Les Grandes Loges et l'Emulation

« Comme le savait Bataille, tout rituel procède de la volonté de créer un interdit servant à restreindre les potentialités créatrices et destructrices (c'est la même chose) de la nature. »

Maurice G. Dantec, Laboratoire de catastrophe générale

 

 

L’apparition d’ « Emulation » dans le paysage maçonnique est comme le point d’orgue du premier grand conflit de l’Histoire des Grandes Loges, un conflit d’intérêt et de pouvoir, celui que l’on appelle « querelle des ‘ancients’ et des ‘moderns’ », et qui se terminera par l’Acte d’Union en 1813. Cet « Act of Union » signe à la fois le divorce définitif des maçonneries Anglaises et Continentales qui, depuis, bâtiront l'Histoire de la franc-maçonnerie dans l'ignorance la plus complète des pratiques anglo-saxonnes. L'Act scelle la victoire de la bourgeoise conservatrice sur l’utopie progressiste tout autant que pédante des lumières de l’époque Élisabéthaine.

De fait, du règne de la « Reine Vierge », on ne garde que l’Empire et les rigueurs Victoriennes. La maçonnerie d’Europe continentale ayant évoluée de manière totalement autonome à partir des principes de la Grande Loge de 1717, elle ignore, dans sa majorité, et encore aujourd’hui la grande part des rites pratiqués et créés par l’Angleterre pour en consommer la rupture. Approchons donc cet élément particulier de l’histoire de la franc-maçonnerie qu’est la naissance d'un Rite qui deviendra le plus pratiqué au monde et la constitution de son tabernacle : le rite de style Emulation.

 

La Grande Loge d'Angleterre possède aujourd’hui, un certain nombre de Rites qui nous sont, pour la plupart, inconnus ; Stability, Logic, Bristol, West End, etc. et qui offrent peu de différences à l’observateur. Le style « Emulation » reste, cependant la pratique la plus importante et la plus répandue. Il fut mis au point lors de l'Union des « ancients » et des « moderns » de 1813 et cela, grâce au quotidien rituel et aux connaissances de Peter Gilkes qui su matérialiser le Rite des Ancients, jusqu'alors non écrit véritablement de manière définitive et l'implanter comme le modèle de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Depuis lors, doté de son caractère définitif, il n’a jamais été modifié et cela, grâce à cette sorte de « conservatoire » de la bonne pratique que représente l’ « Emulation Lodge of Improvment », la « Loge de perfectionnement », créée pour enseigner le Rite.

 

Contrairement à ce qui est parfois prétendu, il ne fut pas inventé pour la circonstance de l'Union mais il représente la synthèse de pratiques maçonniques diversement admises et connues au Royaume Uni et notablement inspirée du Rite de l'ancienne Loge d’York, Grand Lodge of All England, lien entre l'antique maçonnerie de métier et la pratique de la sociabilité bourgeoise "acceptée" qui respectait encore, envers et contre tous, les anciens codes et les anciennes charges nées des Chartes Sinclair et de la Grande Maîtrise royale des travaux de William Schaw eux mêmes inspirés de devoirs plus anciens encore ( le mannuscrit Lansdowne des années 1560 est plus ancien que les statuts Schaw).

 

Il semble que le Rite Émulation ait été pratiqué pour la première fois en français, au Québec, vers 1870 par la Loge des « Cœurs Unis » No 45 de la grande Loge du Québec c'est cette traduction qui fut d'abord introduite en France par les troupes britanniques qui, elles, le pratiquaient en anglais, durant la première guerre mondiale. Ces premières  étaient militaires et ne devinrent civiles que par la réception progressive de civils après les conflits. C'est, enfin, en 1925 que le R. F. Georges Drabble traduisit le rituel anglais, laissant de côté la pratique Quécoise, qui permit la création des Loges « Confiance no 25 », « Espérance, n°35 » et « Persévérance no 27 » de la G.L.N.F. lesquelles travaillent toujours à ce rite. Que l'on ne s'y trompe cependant pas, le rite n'a rien à voir avec la régularité revendiquée.

 

Porteur de la notion d’une initiation « orale » mais aussi, et surtout, d'une recherche intérieure très éloignée de l'alchimie chère aux continentaux, « Emulation » doit, dans sa pratique assidue, être pratiqué par cœur (c'est d'ailleurs la seule chose que retiennent ceux qui ne lepratiquent pas et donc, ceux qui en ignorent le sens) et une Loge particulière dite « d’instruction » doit être fondée en regroupement de Loges dans le but d’enseigner le rituel, de le faire répéter, de permettre aux francs-maçons de progresser, de s’ « améliorer », se régénérer, sur la voie maçonnique car, pour « Emulation », « les épreuves », « le challenge », tout est dans le rituel et les cahiers d'Instruction appelés Lectures Emulation. La pratique assidue l'étude offre la voie.

De la même manière, il est bon de préciser que la Franc-maçonnerie anglaise n’est pas théurgique pas plus que catholique, mais déiste. Même si l’on peut considérer qu’elle prend sa source dans le mouvement de philosophie occulte poste « élisabéthain », la Franc-maçonnerie dite « régulière » d’aujourd’hui ne présente plus cet aspect prospectif et ses rituels ne sont pas des invocations et encore moins des substituts de liturgies.

