l’Amen  qui finit la boucle ).

L'hiver, le feu intérieur est en relation avec la gestation, la graine jusqu’à son éclosion printanière. Le feu moyen intermédiaire va croître jusqu’à son extériorisation solaire maximum, puis il s'estompera à partir du solstice d'été. Les trois feux vont alors s'exprimer selon les quatre éléments pour donner naissance au zodiaque tel que nous le connaissons.

Le premier Chakra visité est l'omphalos, le Centre, associé en tant que pôle au Centre du Monde, l'autre pôle étant le cœur. Ce dernier, représenté comme une fleur à douze pétales, est associé à l'Etre ; le compagnon fait celui dont la quête devient mouvante, comme celle des chevaliers de la table ronde dont on sait qu'ils étaient douze autour du Roi Arthur, fils du dragon.

Le nom du Père d'Arthur est Uter Pendragon. Pen-dragon signifie «tête de dragon», la « caput draconis » est la partie qui correspond à la naissance du cycle des lunaisons. La légende d'Arthur précise que son Père Uter a bâti « Caer Leon » ( La forteresse du Lion ) après avoir abattu une tour fortifiée au pied de laquelle sommeillaient deux dragons ( l’ascendant et le descendant lunaires ), l'un blanc et l'autre rouge. Les dragons blancs et rouges sont aussi la représentation symbolique des Yin et Yang.


Messager de son devenir, l'homme porte sur son corps la promesse de son universalité. Au cœur de son être est le « plexus solaire ». Cette affirmation de Lumière qui détermine le point de rayonnement l’être a traversé les âges et les traditions. Pour les hindouistes, la montée de la Kundalini jusqu’au centre permet d’ouvrir la roue de l’ombilic puis celle du cœur. Pour les francs-maçons dont les pratiques trouvent bien souvent leur justification chez les érudits du XVIIème siècle, les signes prennent alors tout leur sens.



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Publié le par Lurker
Publié dans : #Initiations
"quando praeparabat caelos aderam quando certa lege et gyro vallabat abyssos"
Pro.8;27


On utilise communément le compas pour décrire un cercle à partir d’un point donné. Son nom provient de l’ancien français « compasser » qui signifie le plus souvent « régler avec une exactitude minutieuse ». Son origine repose sur la même racine que « compassion » qui correspond à l’hébreux « C’HEMLA’ » Heth Mem Lamed He, terme féminin qui veut dire « pitié ». Cette racine a pour signification de partager les malheurs d’autrui. Cela nous porte à penser que ce qui se trouve dans le cercle relève du partage. Ainsi, le compas délimite le monde mais aussi, définit ce qu’il contient. Il s’agit bien entendu de « cum-patire », « éprouver avec… ». Cette étymologie latine nous guide vers la « passion » par le fait qu’il s’agit de partager des souffrances. « Passio », « supporter », est issu du verbe « patior » signifiant « souffrir », « endurer » et qui recoupe un ensemble d’état dans lequel l’individu est passif face à son propre destin en opposition à celui dont il pourrait maîtriser les causes. C’est pourquoi le Grand Architecte est celui qui maîtrise le Compas. On comprend que cette définition pour le moins passive correspond bien au seul Compas considéré analogiquement comme la part féminine œuvrant à la Création du Monde.

Par extension, le Compas représente ce qu’il forme, c’est à dire un cercle et c’est pourquoi il est le symbole du principe de compréhension multiple, d’ « omniscience »,de  « pentocratie » de la manifestation divine. C’est par le Compas que l’œuvre se construit « dans son ensemble » parce que le Compas aide à construire ce qui contient l’ensemble, un cercle qui ne commence ni ne finit nulle part, la conscience visible du Temps. C’est ainsi qu’il est dit, dans les Proverbes :

« Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais là; Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,
Lorsqu'il fixa les nuages en haut, Et que les sources de l'abîme jaillirent avec force,
Lorsqu'il donna une limite à la mer, Pour que les eaux n'en franchissent pas les bords, Lorsqu'il posa les fondements de la terre »
Pro.8 ; 27-29”


Pour le franc-maçon, le compas sert à déterminer avec exactitude et rectitude les proportions de la stéréotomie afin de régler le plus parfaitement les dimensions de la pierre. Le Compas symbolise l’impartialité et la perfection de l’œuvre de Création du Grand Architecte. Cette exactitude nous contraint à la méditation et à l’admiration d’une construction dont l’objectif est la perfection et dont il nous appartient de maintenir l’équilibre.

