Outils et visions d'outils

" Le symbole enseigne avant tout la modération nécessaire à celui qui s'y confronte :il n'y comprend que ce qu'il est capable de réaliser dans une lente ascension au plus profond du sommet intérieur. "

Marie-Louise AUCHER1

 

 

2011-12-16 14.38.55-1L’étude et la compréhension des symboles reposent sur beaucoup d’ambiguïtés. La première d’entre elles est de se convaincre, si ce n’est pas déjà fait, que ces signes n’ont pas de véritable sens. Seule la dimension que l’on peut leur donner leur confère une signification. Il est inutile d’essayer de « sentir », de « s’ouvrir » à la Connaissance, car cette énergie n’existe qu’en chacun de nous, elle participe du Soi et le seul moyen de l’atteindre est le silence intérieur. Et, malgré son importance, la connaissance de Soi retient peu les esprits. Dans ce cas, les symboles ne sont rien de plus que des outils, des « tremplins » permettant de s’élever dans la réflexion. Encore faut-il les aider.

 Il est important de comprendre que ce genre d’étude, pour être efficace, doit permettre de répondre à deux questions fondamentales :

  • qui tenait la plume aux origines de l’écriture

  • à quoi me servent les symboles.

 

A la première question, il y en a qui répondent Dieu... soit, mais, comme le disait Cyrano : "c'est un peu court, jeune homme...". De plus, ce genre de réponse en cul de sac signifie la fin de la quête de Soi... en effet, pourquoi se fatiguer à découvrir les desseins de Dieu qui, par essence, est impénétrable. Il y a là toute sorte d'excuses allant du dénie de responsabilité au constat d’une impossible évolution. En effet, si ce qui est écrit l’a été par Dieu, il est inutile de chercher un sens, un message, car, par définition, Dieu ne peut être approché et l’affirmation péremptoire du dualisme donne à constater qu’il est impossible à l’Homme d’atteindre la sagesse qui préside à l’écriture et encore moins aux Ecritures ! La réponse « Dieu » est, en fait, une injonction à la soumission, à accepter la « vérité » telle qu’elle est donnée. Cela est incompatible avec la recherche intérieure.

La seconde interrogation est la suite de la première. En effet, si l’on se convainc qu’il est possible de remettre en cause, de comprendre et de s’expliquer les termes des rituels, des textes sacrés et de tout autre tradition, il est naturel de se demander à quoi ils peuvent être utile aujourd’hui. C’est une question à laquelle il est difficile de répondre et cette difficulté amène certains à revendiquer la nécessité de « moderniser » les symboles. L’argument est évident : si l’on ne peut pas accorder les symboles à nos besoins aujourd’hui c’est tout simplement parce qu’ils sont obsolètes. Il est bien évident que cela ne vient à l’idée de personne de se dire « je n’ai rien compris ». D’abord parce que je suis Maître Maître Maçon et que je comprends tout et, ensuite, je me propose à moderniser le symbolisme donc, cela prouve que j’ai tout compris. J’ai bien peur qu’une telle démarche ne justifie pleinement l’idée qu’une cérémonie ne suffit pas à faire un initié.

 

A quoi peuvent me servir les symboles ?

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Nec pigebit me sicubi haesito, querere
nec pugebit sicubi erro, discere


C’est la question fondamentale. Comment puis-je traduire ma lecture symbolique au quotidien ? Une équerre est-elle une équerre ? Un compas, un maillet ?

Les outils proposés au maçon et exprimés par les symboles d'évolution et de construction qu'ils représentent, constituent donc des instruments de construction par la conscientisation du monde. La ritualisation comme l’approche symbolique des différents outils s’appuient sur et font travailler un processus d’identification et de séparation du tohu-bohu. Par l’identification du Soi et de l’Autre. Se retrouve ici l’idée d’altérité, avec en filigrane l’Autre comme un Autre en conscience et aussi l’Autre comme le non animé. Utiliser les outils pour construire une réflexion sur un phénomène de société confronte à un autre mode d’existence de l’Ego, celui qui nous enferme dans le confort du « moi, je pense que». Cette démarche souligne combien la question des territoires de chacun et de l’Autre est au cœur de la démarche maçonnique.

« La construction du Temple se fit en pierre de carrières ; on n’entendit ni marteaux, ni pics, ni aucun outils de fer dans le temple pendant sa construction » (1 Roi 6 ;7.)

 

Si le temple construit n’est pas la Loge mais bien l'Homme, comme référence ultime et archétypale, alors c’est à l’extérieur que nous nous construisons avec les outils qui nous sont proposés. Chacun peut alors porter à l’extérieur ce qui a été acquis à l’intérieur ; mission qui constitue le premier des voyages entrepris par les Compagnons evoyés par le Roi Salomon à la recherche d'Hiram... à la recherche de l'image qu'il projette... à notre propre recherche...