 

Vu sous cet angle, on peut d’ailleurs considérer que l’insistance particulière à l’oralité est un moyen efficace d’éviter toute remise en question et toute spéculation. L’ordre établi représente un monde fini dont les arcanes sont intégralement contenues dans le Volume de la Loi Sacré (et surtout pas Sainte Loi, appellation qui, pour le maçon serait par trop intolérante à l'introspection individuelle) et le rituel. Les éléments se suffisent à eux-mêmes.

 

Mais, revenons à l’Histoire qui nous occupe.

 

Un grand nombre de franc-maçons seraient surpris aujourd’hui, d’apprendre que les rituels qu’ils pratiquent n’ont pas l’antiquité qu’ils affichent.

A tel point surpris qu’ils trouveront toujours de bonnes raisons de remettre l’Histoire en cause au profit de leurs intimes convictions. Souvenons nous que nous sommes spéculatifs et que, parfois, cette terminologie recouvre l’exact opposé de l’étude et surtout de l'examen, des faits. Bien entendu, on peut considérer assez facilement que les formes auxquelles nous sommes attachés et les symboles qui y sont développés survolent le temps. La Sociabilité humaine existe depuis l’aube de l’humanité. Les cavernes, Sumer,  l’Egypte des Pharaons, Eleusis, sont très probablement les sources fiables de nombreuses pratiques et de nombreuses techniques de Géométrie partagées au delà du temps de croyances en superstitions et transposées par les Kabbalistes chrétiens du siècle de l’illuminisme lesquels ont construit ces rites que nous pratiquons.En effet, les Cérémonies, tels qu’elles sont aujourd’hui pratiquées, ne remontent guère plus loin que le début du XIXème siècle. Cela ne veut pas dire que la maçonnerie n'est pas aussi vieille qu'on le pense, cela signifie seulement que les mots prononcés dans la pénombre ne flattent que l'orgueil récent de qui croit se lier à l'antique.

 

De même qu'un grand nombre de Maçons continentaux accordent à la reformulation des Anciens Devoirs (Charges) en 1723 la valeur d’un texte fondateur comparable à la Déclaration des Droits de l’Homme, parfois même en font l'origine de tout, probablement en raison du Calvinisme ardent de qui les composât., les Maçons anglais leur prêtent l’importance limitée d’une étape vers les Constitutions dont ils se dotèrent en 1815, une fois l’union consommée entre les deux Grandes Loges qui se déchiraient avec une rare intensité en Grande-Bretagne et dans les colonies d’Amérique depuis les années 1750.

 

Au temps de la fondation de la "Première Grande Loge", en 1717, aucun rituel standard n'existait et c’est l’un des éléments « révolutionnaires » de la création de cette Grande Loge que de proposer un lien ritualisé (guère plus) entre plusieurs Loges et dont la vocation serait de permettre leur réunion à une même enseigne.

 

Cette proposition n’eut, en réalité, qu’un succès très relatif car les Loges continuèrent, pour la plupart d’entre elles, de travailler suivant leurs traditions propres. La conséquence de cela est qu’aujourd’hui il est absolument impossible de faire objectivement remonter un rituel plus avant que 1728 et encore moins de lui donner une qualification générale et cela, même si des catéchismes existaient bien avant. Il est bien souvent impossible de dire quelle Loge utilisait quel Rituel ou quel Maître Maçon introduisit tel autre.

 

Bien évidemment, la création de la Grande Loge de Londres (1717) ne permet pas d’échapper à cette règle et le fait de connaître les événements qui présidèrent à sa création ne nous donne pas d’indications sur ses pratiques rituelles, pas plus que de réponses à la question : avait elle une pratique rituelle au moment de sa création ?

 

L’évolution des rituels…

 

Le Rite d'émulation, aujourd'hui, représente un système de rituels maçonniques des plus répandus dans le monde qui, en plus des trois «Grades bleus», appelés "craft", comprend une Cérémonie d'installation. Ce système met l'accent sur l'instruction rituelle et spirituelle au cours des tenues et, ainsi, ne prévoit pas, initialement, de conférences ou "planches" mais des communications d'étude données dans des conditions particulières. Les "lectures d'instructions" destinées à tous les degrés, y compris les plus hauts démontrent la permanence de l'étude dans l'ensemble de la progression. Une permanence de fait qui va bien au delà de la simple formule d'un éternel apprentissage.

 

En tout état de cause, que sait-on véritablement sur les rituels de la maçonnerie spéculative ? Ni les « old charges », ni les Constitutions du Pasteur Anderson ne décrivent les rites d’initiation et nous savons cependant que ce sont les pratiques rituéliques qui dévoilent les explications structurelles et symboliques. Dans le meilleur des cas nous pouvons trouver des « questionnaires », des « cathéchismes » dans les « anciennes charges » mais, jusqu’à ce jour, jamais plus.

La transmission des secrets, jusqu’à une date récente demeurait irrémédiablement orale et, de ce fait, sujette à caution dès lors qu’il n’y a jamais eu de rupture dans l’existence de la maçonnerie, il n’y a aucune raison qu’une telle perdition des pratiques puisse être envisagée. Il est vrai que la publication, en 1730, par Evans Prichard de la « Freemasonry dissected », ouvrage anti-maçonnique, dans lequel il reproduisait intégralement le rituel revendiqué par la Grande Loge de 1717 peut être considéré comme un élément justifiant l’abandon de la tradition de transmission orale.