Le Compas, par le fait qu’il définit les contours du devoir, rappelle qu’il est bon de conserver « à l’intérieur », les passions et les préjugés.




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Publié le par Lurker
Publié dans : #Paroles
« Le loup, circulant revêtu d'une peau de brebis,
chuchote partout aux oreilles que le
 Mal n'est en réalité rien d'autre qu'une méprise
du Bien et un instrument valable du progrès. »
C.G. Jung - Les racines de la conscience

« Qui habite les songes ne meurt jamais. »
 Georges Schéhadé.

Le poème de la Chaîne d'Union du Rite Ecossais Ancien et Accepté m'a toujours fait penser aux murmures de paroles indéchiffrables dont la musique se mêle au chant des oiseaux dans la fraîcheur d'un cloître. Ici, « Frères visibles et invisibles, présents par le corps ou par la pensée, nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes . » Nous porte à voyager ensemble au coeur de la nuit. Nous ferons quelques pas sur la route secrète qui mène au coeur de l'oeuvre.

Le Temple se construit silencieusement, aucun bruit de métal ne peut y être entendu. Seuls les souffles et le glissement du sable, Millions de grains, les pierres sont taillées selon le plan et apportées ensuite pour être jointes, la nuit regorge de leurs souffles, de leurs murmures.

« Frères visibles et invisibles »

Comme le souvenir de cette vieille histoire de la reconstruction de Berlin dans laquelle les ouvrier se passent les briques, la nuit... bite schön, danke schön, bite schön, danke schön...

Nous dormons, nous rêvons et nos rêves tissent le voile de notre vie psychique. Derrière ces mots sont des souvenirs plus que rêveries, une promenade parmi les heures qui se sont écoulées au coeur de rêves perdus dans un « caveau, ancien réceptacle où depuis bien des siècles sont entassés les os de tous mes ancêtres ensevelis  ».

Il faut bien mettre des visages le long de la chaîne. Les visages et les yeux de ceux qui m'ont accompagné et ont glissé parfois dans le rêve sans fin des nuits de mes souvenirs, je sens leur souffle parfois, comme un sourire soufi, alors je peux dormir. Il manque une pierre sur le mur, et la Parole s'éteint, un maillon de la chaîne, soulagé des murmures, des souvenirs incertains. Il manque un nom sur les pierres et le silence s'étend comme le lierre sur le Temps.

« Etre, ou ne pas être, là est la question. Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie  ?. » ( Shakespeare - Hamlet - acte III scène 1 )

Le sommeil est un état dans lequel le dormeur ne veut rien savoir du monde extérieur, dans lequel son intérêt s'en trouve tout à fait détaché par le fait qu'il entre dans un monde parallèle, celui des rêves, celui des « possibles ». Nous savons bien que le « possible » est toujours réalisable, mais jamais réalisé, « inaccompli  ».

L'hébreu ancien utilisé dans la bible ne comporte que deux temps grammaticaux : l' « accompli » associé au Présent et l' « innacompli » qui se présente comme une forme de futur « en train » de se réaliser. Dans la Genèse, seuls les deux premiers versets sont à la forme accomplie. A partir du troisième verset : " vay'omèr élohim yéhi 'or vayéhi 'or" - « Dieu dit : que la Lumière soit et la Lumière fut. », Gn 1 ;3. les versets de la création sont conjugués à l'inaccompli. De fait, si l?on considère « Bereschit » selon sa véritable traduction, « en principe », la formulation du troisième verset implique une conception en cours de réalisation : « En principe, Dieu est en train de dire que la Lumière qui commence à se constituer doit ( yéhi - impératif accompli ) exister lorsque son élaboration encours fera qu'elle existe. » Si l'en-cours présente, en principe, une certaine forme de permanence c'est probablement que la définition de la Lumière selon l'Eternel, est très proche de celle du « possible » et que l'Univers dans lequel cette Lumière a une existence finie est un univers parallèle où le Temps reste figé, fini, accompli. Il s'agit ici de la définition d'une conception du Temps en perpétuel mouvement et pas nécessairement linéaire, mais plutôt comme un cercle qui tournerait en permanence dans le même sens autour d'un point fixe présenté comme Présent : l'Eternel, ou, plus précisément la « Ruakh », le « souffle » de Dieu qui flotte sur les Eaux. On pense alors à l'image du Dieu du Sommeil des latin dont les oreilles sont formées par des ailes. Le Présent détermine alors l'inconscient de l'Etre, le monde figé du rêve, alors que sa conscience habite le mouvement en perpétuelle fuite «tempus fugit » qui semble réalité. Dans ce cas, le Temps ne serait qu'une affaire de "conscience". Le terme utilisé pour désigner le Dieu créateur, Elohim, pluriel, serait alors tout à fait juste puisque la Création ne peut exister hors du Temps. Dieu serait donc "Logos", "Conscience" et 'Temporalité"