Pour comprendre les symboles, l’esprit doit sortir des vérités acquises, prendre du recul.

C’est seulement à partir de ce recul que la Lumière prendra forme. Le terme employé nous en donne la teneur Symbolus "signe de reconnaissance", du grec sumbolon, qui désigne un morceau d'objet partagé entre deux personnes pour servir entre elles de signe de reconnaissance. « Mes Frères et mes sœurs me reconnaissent pour tel Vénérable Maître » dit-on dans les rites continentaux... seulement après m'être assuré que mon interlocuteur soit mon égal sous-entend-on aux rites anglo-saxons. Les décors d’une Loge, les signes, les attouchements, les mots, les rituels, l’ensemble du thésaurus prend alors la forme d’une toile impressionniste.


Tous ces signes forment un vocabulaire, une fonction communicante adaptée à l’homme et à son environnement. L’Homme crée l’écriture pour véhiculer sa pensée. La Nature, la Création… voire, l’Eternel, créent les symboles pour communiquer avec l’Homme mais ces signes sont aussi inscrits en lui depuis l'origine, dans la mesure où la Nature préexistait.

Nous ne faisons que la découvrir, la définir, en prendre conscience. Si le monde dans lequel nous vivons était différent, nous ne serions peut être pas là pour le décrire. Moderniser les symboles c’est moderniser la Création. En a-t-elle besoin, et surtout, en sommes nous capable… Un texte gnostique appelé « le testament d’Adam » décrit une conversation avec YHWH au cours de laquelle celui-ci dit à Adam : « Je te ferai Dieu, mais pas maintenant, dans un grand nombre d’années ».

Mais, les outils que nous symbolisons sont-ils suffisant à la création du monde ? Les signes sont dans les formes du monde, les sciences sont inscrites dans notre environnement comme une mosaïque multiple2. Plus on s’approche et moins le dessin général se comprend, plus on fixe l’attention sur un point particulier et plus son sens échappe à l’entendement.

 

Dès lors que le tableau prend forme, avec l’éloignement on distingue l’immense écart entre l’ego et le Soi.

C’est en quelque sorte un tableau du Silence qui amène, à la suite de Nicolas Grimaldi, à penser que "souhaiter vivre dans l'absolu, c'est comme vouloir habiter l'horizon. L'horizon, on y va, mais on n'y parvient jamais". User des outils qui se trouvent à nos pieds permet de mieux avancer... n'est-il pas ?

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1 Paris 1908 - Aix-en-Provence 1994

Cantatrice - fondatrice de la Psychophonie . 
Marie-Louise Aucher découvrit empiriquement les rapports entre les sons, le corps et l'esprit de l'homme, fondant ainsi une nouvelle discipline thérapeutique, la Psychophonie, à cheval sur le corporel et le psychologique.

2 R.A. Schwaller de Lubicz décrit les symboles dans « Le miracle égyptien » ( collection Champs – Flammarion ), de la manière suivante. « Elément d'une mémoire collective, qui parle à ceux qui partagent la même conception spirituelle, qui permet d'éveiller une idée, le symbole permet de percer l'essence des choses, de retrouver des jalons sur la voie initiatique. Chacun peut y puiser selon sa conception du moment, selon son propre degré de réalisation spirituelle. Cette forme de raisonnement reste incomprise pour beaucoup car le symbole est le véhicule de la pensée traditionnelle, la survivance d'une science sacrée. La signification incluse derrière le symbole contient à la fois le passé et l'avenir en gestation. Il est ainsi plusieurs possibilités de définitions suivant le degré de connaissance de qui l'interprète. Le symbole est le lien entre l'homme et le divin, il n'est qu'un commencement, la route reste à faire. Il faut du temps pour l'intégrer car c'est un signe énigmatique, d'expression mystérieuse, véhicule d'un langage universel, il n'impose rien mais suggère. Le chemin de chacun reste rigoureusement personnel. … Il est difficile d'en parler, car il est la profondeur même, son sens reste incommunicable car sa signification se situe à la racine même de l'universel, il ne peut que suggérer, c'est à dire " mettre sur le chemin de l'éveil ". Ses sens sont multiples et apparaissent sous divers aspects, cependant finalement ils n'ont qu'une seule interprétation, profonde et éternelle. » Bien que particulièrement dualiste, cette formulation reste parfaitement claire sur le point particulier d’une définition du symbole comme outil de communication.

 

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Très bon article, ca fait plaisir de lire ce genre de site! bonne continuation.

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