 

Néanmoins, cette publication ne concernait que le rite qualifié, vingt ans plus tard, de « modern » et encore faut-il rester prudent au sujet de ces divulgations. Selon Harry Carr, aucune divulgation ne décrit le rituel anglais pratiqué entre 1730 et 1760. Il refuse d’admettre que ces divulgations puissent refléter un rituel anglais car, écrit-il,

 

« …les cérémonies que cette brochure décrit sont incompatibles avec ce qui est connu des pratiques rituelles des loges anglaises de l’époque » et, toujours selon lui : « Durant les trente années qui suivirent la publication de la « Freemasonry dissected »… rien d’important ne fut publié en Angleterre ; durant cette période aucune évidence ne permet de montrer le lien qui puisse y avoir entre l’accroissement du nombre de loge et les les pratiques rituelles en angleterre1 ».

 

Si l’on souhaite se pencher de plus près sur ce problème des rituels et de l’exactitude des divulgations, on pourra noter qu’une autre publication de cette époque « Three Distinct Knocks » (1760) reproduit le rituel irlandais  dialogué qu’utilisaient les « Ancients ». Par contre, les compilateurs des divulgations ultérieures ( Jachin and Boaz en 1762, Schibboleth en 1765 ) ont réuni deux sources distinctes en juxtaposant, sans souci de cohérence interne, les dialogues irlandais et les éléments narratifs anglais que l’on trouve esquissés dans la divulgation publiée à Paris par Hérault en décembre 1737.

 

L’énigme constituée par les éléments que Carr décrivait comme étrangère aux procédures anglaises, se trouve élucidée si on admet qu’ils représentent le rituel anglais des « Modernes » au stade de développement auquel il était arrivé vers 1762 en Angleterre.

 

Il est toutefois aussi possible d’admettre que les publications de cette époque, comme celles d’aujourd’hui puissent avoir privilégié le merveilleux et l’imaginaire à une réalité plus prosaïque ou fait l'impasse sur les éléments dérangeants. Or, si on postule l’absence de tout élément d’information sur les rituels anglais entre 1731 et 1760, on doit logiquement s’interdire tout commentaire à leur sujet au cours de cette même période. Ou, du moins, rester extrêment prudent quant aux péremptoires affirmations de nos pratiques.

 

Reste que les sources rituelles auxquelles se référera la Grande Loge des Anciens demeurent mystérieuses. Il faut néanmoins tenir compte de la culture insulaire de pratiques "coutumières" qui justifieraient les termes présentant les Constitions Andersoniennes comme la continuité des plus anciennes charges du métier même s'ils  restent encore une affirmation n’apportant aucun élément de certitude car ni Anderson, ni Desagullier ne nomment ces fameuses « anciennes charges ».

 

« Loge d’Emulation et d’Amélioration »

 

L'appellation «émulation» ( synonyme de compétition, concurrence, lutte ) naîtra près d’un siècle après la construction londonnienne de 1723, le 2 octobre 1823, pour être précis. C’est à ce moment que fut fondée à Londres la Loge du nom de «Emulation Lodge of Instruction» à l’initiative de la« Lodge of Hope no. 7 » et qui, plus tard prendra le nom de «Emulation Lodge of Improvement» ( Loge de Dynamisme et d’Amélioration ) qui donnera, par extension, son nom au rituel.

L'objectif de cette Loge était d'exercer une sévère protection de ce rituel d'émulation nouvellement standardisé, de le préserver d'une adaptation à l'esprit du temps et d'instruire un groupe de Maçons intéressés à sa teneur. Elle a été créée spécifiquement pour les Maîtres Maçons, afin d'instruire ceux qui souhaitaient se préparer à devenir Officier ou V.M. de Loge. Les fondateurs sont issus des Loges d'instruction Burlington et Perseverance, la première créée en 1810, la seconde en 1817, toutes deux avaient jusque là enseigné le nouveau rituel approuvé par la Grande Loge depuis juin 1816, mais s'étaient surtout concentrées sur le travail au premier degré et l'instruction des candidats. La « Loge of Improvement » se réunit encore aujourd’hui, au Freemasons' Hall, Great Queen Street à Londres, chaque vendredi, d'octobre à juin. Elle fait la démonstration des cérémonies et présente les exposés selon le Rituel Émulation.(Pour l'Histoire de cette Loge, on pourra se référer à l'ouvrege d'Henry Sadler :"Illustrated History of the Emulation Lodge of Improvement")

 

Le souci est d’importance dès lors que cette pratique fut avant tout constituée pour servir de liaison efficace entre le fédéralisme œcuménique de la franc-maçonnerie de 1717 et l’intégrisme catholique des conservateurs de la noblesse anglaise. La Grande Loge des « moderns » proposait ; en effet, des pratiques constituées tant sur un esprit de progrès scientifique directement issu des « colleges » que celui de la philosophie hermétique propagée depuis la fin du 16ème siècle et inspirées des « academies florentines ». Ces élitistes neoplatoniciens furent vite considérés comme hérétiques et leurs idées furent combattues tant en europe durant la guerre de trente ans qu’en angleterre durant les différentes guerres civiles et la « république de Cromwell ». La maçonnerie des moderns, son héritière fut, elle aussi condamnée et cette fois par l'Eglise fatiguée de vouloir trop l'infiltrer et la modifier.

 

La grande difficulté qui présida à l’élaboration du Rite fut donc de codifier une pratique qui ne reposait sur aucune réalité vérifiable autre que les rituels chrétiens tout en affirmant la lignée immémoriale d’une Tradition orale ancestrale.