Une question se pose à propos du dormeur et sur ses songes, et vient conforter la temporalité du rêve. Quelle est leur part réciproque de réalité. Les « possibles » ne sont ni potentiels, ni désirs et ne se réalisent jamais. S'ils avaient une existence réelle, ils ne seraient plus « possibles », mais accomplis et ce qui est accompli n'est pas « possible » puisque c'est réel.

Ce qui est réel n'est plus désiré.

C'est en nous retirant du monde extérieur, en nous plaçant en retrait des agressions et des excitations qui en viennent que nous pouvons nous abandonner au sommeil.

S'Abandonner au sommeil, quelle étrange formule ? abandonner ? quel étrange moment où l'inquiétude laisse place à une confiance aveugle. Il est si « naturel » de s'endormir que l'on ne pense plus à la fragilité dans laquelle nous nous glissons. Ce moment est si délicieusement reposant que l'on oublie facilement l'inquiétude liée à une situation de faiblesse.

Elle nous vient cependant du plus profond des âges.

Le sommeil de l'homme est l'aboutissement d'une très longue évolution, car, pour que notre organisme puisse dormir, il faut qu'une horloge interne lui donne le rythme du Temps.

Etrange conception humaine encore une fois qui permet à l'organisme de gérer et comprendre inconsciemment ce que l'intelligence en éveil se refuse à concevoir. En effet, nos sens ne perçoivent que la chronologie, le déplacement du temps par le déplacement du monde. Saint Augustin le soulignait ; je sais parfaitement ce qu'est le Temps mais je perds tout mes moyens lorsqu'il s'agit de le décrire.

Notre immobilisme ralenti par la stase du sommeil nous conduit aux portes de la Mort, d'une manière si subtile que la réalité se confond avec le désir et ce désir glisse lentement dans les mondes du possible. C'est sur cette ligne verte que se glissent nos rêve et, s'il nous est possible de lutter contre l'horloge du sommeil, on notera qu'il n'est pas possible de se passer de rêve. Empêcher quelqu'un de rêver c'est le tuer à coup sûr en peu de temps. La frontière n'existe plus et seule reste la Mort.

Nos traditions nous présentent des mondes circulaires imbriqués les uns dans les autres et notre sommeil nous propose des rencontres improbables dont les arcanes s'éloignent comme les cercles d?une pierre tombée dans la rivière.

Chacun d'entre nous a sa place au début du rêve et le déplacement de l'un amène au déplacement des autres. Un jeu de chaises musicales composé en termes aléatoires et où personne ne reste debout.

Si l'on ne se plonge jamais deux fois dans le même fleuve, on ne se replace pas non plus à la même place. Noctambules de l'aléatoire, diurnambules de la Connaissance, chasseurs d'archétypes aux frontières du réel, nous dirons, comme un viatique, les derniers mots du répliquant de « Blade Runner » : « J'ai vu tant de chose que vous humains ne pourriez pas croire. Des vaisseaux en flammes sur le baudrier d'Orion. J'ai vu des rayons cosmiques scintiller prés de la porte de Tannhäuser. Tous ces instants seront perdus dans le temps comme les larmes dans la pluie . » ( Blade Runner. Paroles de Batty à Rick Deckard dans les dernières minutes du film de Ridley Scott )

Les mathématiques du chaos orientent les rêves dans d?immenses fractales aux couleurs chamarrées et ce que nous avons vu disparaît à jamais avec nos yeux ouverts. Ceux qui veillent sur notre sommeil ont eux même dormi et ont construit le monde avant que nous n'ouvrions les yeux. Alternance des nuits puisque notre culture nous porte à dormir la nuit et désir de nous livrer à la Reine Mabh , Reine des fées Irlandaises, Reine de la Nuit qui veut garder ses filles prisonnières lorsqu'elles ne parviennent pas à dominer les hommes. Reine « Qui tresse la crinière des chevaux la nuit et fabrique des noeuds magiques », symboles d'éternité, labyrinthes de patience.

