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Truthlurker recherches et symboles

Truthlurker recherches et symboles

Symbolisme et rituels... Ce que vous voulez savoir sur la franc-maçonnerie sans oser le demander.

Publié le par Lurker
Publié dans : #Miscellanées

« La longueur de mon câble de halage détermine de la distance du rivage qu’il me reste à parcourir. »

 

 

Le mot « cable tow », en anglais, traduit, dans nos pratiques par « corde » et souvent représenté à tort comme une corde de pendu, apparaît plusieurs fois dans les rituels. Dans des loges Anglaises, il n’est utilisé que lors de la cérémonie d’Initiation à la réception de l’Apprenti, pour les pratiques américaines on le retrouve à chaque degré. Ce terme recouvre plusieurs éléments dont la nature et la fonction varient selon l’emploi. Selon la divulgation antimaçonnique de Samuel Pritchard, « Masonry Dissected[1] », il s’agit bien d’une corde, d’un câble, c’est aussi ce terme, en relation avec « cable tow » qui est rappelé dans « defense of freemasonry », publié en réponse à Pritchard par le Pasteur Anderson. Dans ces écrits, cependant, le terme ne recouvrait pas nécessairement les mêmes choses qu’aujourd’hui, on remarquera, par exemple, que Pritchard, toujours dans le souci de ridiculiser la maçonnerie, comme il le faisait dans l’ensemble de ses écrits, explique le terme par « Le palais (« le toit de la bouche »).

 

La signification symbolique de la corde est souvent contestée, particulièrement son identification avec une corde de pendu, souvent mise en relation avec une idée de soumission. Pour Albert Pike, grand théoricien du Rite Ecossais Ancien et Accepté, le « câble de halage » n’a pas de signification particulière sauf ce rappel de la soumission et peut, de ce fait, être supprimé de la rituélie en raison du fait que le candidat se déclare libre, né libre et ne doit donc pas présenter d’entraves à cette liberté qui peut être considérée comme indigne. Il admet, cependant, que dans le Loge Anglaise il puisse avoir sa raison d’être à empêcher le retour, la fuite, le renoncement à la quête de la Lumière.

 

On notera, cependant, que l’ambigüité entre la liberté et l’humiliation à la réception d’un nouveau membre est présente depuis fort longtemps, en effet, on peut lire, dans le Manuscrit Dumfries[2] de 1710, le dialogue suivant s’adressant au nouveau venu :

 

« Q - Comment avez-vous été introduit ?

R - D'une façon humiliante, avec une corde autour du cou. »

 

Il est vrai que ce document ne comporte pas d’obligation de liberté ou de naissance libre.

 

Cordes et câbles paraissent plusieurs fois dans les catéchismes et instructions, à différents degrés. Les anciennes formulations des obligations d’Apprenti Entré, de Compagnon de métier et de Maître en portent aussi la trace. On enterre une partie du corps dans le sable à bonne longueur des limites de la marée sans, toutefois, préciser plus avant l’exacte distance que cela peut recouvrir.

 

En fait, ce silence quant à la dimension de la corde (à part chez Pritchard qui lui donne 9 pouces) est très probablement une survivance des loges maritimes et de leur présence en différents points du globe où la limite des flots ne présente pas les mêmes aspects ou ne recouvre pas nécessairement les mêmes portions de littoral. Cette possible origine maritime de la pratique du câble nous amène à nous questionner sur ses dimensions au regard des pratiques de la flotte qui pourraient nous permettre de déterminer la distance libérée par la mer sur la plage. Le câble, de même que la corde à nœuds, est une unité de mesure maritime qui mesure environ 100 brasses, c'est-à-dire 185,2 mètres ou 607,56 pieds, c'est-à-dire le dixième d’un mile marin. On a pu retrouver différentes versions de l’usage de ce câble comme unité de mesure, la plus ancienne datant des années 1550, c'est-à-dire 48 ans avant les premiers statuts de William Schaw, les plus anciens de la franc-maçonnerie. Il se peut donc tout à fait que les guildes qui existaient bien avant la réalisation de ces statuts aient pu utiliser des unités de mesure maritimes dans leurs projections architecturale. Ce qui aurait été un moyen de transformer une architecture essentiellement basée sur l’harmonie du corps en un art conceptuel complexe. Le serment, dès lors, montre une grande complexité, à savoir, l’unité de mesure par laquelle on peut déterminer des formes du bâtiment est aussi celle qui lie le candidat maçon à son art. Sur ce point particulier, le symbole du Cable Tow serait un semeion dynamique qui « oblige » celui qui y est attaché au même titre que le serment qu’il prête. De même, aujourd’hui, l’obligation des franc-maçon à répondre à une convocation d’assemblée et d’y être présent d’aussi loin qu’ils le puissent est une promesse simple à laquelle ils sont attachés et qui fait intervenir tout ensemble l’obligation, la distance entre le lieu où il se trouve et la Loge et, enfin, l’attachement, le lien à la Loge. La distance, la mesure du câble, selon cette dernière conception serait alors à rapprocher des termes du manuscrit du « Trinity College[3] », daté pratiquement de la même année que le Dumfries et qui précise :

 

« Q : Quelle distance y a-t-il du câble à l'ancre ?