Cette unification, si elle n’enlève rien à l’antiquité de ses sources souligne le fait important qu’il n’existe aucune évidence permettant d’affirmer que les éléments rituels ayant servi à la constitution du Rite soient antérieurs au « système particulier de moralité, voilé par l’allégorie et illustré par le symbole » qui nous est familier aujourd’hui. De plus, qu'il n'existe aucune preuve autre que son auto-revendication, que ce système relève bien d’une haute antiquité.

 

La pratique de cette « Lodge of Instruction » qui perdurera jusqu’à nos jours, repose sur une forme rituelle qui sera définie par la « Lodge of Reconciliation » dont nous reparlerons et ensuite approuvé en assemblée de Grande Loge en juin 1816. C’est sur cette base « d’émulation » que fut ouverte la Loge de Maîtres. Tout changement rituel devant être approuvé par l’ensemble des Loges composant la Grande Loge Unie d’Angleterre.

 

Mais comment en est-on arrivé à cette création ?

 

Les anciens et les modernes…. histoire conflictuelle et mythique

  « Au sein de chaque société, l’ordre du mythe exclut le dialogue :
on ne discute pas les mythes du groupe,
on les transforme en croyant les répéter ».

Claude Lévi-Strauss, Mythologiques 4 : 585 (Paris 1971, Plon),

 

 

La position particulière de la France dans l’histoire de la franc-maçonnerie incite souvent de ce côté du « channel » à faire reposer un certain nombre d’affirmations de régularité sur des présupposés passablement douteux relatifs à l’origine de l’Ordre. N’oublions pas que l’histoire de la franc-maçonnerie française, ses catéchismes et ses rituels, indiquent plusieurs paternités : celle, entre autre, des premiers fondateurs britanniques, Derwentwater, McLean et O’Heguerty, amis aussi, celle de la Grande Loge des « Modernes » importée en 1734 à Paris par Richmond et Desaguliers mais aussi celle de la récupération par le très stricte mouvement  ultraciste de la fin du XVIIIème siècle, tout aussi bien des délires mystico-religieux chers à une frange désoeuvrée de la noblesse laissée sans échos depuis la fin du Grand Siècle. Or si l’on peut considérer que les premiers avaient d’autres objectifs en venant en France que d’y implanter la franc-maçonnerie, il n’en est pas de même des suivants.

 

On soulignera ici, entre autres légendes tenaces, l’affirmation de la lignée directe avec les bâtisseurs de Cathédrale, celles aussi des Templiers et autres Teutoniques ou celle qui consiste à fixer l'origine de tout à la naissance des Grandes Loge à la création de celle de Londres en 1717. Bref, une mythologie qui permet de survoller l’europe et le temps comme si les cultures devaient s’incliner devant l’Histoire ou plutôt devant ceux dont on décide de se souvenir des actes. Mais, si les influences ne font aucun doute dans l’examen des courants qui ont menés à l’élaboration de ce que nous sommes, il ne faut pas oublier que certaines évolutions se sont faites de manière indépendante. Il ne fait aucun doute que la France des "salons" ait suivi avec intérêt la naissance de cette maçonnerie spéculative et crée à son tour de Grandes Loges, Rites et Rituels, Tenues en Loges, toutes organisation avec l'appui des immigrés Anglais. Néanmoins, si la Loge de 1717 peut revendiquer, à juste titre, la primauté du corps constitué en Grande Loge, on peut penser tout aussi valablement que les raisons qui présidèrent à cette constitution étant assez éloignées de la pratique maçonnique, les fondateurs prirent plus de temps à s’organiser qu’ils n’en prirent au souci de régularité.

 

L’intérêt continental porté sur cette nouvelle forme de regroupement hors autorisation royale peut expliquer, pour partie l’engouement et le développement pour les Loges, plus discrètes que les "salons". Tout ceci ne peut être situer que dans un contexte socio-historique d’alliances entre certaines familles Royales, de bouillonnement scientifique et spirituel, de naissance de la pensée économique et libérale qui expliquent la soif de comprendre, de connaître d'échanger les idées, de les diffuser.

 

1717 – Fédéralisme, engouement associatif et développement

 

Néanmoins, n’oublions pas l’ambiance de guerre civile et de crise financière dans lesquels cette Grande Loge de Londres voit le jour. Les esprits et les querelles de pouvoir ne sont toujours pas calmés lorsqu’en 1726 trois gentilshommes anglais, Lord Charles Radclyffe, Comte de Derwentwater et le Chevalier Maskelyne, assistés de quelques autres anglais de distinction arrivent en France. Proscrit, leur tête mise à prix par le pouvoir en place, ils s’installent à Paris sous la protection du Roi et fondent la première Loge de Francs-Maçons ouverte dans la capitale sur le modèle Londonien. C’est, du moins ce que nous apprend Jérôme Lalande dans « le Mémoire historique sur la Maçonnerie », paru dans le supplément de l’Encyclopédie de 1773 :

 

« Vers l’année 1725, Milord Dervent-Waters, le Chevalier Maskelyne, d’Herguerty, & quelques autres Anglois établirent une L? à Paris, rue des Boucheries, chez Huré, Traiteur Anglois, à la manière des sociétés angloises ; en moins de dix ans, la réputation de cette L? attira cinq ou six cens Frères à la Maçonnerie, & fit établir d’autres loges ; […] »

 

On peut résumer cet événement comme la création d’un club anglais dans une auberge anglaise, en France, pays dans lequel cette pratique n’existait pas et dont l’engouement mènera aussi régulièrement que sûrement au développement de l’idée associative avant même qu’il ne soit question d’un quelconque ésotérisme maçonnique. Lequel est d’ailleurs fort éloigné des formes purement britanniques de l’Ordre.