Comme le disait William dans « Roméo et Juliette » où la Belle endormie plonge dans l'éternité d'une jeunesse parfaite, en nous glissant quelques mots éternels. Plutôt que de pleurer ce qui nous manque, rêvons de ce que nous avons.

La reine Mabh s'appelle en réalité Medb en irlandais médiéval ( prononcé « Mêve » ). C'est un mot celtique, d'origine indo-européenne, signifiant « ivresse ». En irlandais moderne, cela s'écrit Maedhbh, et en anglais Maeve.


La Reine dort dans l'ombre, seule. Dans les anciennes traditions, elle a tué son époux, dévoré son amant. Elle est toujours Reine de la Nuit, Reine de l'enfer puisque le nom de cette nuit est Hölle, Helle. Dans l'ancienne langue celte cette nouvelle nuit, cette « Neue Hölle » femelle vient brusquer le jour réservé au Dieu mâle qui se dit Diou ou bien Deyouss qui signifie « Ciel Blanc », « Jour ».

Veiller sur le sommeil des Hommes, c'est leur garantir la protection de la Déesse Nocturne. C'est protéger le passage entre les mondes, permettre à la réalité de circuler. Consumer le vieil homme Sarastro porteur du passé et de ses illusions, amant mythique de Maeve, il est l'Homme face à ses rêves. Veiller sur le sommeil des Hommes c'est aussi s'assurer que nous restons humains durant la nuit car, dans notre inconscient collectif, le monde nocturne est celui des somnambules, liens impalpables entre les deux frères Hypnos et Thanatos, ni morts ni vivants, et ceux qui errent la nuit ne sont pas des protecteurs.

Veiller sur le sommeil des Hommes c'est s'engager à tenir sa promesse d'oeuvrer à l'amélioration de l'humanité et, par la même occasion, à notre propre amélioration, si toutefois nous en sommes capable. Nous le ferons avec renoncement et intelligence, au delà de fausses facilités intellectuelles bercées de nos préjugés et de nos certitudes. Le franc-maçon est celui qui construit la demeure et non celui qui l'habite. Oublier l'égotisme qui voudrait que ce monde soit fait à notre image, alors qu'il vaudrait mieux, parfois, éviter qu'il ne nous ressemblât. Le renoncement de ceux qui donnent plus qu'ils ne prennent.

Le monde n'a pas besoin de guides ou de charité, mais de considération. En cela Sarastro est tout aussi dangereux que la Reine de la Nuit car les deux n'offrent que leurs options et non l'énergie qui permettrait d'en découvrir de nouvelles et, « sans dire un seul mot se mettre à rebâtir?.» Veiller sur le sommeil des hommes c'est protéger le dormeur contre les gardiens des seuils, ceux qui restent invisibles aux hommes; il sont l'incarnation de toutes nos mauvaises actions écoulées. Ils doivent être dépassés par celui qui désire entrer consciemment dans les mondes intérieurs pour atteindre à la pleine connaissance des conditions qui y règnent.

Ils nous observent, immobiles, frères jumeaux du Bien et du Mal?ils restent semblables, gardiens qui personnifient toutes actions, et que nous pourrions appeler Anges Gardiens tellement il nous ressemblent, tellement nous en sommes différents.

Ambivalence du titre plus que de la fonction.

Si nous avons le courage de dépasser le gardien hideux que nous apercevons en premier lieu, formé d'une grossière substance-désir, nous obtiendrons bientôt l'aide consciente de l'autre, formé de réalité virtuelle. Nous aurons alors la force de faire face, sans crainte, à l'avalanche d?obstacles sans formes auxquels sont exposés ceux qui essaient de fouler le sentier labyrinthique de spirales qui montent et descendent sans fin sous le regard d?anges ou de démons.

Nous ne savons plus très bien lesquels sont bienveillant?