R : Autant que de la langue au cœur. »

 

Il s’agirait donc bien d’une allusion modernisée à l’ancienne tradition des maçons opératifs consacrée par la formule figurant au bas des convocations :

 

« Depuis les temps anciens, aucun Maître ou Compagnon n’a pu être absent de sa Loge lorsqu’il y a été convoqué, à moins qu’il ne soit apparu au Vénérable Maître que « la pure nécessité l’ait empêchée ».

 

Il est donc bien évident que ce câble de halage n’a pas, dans les rites anglo-saxons,  de dimension définie ou de signification ésotérique particulière. Il recouvre à la fois l’idée de renoncement, celles de soumission, d’esclavage et d’ignorance.

 

Il s’agit, peut être, en fait, d’un symbole ancien indiquant la nécessité de renoncement à une servitude volontaire qui empêcherait de progresser vers la Lumière. C’est sur ce point que le sens de l’allégorie se rapprocherait le plus de l’ésotérisme, sur ce point et sur la phonétique du nom araméen « Kh’abal », racine du terme hébreu signifiant « corde » et qui ressemble à s’y méprendre à Kabbale… mais, cette dernière n’est-elle pas, après tout, une sorte de lien avec le divin ?.

 

Ainsi, il importe peu que l'origine et la forme du mot « cable tow » provienne ou non de l’hébreu « kheh'-bel » ou du hollandais « cabel », les deux significations ramènent à une corde dont l’aspect et l’usage sont bien différents de la corde à nœud des rites continentaux même si ces derniers lui donnent parfois le même nom. En Inde et en Egypte, dans la plupart des Mystères anciens dont les descriptions et développement sont parvenus jusqu’à nous, une corde ou un câble était employé de la même manière et avec le même objectif et, ce qu’il est particulièrement intéressant d’observer est le rapprochement qui peut être fait entre cette corde qui empêche de reculer et le fait d’être enterré sur le rivage. En effet, le signe du bras tendu sur l’épaule, au troisième degré du rite, et que l’on peut comprendre comme une tentative de saisir quelque chose afin de sortir du royaume souterrain peut être associé à cette corde qui deviendrait, dès lors, non seulement le moyen de ne pas faire demi-tour, mais aussi celui qui permet d’avancer. Cette signification particulière confirme bien le sens qui est donné généralement à cette corde de halage, c'est-à-dire une représentation de l’un des moyens de tenir ses promesses, de représenter un vœu par lequel l’Homme dirige sa vie et que cette extension lui montre la voie, jusques et y compris dans le monde souterrain.

 

Les anciennes initiations, ou les anciennes formes d’allégeances telles qu’elles sont décrites dans le Premier Livre des Rois[4], présentent une vision presque identique dont on peut supposer qu’elle a servi de modèle à la maçonnerie. Mais, dans le récit biblique, le Roi de Syrie, Ben-hada, ayant été battu dans la bataille par le Roi D'Israël, ses serviteurs approchèrent ce dernier afin de lui demander grâce « avec des cordes sur leurs têtes » Pourquoi ont-ils portés ces cordes sur la tête ? Le terme hébreu utilisé ici est « kheh'-bel », qui trouve sa racine dans un ancien mot araméen « Kh’abal » qui signifie, la ligne tendue (comme une corde) qui nous sépare du malheur ou qui nous engage vers la destruction… il s’agit donc bien ici d’une frontière, telle qu’on la mesurait dans l’antiquité, c'est-à-dire avec une corde, qui détermine un héritage et qui, à la fois s’en détache et revendique lui appartenir, comme c’est le cas pour un Apprenti Entré qui n’appartient plus tout à fait au monde profane auquel il reste « attaché » et pas encore complètement à la Franc-maçonnerie.

 

Ainsi, le « cable tow » de l’initiation serait à la fois le symbole de ce qui « oblige », ce qui contraint à avancer, mais aussi, par son nœud coulant, celui de l’indécision encore présente dans l’esprit du maçon avant qu’il ne réalise l’œuvre dans toute la mesure (celle du câble) de ses moyens.

 

 

 

 



[1] Publié le 20 octobre 1730 à Londres

[2] Manuscrit n° 4 datant de +/- 1710 (Archives de la loge Dumfries Kilwinning n° 53)

[3] Annoté 1711 au dos, le manuscrit se trouve à la bibliothèque du « Trinity College » de Dublin et provient de la collection léguée par Sir Thomas Molyneux (1661-1733), franc-maçon Irlandais. Il figure dans l’ouvrage de Knoop, Jones, Hamer, The Early Masonic Catechisms, Manchester University Press, 1963,

[4] 1R 20:31  Ses serviteurs lui dirent: Voici, nous avons appris que les rois de la maison d'Israël sont des rois miséricordieux; nous allons mettre des sacs sur nos reins et des cordes à nos têtes, et nous sortirons vers le roi d'Israël: peut-être qu'il te laissera la vie.