 

De ce jour, la maçonnerie française restera très liée à la Grande Loge de 1717, sinon administrativement, du moins en matière de pratiques rituelles car tous les rituels d’Apprentis, Compagnons et Maîtres pratiqués sur le continent sont, peu ou prou, des répliques du Rite Moderne.

 

 

 

Salle du premier étage de l'Auberge "l'oie et le Gril"

où fut créée la Grande Loge de Londres en 1717

( gravure d'époque )

 

 

Ne nous y trompons pas, Charles Radlyffe n’est pas venu en France comme seul détenteur de LA maçonnerie anglaise, pas plus qu’il n’est venu implanter des Loges. Dans l’Angleterre du 18e siècle, il n’existait pas une franc-maçonnerie unique, « la » franc-maçonnerie anglaise, mais des Grandes Loges rivales telles que La « Grande Loge d’York », la « Grande Loge au Sud de la rivière Trent » et quelques autres aux existences parfois épisodiques.

 

La Grande Loge de 1717, que l’on qualifiera de « Modern », ne saurait être considérée comme la source de toutes les loges maçonniques du monde, pas plus qu’elle ne peut être raisonnablement, on l’a vu, considérée comme la source des rituels. Elle ne fut pour rien dans la création des « Grandes Loges d’Ecosse » et d’Irlande pas plus que celle de leurs loges respectives hors influence londonienne, comme cela a été fréquemment rappelé dans les actes de la Loge de recherche Ars Quatuor Coronati2.. En effet, la plupart se référaient à l’organisation du métier codifiée au XVIème siècle par les Statuts Schaw, du nom du Surveillant général ( « General Warden » ) nommé par le Roi et, par extension, aux « anciens devoirs ».

 

En 1751, les Loges anglaises réfractaires aux innovations londoniennes décident, sous l’égide de maçons ultra conservateurs, dévots et opposés au principe d’égalité de se constituer, à leur tour, et avec l’appui particulier de la Grande Loge d’Irlande, en obédience. Ils formèrent la « Grand Lodge of Antients Masons », qualifiant les Frères de la Grande Loge de Londres de « moderns » et publiant, en 1756 leurs propres constitutions, connues sous le nom de « Ahiman Rezon».

 

Cette « Grande Loge des Anciens » eut le privilège de créer quelques Loges, mais surtout de lancer une mode encore en vigueur aujourd’hui et dont on retrouve chez certains, l’esprit dans le « salut au rang »; celle de faire reculer l’ordonnancement de la société vers toujours plus de rigorisme en se réclamant d’hypothétiques « âges d’or » durant lesquels la vie était meilleure, valorisant une « antique Tradition », d’une « véritable source » forgée de rigueur et d’élitisme…

 

C’est sur ce point de la dénaturation des sources véritables de la maçonnerie et sur le constat que la Grande Loge de Londres de 1717 avait déformé certaines « obligations » que les Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande se refusaient à reconnaître les « moderns » comme réguliers.

 

Les Ancients l’affirmaient haut et fort par la voix de leur Grand Secrétaire en 1788 :

 

« Les Innovations qui se sont glissées sournoisement dans la maçonnerie de notre Royaume... tendent à dénaturer l’intégrité du système. Il est du devoir de la Confrérie de s’en protéger. Nous croyons néanmoins que le moment est proche où ces désagréments disparaîtront et que la maçonnerie retrouvera ses marques3. » Il n’y a pas de précisions quant à la nature particulière des innovations. On sait cependant quel accueil fut réservé par le Grand Maître de la Grand Loge d’Irlande à qui l’on demandait de reconnaître le grade de « Royal Arch » et qui répondit qu’il n’y avait pas plus d’arche en maçonnerie que de marque ou autres Rose-Croix et que seuls les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître en assuraient la régularité.

 

Si on tient à évoquer des « altérations essentielles », cette notion semblerait plus justement applicable au rituel introduit en Angleterre dans les années 1750 par les Irlandais et le fait qu’elles aient été adoptées et pratiquées pratiquées par la Grande Loge des Ancients puis, dans leur majorité, adoptées par la Grande Loge Unie de 1813, ne change rien à cette constatation. Selon la revue de recherche Acta Macionica 8: 328, la question des élatérations devient particulièrement épineuse en ce qui concerne la cérémonie de consécration d’une nouvelle loge pratiquée par certains ? L’article précise :

« En Angleterre, lors de la fondation d’une loge, celle-ci est consacrée. [...] la Loge pour fonctionner [sic] doit être consacrée » (Acta Macionica 8: 329).

 

Or, s’il n’existe aucun rituel et aucune mention à ce type de nécessité avant que Preston n’en fasse la description en 1772 dans « La « Manière de constituer une Loge », publié dans la revue anglaise « Illustrations » ( 1772 ), les chercheurs de l’Ars Quatuor Corronati, eux mêmes ( AQC 83: 8 et 9) tombent d’accord pour indiquer que cette consécration est une adjonction de Preston à une pratique qui n’en contient pas et se demandent comment, si cette consécration est impérative, on ne peut que se demander comment les loges anglaises, « Moderns » ou « Ancients », pouvaient bien « fonctionner » avant 1772.