Veiller sur le sommeil des hommes est une forme de précaution : « tempus fugit », le temps s'écoule et rien ne sert de tenter de le retenir car rien d'autre que le Temps ne peut nous définir. Si nous échappons au temps, nous échappons à nos vies. Dans l'Invisible, l?inapparent, le pré-donné et l'Insaisissable, bref, dans la Vie elle-même et son éternelle donation à Soi la division sujet/objet n'existe plus. L'intention perd son sens, la représentation n'a pas accès, aucun regard extérieur ne peut entrer. C'est en ce lieu aux frontières de tout que réside l'ultime Réalité. Il n?est donc plus possible de parler de conscience au sens habituel de l'état de veille. La Présence, « Je suis » n'est pas la vigilance, la Présence témoigne de la vigilance. Nous serons les témoins de notre propre sommeil, nous serons les témoins du sommeil des hommes. Lles témoins du sommeil d'Adam.

Tant que nous ne dépassons pas nos spectres, nous ne sommes pas aptes à connaître nos mondes antérieurs, pas aptes à tuer le « vieil homme », seulement à protéger son sommeil et nous devons nous contenter de la vue ordinaire donnée à l'humanité. *

Dès lors, ce sommeil qui nous hante par toutes les formes d'inquiétudes qu'il peut révéler, par toutes les formes de silence qui peuvent nous menacer, se transforme en quête vers la protection de l'autre.

Nous porterons vers le monde les vérités que nous avons acquises et particulièrement celles qui permettent de nous protéger des cauchemars, de poursuivre les démons qui nous habitent au delà de nos rêves, sur les terres plus rassurantes de certitudes illusoires. Pourvu que le souvenir, la mémoire, empêche la reproduction des atrocités que le voile soulève ! Il n'y a pas de mot latin, racine consciente de notre langue, pour désigner les cauchemars, il n'y a qu'incubus pour nommer les démons de la nuit qui pèsent sur nous.

Ce que l'on nomme, ce que l'on regarde, ce que l'on fixe dans les yeux n'a plus de consistance, n'est plus dangereux.

Les guerres se font avec des combattants de l'ombre, des snippers cachés sur des toits, elles ne se font plus au corps à corps, les yeux dans les yeux. Les Vampires ne dorment pas, et nous ne travaillons pas au delà de minuit. La part la plus dangereuse de l'ombre nous reste étrangère. Adam dormait au jour de la création d'Eve, il dormait encore au pied de l'Arbre, occupé à se soustraire. Il disparut de la Genèse, il ne fut plus l'acteur du monde et son seul fils fut une ombre , comme si la descendance de celui qui se cache ne pouvait être qu'un souvenir.

Il fut un jour et il fut un matin.

Seul Abel ( la brume ) est le fils d?Adam et d?Eve, « j'ai formé un homme avec l'aide l?Eternel », le premier enfant du couple est né de l'union de la Femme et de Dieu. C'est de cet enfant, Caïn, que provient véritablement toute la descendance du monde. Cf. chronologie généalogique de Noé.

Ambroise Paré prétendait que « l'oppression et quasi suffocation ne provient pas toujours de la part de ces démons, aussi bien souvent d'une espèce de maladie mélancolique que les Flamands appellent Mare, les Français Coquemare et les Grecs « Ephialtes », lorsque le malade a opinion d'un pesant fardeau sur la poitrine, ou d'un Démon qui veut faire force à sa pudicité. » Tout changement d?état de conscience modifie notre perception de la réalité. La torpeur lourde du sommeil profond est occultée par la lumière du rêve. Les ombres de la réalité déformée du cabinet de réflexion sont transformées par la Lumière donnée?

Nous savons tous que la nuit divise les jours et que les jours détruisent la nuit. De la même manière, nous feignons d'ignorer la réalité onirique en entrant dans la vigilance, ce qui nous permet de renvoyer le rêve tout entier à l'illusion. Le voyageur qui est au fond de la vallée en a une représentation, qui lui est commune avec ceux qu'il rencontre. Quand il monte sur le flanc de la montagne, le spectacle devient très différent. Chaque fois qu'il fait une station à une hauteur plus élevée, son panorama se modifie. De même, nous pouvons comprendre que d'un point de vue plus élevé que celui de la vigilance, le monde des objets  de la veille entre dans une perspective radicalement nouvelle.

Alors, quand les voiles sont tombés et qu'il ne reste plus que la danse des visages, je peux avoir confiance, me laisser porter par la chanson de Kaa, le serpent du film de Walt Disney ; le Livre de la Jungle, mais les ombres se transforment et se gondolent pendant que je recharge la pipe d'opium qui confine le monde dans sa réalité.




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