1R 20:32  Ils se mirent des sacs autour des reins et des cordes autour de la tête, et ils allèrent auprès du roi d'Israël. Ils dirent: Ton serviteur Ben Hadad dit: Laisse-moi la vie! Achab répondit: Est-il encore vivant? Il est mon frère.

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Publié le par Lurker
Publié dans : #Miscellanées

 

« May it be an evening star,
Shines down upon you.
May it be when darkness falls
Your heart will be true
You walk a lonely road
Oh, how far you are from home
.  »

Enya - Chanson du film “Lord of the rings

 

 

 

L’expression  est assez familière au Style Emulation et bien souvent traduite par « Ainsi soit-il », en référence aux rituels et prières de l’Eglise. Aucune Loge n’est ouverte ou fermée sans que cette simple petite phrase ne soit prononcée… « So mote it be » disent les anglais, « Ainsi soit-il », « Que cela soit » ou, ce qui serait plus proche de sa réelle traduction : « Qu’il se puisse être ».

 

Anciennes formulations et vocabulaire désuet sont souvent associés avec bonheur dans la symbolique de nos rituels. Encore faut-il remettre les formes et les sens à leurs justes places et essayer, même si les mots en rappellent d’autres, de donner à un symbole la signification d’un autre. Nous nous attachons, parfois par sentimentalisme, à aimer le charme désuet de ces anciennes formules, gardons nous bien de faire en sorte d’oublier le sens. Il est si près de nous que nous ne le voyons pas toujours.

 

Aussi loin que nous puissions remonter les annales de la maçonnerie et de la langue qu’elle utilisait à son commencement, nous retrouvons la trace de cette ancienne expression, « So mote it be », sa forme trahit son âge. Plus personne aujourd’hui, à l’exception d’artiste pour les besoin d’un film, comme ce fut le cas pour « the Lord of the Rings » n’utilise cette forme. C’est probablement la raison pour laquelle les traductions française du style émulation, ne conservant que son aspect déiste évident, ont choisi la formulation utilisée dans les prières chrétiennes « Ainsi soit-il ». « Mote », comme « May », donnent à la phrase son sens de « pouvoir », de « possibilité ». Il ne s’agit pas d’une affirmation stricte comme si l’on utilisait « can », ce n’est pas « il peut », mais « il se peut », voire, « il se pourrait ». Cette formulation rappelle étrangement le double inaccompli traduit en futur relatif utilisé par l’Eternel dans le buisson ardent pour s’adresser à Moïse : « je serai ce que je serai ». Nous savons, bien évidemment que le contexte culturel de la création de la franc-maçonnerie spéculative est chrétien et particulièrement influencé par son approche protestante, c’est ce qui explique l’importance de l’Ancien Testament pleinement cité. Si le rituel avait été conçu pour l’affirmation, les termes auraient été plus strictes, moins nuancés, moins proches d’un « inaccompli ». On peut ici, même dans l’ouverture et la fermeture des travaux maçonniques de Loge, fondement d’un temps sacré hors du temps et durant lequel tout est possible, concevoir que tout puisse être soumis à une éventuelle existence.

 

« Mote », comme « May », sont dérivés d’un ancien verbe norrois sous forme irrégulière, « Motan », souvent utilisés dans la partie nord est de l’Angleterre.

On retrouve ce verbe chez Chaucer (1343-1400) qui, dans ses « Canterbury Tales », parfois considérés comme présentant l’une des premières formes finies de la langue anglaise, l’emploie fréquemment et dans le même sens que notre rituel.

Dans les traductions françaises de ces contes on retrouve la formule « comment se peut-il ? » ou simplement « se peut-il ? », « Qu’il se puisse être » associées à « so mote it be ». Mais Chaucer est un poète qui n’est pas véritablement réputé pour sa proximité avec les anciennes corporations sinon les ordres religieux, même si on lui doit une traduction du « Roman de la Rose », parcours initiatique courtois bien connu à cette époque.

En ce qui concerne les documents plus particulièrement reliés à l’ancienne maçonnerie, c’est dans le manuscrit Halliwel, dit « Regius », présenté comme le plus ancien texte maçonnique connu et datant des environs de 1390, que l’on trouve notre formule utilisée par deux fois aux vers 656 et 794. Elle est chaque fois associée à « Amen » sans toutefois le remplacer et chaque fois en relation avec l’avenir, l’éternité et la Charité demandée à Notre Dame.

Il semble donc que cette supplique à l’existence du monde soit, en quelque sorte, une ancienne forme maçonnique associée à l’ « Amen » des trois religions monothéistes de méditerranée et qui aurait été conservé dans les prières des guildes de maçons comme un écho aux principes de la Géométrie et de l’Architecture Sacrée.

 

 

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