 

Une autre opposition soulignée dans les catéchisms des années 1760 indique nettement que les « moderns », contrairement aux « ancient », ne disent pas de prières durant les initiations : « Les « Ancient Masons » ont coutume de dire une prière durant « l’exhortation » de l’Apprenti ; mais les « moderns » ne la récitent pas lorsqu’ils reçoivent un nouveau Frère4 ». Ainsi, il est permis de penser que les déviations dont il est question portaient sur le mode de recrutement ou sur les obligations. La grande Loge des « ancients » en vint d’ailleurs à préciser dans ses constitutions, le « Ahiman Rezon », que les maçons étaient descendant de Noé et de ce fait qu’il devaient respecter la religion du pays dans lequel ils se trouvaient pourvu qu’elle soit fondée sur la chrétienté. Cette exigence stricte n’existe pas dans les Constitutions d’Anderson mais, dans la mesure où cette chrétienté apparaît comme rigoureuse et affirmée dans les « anciens devoirs », il est logique que les nouveaux maçons accompagnent leur rigueur sociale d’une certaine rigeur religieuse. De même, il est logique de penser que le fait de ne pas mentionner la chrétienté dans un environnement culturel et social chrétien comme l’était l’europe du XVIIIème siècle ne peut laisser supposer que les modernes ne le fussent pas. La Grande Loge de Londres, dès sa création, eut pour objectifs l’égalité de ses membres et l’accalmie des passions religieuses, ce n’était pas le cas pour la Grande Loge des « Ancients » qui condamnaient ces pratiques permissives.

 

Ce conflit d’intérêt très marqué se traduisit, pour les Grandes Loges d’Irlande et d’Ecosse, pendant la seconde moitié du 18e siècle par l’affirmation que la seule Grande Loge d’Angleterre était celle des Ancients et non la Grande Loge de 1717 qu’elles ne reconnaissaient pas et avec laquelle elles n’avaient pas de relations comme l’indique cette déclaration :

 

« … saluant l’initiative de Dermott au cours de l’année 1758, la Grande Loge d’Irlande reconnaît comme unique Grande Loge d’Angleterre la Grande Loge des Ancients avec laquelle elle autorise les relations fraternelles à partir de 1757. Aucun maçon « moderne » ne pourra être accueilli sans avoir souscrit de nouvelle obligations et été dûement instruit dans les secrets des « ancients ».

 

Une forte rivalité existait entre les Grandes Loges, attisée par l’un et l’autre bord. Gardons nous de penser que La Grande Loge de 1717 puisse se poser en vistime car elle interdisait à ses membres tout contact avec la Grande Loge des « Ancients » au motif, selon le Grand Secrétaire James Heseltine5, que « ces gens-là ne sont pas reconnus comme maçons … » mais aussi et concernant la maçonnerie continentale, « …La différence fondamentale et essentielle entre la franc-maçonnerie anglaise et les franc-maçonneries continentales c’est que ces dernières ignorent ce qu’est un franc-maçon ». On sent bien, dans ces propos une nette tendance à la tolérance et à l’ouverture d’esprit.

 

n s’en doute, la majorité des arguments reposaient sur l’affirmation des uns d’avoir conservés inaltérés les rituels et les pratiques et des autres d’être certains de leurs pratiques et de leurs origines. Une crispation identitaire dont l’objet est de s’affirmer le premier pour pouvoir s’affirmer le seul détenteur de la raison.

 

Mais, avec le temps, les positions se sont quelque peu adoucies, du moins en Angleterre, probablement parce chacun des camps prenait peu à peu conscience qu’aucun des deux ne pourrait prétendre définitivement à une Grande Maîtrise unique. Peu à peu, au début du XIXème siècle, la Grande Loge des modernes se mit à pratiquer la forme des travaux préconnisée par les ancients. Le 3 Mai 1810 , la Grande Loge d’Irlande finit par nommer un commité consultatif chargé d’étudier la reconnaissance des modernes.

 

C’est en 1813 que la « Grande Loge des ancients » finit par fusionner avec la Grande Loge d'Angleterre par la création de la nouvelle «Lodge of Reconciliation». Les « Ancients » finissent par triompher dans la mesure où ce sont, leurs conceptions et leurs pratiques qui s’imposent au moment de l’Union, tant pour la formulation des rituels que pour la nouvelle rédaction du texte du premier article des « Charges », où apparaît pour la première fois depuis un siècle le mot DIEU6 : Les six articles des Charges de 1815 se terminent par les mots : « Amen, so mote it be » c’est à dire « Amen, Ainsi soit-il ». La religion naturelle œcuménique d’Anderson sur « laquelle tous les Hommes sont d’accord » disparaissait du paysage pour faire place à l’affirmation d’une stricte chrétienté. L’Utopie d’une réconciliation religieuse se dissolvait dans l’orgueil national.

 

Cette Loge de réconciliation se fixa comme tâche d'uniformiser les rituels des «Moderns» et des «Ancients ». Il fut produit un « Act of Union »dans lequel figure la déclaration formelle que leRoyal Arch degree, fort sujet de conflits internes, était le prolongement naturel du grade de Maître. Par cet acte, il est aussi stipulé que la façon de travailler serait désormais d'une unité parfaite. Afin d’appliquer cette décision, la « Lodge of Reconciliation » était composée d'un nombre égal de membres de chacune de ces deux anciennes Grandes Loges. Après maints efforts, ils arrivèrent à un résultat unanime et satisfaisant. Le 20 mai 1816 les cérémonies ont été présentées en une Tenue extraordinaire de Grande Loge présidée par le Grand Maître, le Duc de Sussex.

 

Elles ont été finalement approuvées et confirmées lors de la Tenue suivante du 5 juin 1816.

 

 

 

Durant ce temps et comme porté par des inquiétudes de disparités, le 28 août 1814, le Grand Orient de France décide de « centraliser définitivement » l'administration de tous les rites maçonniques et ce, afin d’éviter la prolifération incontrôlée de Hauts Grades. En réaction, l’année suivante, le 18 août 1815, le Suprême Conseil de France repousse ce projet de centralisation et proclame solennellement l’indépendance « définitive » du Rite Ecossais… déclaration éminement velléitaire car on n’entendra plus parler du Grand Conseil tombé en sommeil jusqu'en 1821.

 

Le divorce n’eut cependant lieu qu’en 1878, après que le Grand Orient de France ait modifié l’article premier de sa constitution dont la formule d’origine du second paragraphe était la suivante :

 

« Elle la franc-maçonnerie a pour principes l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et la solidarité humaine. »

 

Le fait d’avoir assimilé la demande du comité présidé par le Pasteur Desmonds à la supression du Grand Architecte de l’Univers est une galégeade dans la mesure ou ces termes ne figurent à aucun moment dans son rapport, ni même dans la motion qui a été voté ( Cf. actes du Convent de 1877 ). Il s’agissait plutôt de revenir à l’œcuménisme qui permettait d’argumenter que les Protestants de France puissent exercer les mêmes droits que les Catholiques.

 

Il est bien évident, avec le recul, que la séparation de la Grande Loge Unie d’Angleterre d’avec la plus puissante organisation maçonnique de France était un acte éminément politique… L’Angleterre souhaitait contrôler ses enfants comme elle contrôlait ses colonies, ainsi la victoire, sur son sol, de la rigueur et de l’intégrisme ne pouvait se satisfaire d’une évolution libre de la philosophie des « moderns ».

 

Contraiement à une idée reçue largement diffusée, la Grande Longe Nationale de France ne s’est pas constituée en septembre 1913 autour du Rite Emulation mais autour de l’affirmation que les termes de « Grand Architecte de l’Univers » et « Dieu » sont synonymes. C’est sur cette base que la Grande Loge Unie d’Angleterre la reconnaitra deux mois plus et non sur ses rituels d’origines lesquels sont purement continentaux puisqu’il s’agit du Régime Ecossais Rectifé. L’introduction du rite Anglais s’est effectuée bien après sa reconnaissance par la Grande Loge Unie d’Angleterre en tant que Loge Régulière. Mais il n’est pas le lieu, ici, d’approfondir ce point.

 

 

 

 

 

La vieille tradition des maçons : l’oralité… couverture politique…

« Chaque nouveau commencement de l'histoire corrige en apparence car transforme en réalité tout le temps connu. La nuit des temps, l'origine du temps, est à réaliser. C'est-à-dire que le présent va produire ce début à sa fin. Dans cet avenir où le présent, le commencement de l'histoire, contiendra entièrement le passé, il contiendra entièrement l'avenir. La fin de l'histoire comme fin du temps est logique à condition que l'histoire commence ici et maintenant. »

Adreba Solneman

Observatoire de Téléologie – De l’Histoire

 

 

 

onformément à la vieille tradition des maçons opératifs, le rituel standardisé qui résulta de l’union des « ancients » et des « moderns » ne fut jamais consigné par écrit. Bien au contraire, pour éviter qu'il soit dévoilé à des non-initiés, on prit garde à ne le transmettre qu'oralement.

 

Les constituants de l' « Act of Union » de 1813 s'étaient donc heurtés à une difficulté : comment concilier deux exigences, à savoir celle de l'oralité, encore en vigueur au moins théoriquement, et celle de préserver la fixité du Rituel, de le mettre à l'abri des inévitables variantes locales et autres déformations puisque c’était sur l’affichage outrecuidant de ce point que les conflits étaient exprimés ? C’est ainsi que les Frères du Rite Emulation peuvent aujourd’hui, sans réserve, affirmer que depuis son origine, il n'a subi aucune altération, ni dans son contenu ni même dans sa gestuelle.

 

A l'exception de petites variations imposées par les particularités des différences, on constate l’immense différence de pratique entre ce qui naquit de cet acte et les pratiques en cours sur le continent. L' « Emulation Lodge of Improvement » peut, de bon droit affirmer, depuis sa fondation qu'elle n'a pas altéré une virgule du texte de la « Loge of Reconciliation » dont l'œuvre avait été l' « Act of Union ».

 

 

Au vu des différences importantes tant de fonctionnement que de rituels, on peut admettre que ce sont avant tout les formes rituelles des «moderns» qui furent reprises et acceptées de ce côté-ci du Channel, puis intégrées comme système standardisé dans les Loges Maçonniques anglaises, au titre de « side masonry » sans qu'il y ait eu de prescription contraignantes de la part de la Grande Loge. Et lorsque se formèrent, en Angleterre, des Loges d'Instruction, chargées de faire connaître le nouveau rituel aux Loges anglaises et d'en instruire les FF, l' «Emulation Lodge of Improvement» put, entre toutes ces Loges, se féliciter d'un succès particulier, par rapport à sa tâche de gardienne du Rite, tâche qu'elle assume encore de nos jours.

 

Ne rien écrire par crainte des divulgations apparaît à l’Historien comme un argumentaire spécieux propice à excuser la perte des documents anciens ou justifiant que certains intégristes n’aient pas à justifier de leurs sources ou de certains points ambigus de doctrine. Cette interdiction peut aussi avoir quelques motifs plus profonds dont l'explication relève de la sociologie ou de la psychanalyse ; le rituel primitif de la réconciliation s'est longtemps transmis par la seule voie orale et accompagnée d’une interdiction d'écrire assortie de peines symboliques terribles. Ainsi s'explique de nos jours encore, l'obligation à ne jamais « … écrire, marquer, buriner, sculpter etc … » qui figurent aussi bien dans le rite émulation que dans ceux pratiqués sur le Continent, bien que les rituel soient aujourd'hui écrits et même imprimés.

 

Mais, à toute chose voyons l’utile. Le rituel de mémoire que pratique volontiers le franc-maçon d’émulation se justifie ainsi : plus un Franc-Maçon assimile son rituel, plus il le découvre, et plus il le découvre, plus il s'initie. Le but de la franc-maçonnerie n’est-il pas, à toute fin l’initiation ?

 

 

 

 

 

 

 

Annexe I

Extrait du compte rendu au Convent du Grand Orient de France de 1877

 

 

 

« Nous demandons la suppression du second paragraphe de l’article premier de notre Constitution, parce qu’il nous paraît contradictoire avec le paragraphe suivant du même article.

 

Nous demandons cette suppression, parce que cette formule nous paraît devoir créer bien souvent des embarras à bien des Vénérables et à bien des Loges qui, dans certaines circonstances sont contraints, ou bien d’éluder la loi, ou bien de la violer. — Or, la Maçonnerie ne doit-elle pas donner toujours l’exemple de l’observation et du respect de la loi ?

 

Nous demandons la suppression de cette formule, parce que, embarrassante pour les Vénérables et les Loges, elle ne l’est pas moins pour bien des profanes qui, animés du sincère désir de faire partie de notre grande et belle Institution qu’on leur a dépeinte, à bondroit, comme une Institution large et progressive, se voient tout à coup arrêtés par cette barrière dogmatique que leur conscience ne leur permet pas de franchir.

 

Nous demandons la suppression de cette formule parce qu’elle nous paraît tout à fait inutile et étrangère au but de la Maçonnerie. »

 

La formule est la suivante ( article premier de la Constitution )  :

« Elle la franc-maçonnerie a pour principes l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et la solidarité humaine. »

1 « During the next 30 years [after the first issue of Prichard's Masonry Dissected] ... nothing of importance in this field was published in England ; throughout that period there is no English evidence to be found of the ritual development that must havebeen taking place side-by-side with the growth of the lodges. » Harry Carr in « The Early French Exposures (1971)

2 « …not all regular Freemasonry is the offspring of England; our Grand Lodge is no more the « Mother Grand Lodge of the World » than are those of Ireland or Scotland. Even though she happened to be first, she did not create the other two », Christopher Haffner, AQC 96 (1983): 138.

3 Lettre adressée en 1788 par le Grand Secrétaire des Ancients à Lord Elcho, Grand Maître de la Grande Loge d’Ecosse (Charles Bolton 1897, Grand Master’s Lodge No. 1: 22, cité par Hextall, AQC ( Ars Quatuor Corronatum – revue de la Loge de Recherche Ars Quatuor Corronati ) 23: 48). Citée par Alain Bernheim, Cf. infra. : « The Innovations which have of late crept into Masonry in this Kingdom ... as they tend to affect the integrity of the system, it is the duty of the Brotherhood to discountenance. We trust the time is not far distant when, sensible of the inconvenience as well as the fault of the Deviation, they will come back within the Landmarks of the Craft. » Trad JJ.

4 « The Antient Masons made use of a Prayer inserted in the Apprentice’s Lecture ; but the Moderns leave it out when they make a Brother » (Jachin and Boaz, 1762, p. 9

5 James Heseltine (1745-1804), Grand Secrétaire des « Modernes » propos retranscrits dans in Acta Macionica – Revue de liaison de la Loge Ars Macionica de la Grande Loge Régulière de Belgique

6 « He [a Mason], of all men, should best understand that GOD seeth not as man seeth ; for man looketh at the outward appearance, but GOD looketh to the heart ».

Loge d'Alameda - Californie

 

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Superbe Blog bien plus complet et pratique. Il me faudra des mois pour arriver à "rattraper" mon retard.
Un grand merci.

Philippe M. 13/01/2014 02:04

Bonsoir,
le chapitre concernant les premières pratiques Émulation en France est peut être à retravailler car il ignore l’existence de la première loge Emulation connue en France : l'Anglo-Saxon Lodge à la Grande Loge de France, crée en 1901, qui travaillait en anglais au début et était fréquentée essentiellement par des anglo-saxon . Une scission de cette Loge de la GL existe toujours à la GLNF. Plus tard, à la GLNIR, la pratique Émulation était en anglais uniquement.... jusqu'à une traduction en français.
PM

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